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Les boulangers nous enfarinent-ils ?

13 janvier 2006, 20:00

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«Il n?y a qu?à voir les voitures des boulangers garées dans le parking lors de leur assemblée générale, vous serez vous-même très étonné de voir dans quoi ils roulent. Après, ils disent que leur business n?est pas rentable», s?insurge un observateur averti du monde des affaires. Les boulangers sont-ils à plaindre ? C?est la question que se posent certains face à la demande de hausse du prix du pain contrôlé.

Les boulangers réclament une hausse de 70 % au lieu de 20 % accordés la semaine dernière au Conseil des ministres. Ils demandent aussi à l?Etat de revenir sur l?ancien prix de la farine, soit Rs 2,75 la livre au lieu de Rs 3,55. La raison est simple : leurs coûts de production ont explosé ces dernières années, ils n?arrivent pas à joindre les deux bouts.

Ils avaient menacé de faire grève lundi et mardi pour faire entendre leur voix. Mais la bombe a pu être désamorcée in extremis lundi soir, à la suite d?une rencontre entre le ministre de la Protection des consommateurs, Indira Seebun, et les propriétaires de boulangeries. Les boulangers reviennent finalement à de meilleurs sentiments et suspendent leur grève. Le lendemain, le Premier ministre, le Navin Ramgoolam, rencontre le président de l?association des boulangeries pour apaiser la situation. Ce dernier ressort avec le sourire. «Le Premier ministre nous a écoutés. Une enquête indépendante sera faite par le Management audit bureau (MAB) sur l?industrie de la boulangerie, pour trouver un juste prix de vente», affirme Nazir Hosany.

Les boulangers ne nous rouleraient-ils pas dans la farine ? La demande d?augmentation sur le prix du pain contrôlé ne date pas d?hier. Presque tous les ans, c?est la même rengaine. Ils se plaignent d?un business qui selon eux devient de moins en moins rentable. Pourtant les boulangeries fourmillent à travers le pays. Un rapport du National Remuneration Board (NRB) en 2003 le confirme : «Having given credit to bakery owners where they deserve it, the board cannot help raising its eyebrows over the attitude of a number of them when they try by all means to describe the business as a dramatic loss-making one, even likely to entail imminent closing down. Having enquired from the ministry of Commerce and cooperatives the board has gathered that from 1995 to 2001 there have been no less than 60 requests for licences to operate a bakery in Mauritius out of which 30 have been approved, and one in Rodrigues granted as well. We may wonder why on earth would some people try so eagerly to join those loosing teams».

Selon certaines sources, il y aurait eu une seule fermeture pour 20 ouvertures de boulangeries au cours des sept à huit dernières années. «Faux !», lance le président de l?association des président des boulangeries. «Au cours des dix dernières années, nous avons enregistré pas moins de dix fermetures. »

<B>Contrats convoités</B>

L?association des consommateurs de l?île Maurice (Acim) est montée au créneau pour dénoncer l?attitude des boulangeries. Chiffres à l?appui, elle explique que deux pains maisons reviennent à Rs 2,70 soit Rs 1,35 l?unité. Alors qu?une baquette de pain de 200 grammes coûte Rs 3. «Il y a une différence de 30 sous sur le prix de baguette, comparé aux deux pains maisons. Pourquoi, alors qu?il faut deux coupeurs en moins pour le pain maison», se demande Jayen Chellum, de l?Acim.

Selon ses calculs, sur 750 000 pains baguette de 200 grammes, les boulangeries enregistrent un «windall gain» de Rs 225 000 par jour, soit Rs 82 125 000 par an. A ce propos, le président de l?association des boulangeries ne veut pas entrer en polémique avec l?Acim. Son explication se résume ainsi. «La production du pain baguette est différente du pain maison et elle revient à plus cher», explique Nazir Hosany.

L?autre point qui fait débat est que, tous les ans, les boulangeries se battent pour décrocher les contrats pour la fourniture de pain maison dans les écoles et les hôpitaux. Cette convoitise est d?autant plus surprenante que le prix est inférieur à celui vendu au public. «Si vraiment ils n?arrivent pas à sortir la tête hors de l?eau avec le pain maison, pourquoi se battent-ils pour décrocher ces contrats», se demande un observateur. Nazir Hosany explique alors que «les boulangeries ont la capacité de production, mais pas suffisamment de marge. Or, dans ces contrats, il y a un esprit de compétition et la qualité n?est très souvent pas respectée».

Les boulangers expliquent que l?industrie est en pleine déprime. Les coûts ne font qu?augmenter. Ils estiment qu?ils sont largement déficitaires. Mais certaines études prouvent le contraire. Le MAB tranchera dans une quinzaine de jours.

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