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Une formule d?admission qui reste floue
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Une formule d?admission qui reste floue
La chasse aux 1 260 places (630 filles et 630 garçons) dans les collèges nationaux est ouverte. Le ministre de l?Education, Dharam Gokhool, a levé le voile lors d?une conférence de presse hier sur les modalités d?admission en Form I dans les neuf collèges nationaux à partir de 2007. Mais plusieurs zones d?ombre sont toujours présentes...
La grande nouveauté : l?ajout d?un nouveau grade, le A+ qui correspond à plus de 90 points. Pour la sélection des élèves, les meilleures performances dans quatre matières sur cinq ou six composées seront retenues. Et ce sont celles où le candidat aura enregistré les meilleures performances qui seront retenues.
Certains voulaient que l?anglais et les maths soient obligatoires alors que d?autres insistaient en faveur de l?anglais, du français et des maths. Finalement, le gouvernement a décidé de laisser toutes les portes ouvertes.
Dans le nouveau système, Dharam Gokhool soutient que le choix des parents est crucial. C?est à eux de décider s?ils souhaitent que leur enfant tente leur chance pour obtenir une place dans un collège national.
Si le parent opte, sur le formulaire de demande d?admission en Form I qu?il remplira en septembre, pour des collèges régionaux, le Mauritius Examinations Syndicate (MES), appliquera les critères habituels : la performance de l?élève, le choix des parents et la proximité de la résidence par rapport à l?établissement scolaire. Mais s?ils souhaitent que leur enfant se retrouve dans une des écoles nationales, le principal critère est la performance de l?enfant et non la région.
Mais les candidats se comptant par milliers, le ministre ne craint-il pas que cela engendre une compétition féroce ? Dharam Gokhool se dégage de toute responsabilité et renvoie la balle aux parents. ?Si les parents veulent une compétition, il y aura une compétition. C?est leur responsabilité. C?est eux qui verront si leur enfant a les qualités requises et s?il peut fournir les efforts nécessaires. Nous créons les opportunités et c?est notre rôle. Personn pa pe fors ou zenfan?, précise Dharam Gokhool. ?C?est un système volontaire où rien n?est imposé?, dit-il encore.
Il y a cependant fort à parier qu?une majorité de parents espérera que son enfant puisse intégrer un collège national.
Le ministre Gokhool garantit que les établissements nationaux auront les mêmes infrastructures, les mêmes professeurs et les mêmes programmes d?études que les autres collèges d?Etat régionaux. En revanche, il n?y aura pas de filière pré-professionnelle. Ce qui peut laisser penser que le souci du gouvernement est de regrouper les meilleurs performers en quatre matières au CPE pour les laisser évoluer entre eux. Paradoxale-ment, cela ne correspond pas à la tendance mondiale qui promet les aptitudes mixtes dans les classes.
Du point de vue pédagogique, le ministre n?a pas encore donné de réelle justification. Dharam Gokhool a déclaré tout simplement que selon les derniers rapports du MES, ?les enfants ont été moins performants depuis l?introduction du grading? et que cela ?laissait à désirer?, même si le taux de réussite au CPE a connu une hausse constante ces trois dernières années. Le ministre voit dans le A+, ?une certaine motivation pour mieux travailler?.
Il précise qu?il n?y a pas de comparaisons avec le ranking aboli en 2002 par le précédent régime. ?Le MES n?établira pas de liste.? D?ailleurs, ?selon les MES Regulations, le MES ne publie pas les points?. Il les calcule, mais cela reste en interne. Aucun classement ne sera fait, promet-on au ministère et au MES.
Un des avantages de cette réforme, selon le ministre, est qu?il y aura davantage de mobilité. ?Le système actuel ne permet pas à un enfant de bouger d?une zone à l?autre. Il n?y a pas de mobilité entre les zones. C?était une des faiblesses de la régionalisation?, justifie Dharam Gokhool.
En d?autres mots, l?enfant aura l?opportunité de voyager. ?Avec les collèges nationaux, l?enfant il aura l?opportunité d?aller vers ces établissements selon le choix des parents et les résultats de leurs enfants. C?est ce que nous appelons un système d?admission basé sur le mérite. Tout enfant qui a le potentiel aura une place dans un collège national?, déclare le ministre Gokhool.
Il ajoute qu?à partir de 2007, avec ces neuf établissements, qui étaient des anciens Form VI colleges, il y aura également des places additionnelles en Form I. Un autre point positif de cette nouvelle méthode, selon le ministre, est que ?l?accès et les opportunités sont plus grands pour les enfants?.
Sur plusieurs points essentiels, toutefois, il n?y a pas de véritables réponses. Comment départager les élèves entre les divers collèges nationaux ? Jusqu?ici, l?on ne sait toujours pas comment le MES va choisir celui qui ira par exemple au Queen Elizabeth College et qui ira au Gaëtan Raynal SSS. Le ministre n?a pu fournir de réponse précise sur ce point tout comme sur ce qui arrivera s?ils sont plus de 1 260 élèves à obtenir 4 A+ aux examens du CPE. ?Une fois les 1 260 places remplies, les autres iront dans les collèges régionaux?, indique le ministre.
Comment le MES fera-t-il le tri ? ?Il faut faire confiance au MES?, répond Dharam Gokhool. Selon les simulations faites par cet organisme d?Etat, il ne devrait normalement pas avoir beaucoup de cas de ce genre. ?On les accommodera dans les collèges nationaux?, affirme avec confiance, Peechandee Mooneyan, directeur du MES.
<B>Les points clés</B>
● Les meilleures notes dans quatre matières comptabilisées
● Une sélection effectuée par le MES
● La décision de s?aligner pour accéder aux ?star schools? dépend des parents
<B>A l?heure des questions</B>
● <B>Dans un souci de transparence, est-ce que la liste des élèves retenus pour l?admission en collèges nationaux sera publiée avec les notes ? </B>
Cette liste de candidats ne sera pas publiée par le Mauritius Examination Syndicate (MES) pour des raisons pratiques. La publication des résultats ne fait pas partie des ?regulations? du MES. Par contre, elle sera disponible dans tous les collèges.
● <B> En quoi l?éducation dans un collège national sera-t-elle différente de celle d?un collège régional ? Est-ce que la formation des enseignants sera différente suivant le type de collège ? </B>
La première grande différence est qu?un enfant ne sera plus limité à l?admission dans un collège de sa zone. S?il est méritant, il pourra accéder à n?importe quel collège de l?île. Au niveau des enseignants, il n?y aura absolument aucune différence entre ceux des écoles régionales et ceux des écoles nationales.
● <B>Il est connu que beaucoup de lauréats ne font pas leurs preuves dès leur plus jeune âge. Certains sont des ?late developers?. Est-ce que vous avez fait provision pour que ce genre de cas puisse avoir une place dans le collège national s?ils ont la performance requise ? </B>
Les enfants des collèges régionaux auront toujours la possibilité d?aller dans un collège national. J?ai personnellement insisté pour que tout le monde ait sa chance. C?est au niveau de la ?Lower VI? qu?un élève ayant accompli une bonne performance en ?Form V? peut faire son entrée dans un collège national.
● <B> Avec un tel système, n?avez-vous pas peur que tous les parents poussent leurs enfants à faire mieux que les autres et que la compétition reprenne pour une entrée dans un collège national avec tout ce que cela entraîne en termes de leçons particulières ? </B>
Nous sommes en train d?apporter des réformes fondamentales dans l?éducation. Nous ne pouvons pas empêcher un parent de vouloir ce qu?il y a de mieux pour son enfant. Le gouvernement est là pour créer des opportunités. Après, c?est aux parents de faire leur choix selon les capacités de leur enfant. Si un parent veut qu?il y ait de la compétition, alors il y en aura, sinon il n?y en aura pas pour son enfant. 1 260 places seront disponibles dans les neuf collèges nationaux et les élèves y seront admis en fonction de leurs résultats et du choix de collège demandé. Avec le nouveau ?grading system?, nous ne regarderons pas les notes mais le grade de chaque enfant. Plus il se rapprochera du grade A +, plus il aura de chances d?obtenir une place dans un de ces collèges. Il ne s?agit nullement de ?ranking? puisque les notes ne seront pas prises en compte.
● <B>Alors, imaginons qu?il y ait plus de 1 260 élèves qui obtiennent la note maximale. Comment les départager ? </B>
Il n?y a que 1 260 places. C?est une situation de ?supply and demand?. Le MES utilisera son système pour départager les enfants. Mais selon les tests effectués par le MES, il devrait y avoir très peu de cas de ce genre et le MES sera alors prêt à trouver de la place pour tous si le nombre n?est pas trop important.
● <B>Si le MES avait à departager, quel serait le système utilisé ? </B>
Le MES a son propre système et nous pouvons faire confiance à une institution aussi sérieuse que le MES pour qu?il n?y ait aucun risque de favoritisme. Le MES ne mettra pas en place un système de ?ranking?.
● <B>Quels sont les éléments pédagogiques qui ont mené le gouvernement à abolir l?ancien système de ?grading? pour adopter un nouveau système ? </B>
Chaque année, le MES suit la performance des élèves après les examens de CPE. Même si le taux de succès augmente, on se rend compte que la qualité des performances dans toutes les matières régresse. Par exemple, dans le système actuel, pour obtenir un grade A, il faut obtenir entre 75 et 100 % ; un élève se contentera d?avoir 75 % au lieu de travailler pour s?approcher des 100 % puisque cela revient au même pour la sélection. Avec le nouveau système et le nouveau grade A + (entre 90 et 100 %), l?élève aura une certaine motivation pour s?améliorer.
● <B> Mais il semble que les pédagogues s?accordent à dire que ce qui compte vraiment à cet âge n?est pas les résultats académiques mais plutôt le développement global de l?enfant? </B>
C?est justement dans ce but que nous travaillons. La révision du ?curriculum?, par exemple, s?inscrit dans cette logique.
<B>Propos recueillis par Pauline ETIENNE </B>
<B>Réactions</B>
<B>Vinod Seegum</B> de la Government Teachers Union (GTU)
?La formule A+ vient corriger une injustice. J?ai moi-même proposé dans le passé la formule A+ pour encourager les enfants à travailler davantage. Tous les rapports ont prouvé que les enfants ne fournissent pas suffisamment d?efforts pour arriver à 100 points et se contentent de 75 points. Il faudra favoriser ceux qui sont les plus doués, dans le même esprit que nous essayons d?aider ceux qui sont en difficulté.?
<B>Yahya Paraouty </B> de l?Union of Private Secondary Education Employees (Upsee)
?La formule proposée va tuer les enfants mauriciens. En tant que professeur, le travail sera impossible? Quel type de questionnaire allons-nous préparer ? Quel type de corrections allons-nous adopter ? M. Gokhool ne réalise pas la gravité de la situation. Pour les enfants, c?est le retour de gros sacs, des leçons? C?est pire que l?ancien système. Dharam Gokhool veut satisfaire un peu tout le monde, mais de quelle élite s?agit-il ? L?Upsee est contre les mesures surtout qu?elles ont été annoncées sans aucun dialogue.?
<B>Suttyhudeo Tengur </B> de la Government Hindi Teachers Union (GHTU)
?Rationaliser le ?grading system? qui existait en 2003, c?est faire justice à l?enfant. Le système mauricien est encore très léger, comparé au modèle singapourien et il n?est certainement pas aussi compétitif. Nous devons nous inspirer de ce type de modèle. Nous ne devons pas nous inspirer de modèles qui nivellent par le bas. Je suis persuadé que nos critères restent encore souples.?
Ashik Junglee conseiller technique de la General Purpose Teachers? Union (GPTU)
?Nous disons non à cette injustice vis-à-vis des enfants, des parents et des enseignants. Pour nous, l?on est en train de massacrer l?intelligence des enfants pour ne pas dire que c?est un infanticide scolaire. Les parents seront à nouveau angoissés et ce sont les enfants qui en feront les frais. Pour les enseignants, l?on a suspendu une épée de Damoclès au-dessus de leur tête car dorénavant leur statut et leur performance reposeront sur le nombre d?élèves qu?ils ont pu envoyer dans les collèges nationaux. Tout cela se fera au détriment du développement intégral de l?enfant.?
<B>Veena Balgobin </B> chargée de cours en didactique (théorie et méthode de l?enseignement) à l?université de Maurice
?La plupart des parents sont déjà stressés après l?annonce de cette nouvelle formule dans la perspective que leur enfant devra avoir des A+. C?est clair que les parents vont entrer dans la course. Au niveau des leçons, il y avait eu un relâchement, mais c?est terminé. Je crois que nous retomberons facilement dans l?ancien système. A Maurice, il y a des préjugés et tout le monde voudra aller dans ces collèges. Je voudrais également connaître les projets du ministre pour le futur. Incluera-t-il d?autres matières et changera-t-il la manière dont seront rédigés les questionnaires ??
<B>Hervé de St.-Pern <I>cteur du Bureau de l?éducation catholique (BEC)
?Cette sélection va toujours influencer l?éducation dans les écoles primaires. Cela continuera à orienter le style de l?enseignement. Nous restons dans une logique où c?est l?admission en ?Form I? qui gère notre système éducatif au primaire. C?est ce qui conditionne l?éducation primaire. Il faut pouvoir sortir de cette logique et pour cela, il faut du courage. La situation que nous avons vécue au temps du ranking va perdurer et c?est dramatique. Tout le monde va se concentrer sur les sujets examinables.?
<B>Harris Bachwa </B> recteur du Friendship College Boys
?Nous retournons à une situation que nous voulions éviter. Tout deviendra beaucoup plus dur pour l?enfant au primaire. On risque de voir émerger quelque chose de pire que la rat race. Après tant d?années à essayer de réduire la pression sur les enfants de 10-11 ans, on remet cela. Il faudra oublier le développement intégral de l?enfant parce que tous les efforts vont être mis sur la performance. Je ne suis pas sûr que cela nous permettra de créer une plus grande élite. Je note aussi des zones qui restent floues et qui méritent d?être clarifiées au nom de la transparence.?
Denis Grandport président de la Fédération des associations de parents-enseignants catholique du secondaire
?Je ne dis pas que je suis pour ce système présenté par le ministre, mais j?y trouve des points positifs. Le parent a un choix. Soit il opte pour le système régional, soit pour le national. L?assurance du ministre qu?il n?y aura pas de différences entre les collèges nationaux et les collèges régionaux est également un bon point.?
<B>Steven Obeegadoo </B> ex-ministre de l?Education et secrétaire général du MMM
?Je condamne la légèreté avec laquelle un dossier aussi sensible est traité. Le ministre s?est contenté de généralités sans donner de détails précis. Il n?est toujours pas clair comment les 1 260 élèves vont être choisis pour aller dans ces collèges cinq-étoiles. Que se passe-t-il s?il y a 1 100 ou 1 400 élèves qui obtiennent 4 A+. Ces choses-là ne sont pas prévisibles dans le domaine de l?éducation. Si cela arrive, il y a deux solutions : soit faire un ranking soit manipuler la correction des épreuves pour s?assurer qu?uniquement 1 260 élèves obtiennent un A+. Dans le public, il y a une perception de hiérarchie au niveau des collèges nationaux. Là aussi, je ne vois rien d?autre que le ranking pour décider où envoyer les élèves. En plaçant le A+, il est clair que le ministre entre dans une logique politique de sélection et non pédagogique. ?
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