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Pédagogie vs démagogie
C?est une victoire de la bêtise. Nous voilà replongés dans l?enfer de la compétition à outrance qui faisait rage dans les écoles autrefois. La réforme Gokhool, dont les grandes lignes ont été esquissées avec plus ou moins de précision hier, annule les bienfaits des avancées scolaires. Sa proposition est une aberration. Elle ne répond à aucun critère pédagogique. Sa réforme fait plaisir aux seuls groupes sociaux qui sont plus intéressés par des revendications identitaires que par la question de l?éducation.
Le ministre de l?Education laisse comprendre que les modalités pour l?inscription dans les neuf collèges d?élite n?ont pas encore été complètement mises au point. Mais on sait déjà que le système forcera les petits écoliers du CPE à viser un minimum de 90 points dans chaque discipline.
Imposer un tel objectif équivaut à massacrer l?enfance mauricienne. Finis les week-ends en famille à la plage, les soirées de jeux entre amis, les dessins animés et les bandes dessinées. Dorénavant, nos gosses seront ballotés, avec leurs cartables chargés sur le dos, entre les salles de classe des instituteurs et les garages des donneurs de leçons. Ils cesseront d?être des enfants. Ils seront dressés pour multiplier les performances et éviter la moindre erreur. Ils auront à apprendre à travailler dans un climat de stress permanent en sacrifiant tout ce qui peut représenter la détente et les loisirs.
Le système Gokhool est encore plus pernicieux que celui qui existait avant l?abolition du ?ranking?. Auparavant, tous les collèges avaient le même statut. Ce sont les parents qui avaient établi une sorte de hiérarchie informelle. Maintenant, l?existence d?un système à deux vitesses est officiellement reconnue : Il y aura neuf collèges ?nationaux? pour l?élite et des collèges ?régionaux? destinés aux laissés-pour-compte, sans doute. La distinction entre les bons collèges et les autres est institutionnalisée. Elle n?est plus basée sur des perceptions.
La remarque du ministre à l?effet que la faute reviendra aux parents si la compétition est âpre ne manque pas de piquant. ?Si les parents veulent une compétition, il y aura une compétition ... C?est leur responsabilité?, soutient le ministre sans rire. Il suscite le désir avec la carotte des super collèges, excite l?esprit de rivalité et accuse ensuite les parents qui cèdent à des pulsions naturelles. Il doit savoir que la mécanique humaine est telle qu?aucun parent ne voudra accepter que son enfant limite son ambition aux collèges ?de deuxième grade?.
La course vers la note A+ sera plus intense que celle qui a broyé des générations entières de petits écoliers jusqu?en 2001. Il n?y aura que 1 260 ?classés? et des dizaines de milliers de sans-grades, soit davantage que dans le passé. En outre, il y a un faux débat autour du ?grading? ou du ?ranking?. Les meilleurs seront forcément classés par ordre de mérite même si le gouvernement évite de parler de ?ranking?. Il va bien falloir départager les plus méritants, c?est-à-dire les classer, pour attribuer des places au collège Royal de Curepipe ou au QEC. Cette question de sémantique reste, en tout cas, accessoire. L?essentiel, c?est la torture qui attend chaque écolier.
On peut se demander si ce sont avec ces 1 300 enfants qui brandiront leur A+ au bout d?une longue période de stress et de tension que le gouvernement compte créer la nouvelle génération d?innovateurs.
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