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Vers un nouveau procès en Libye pour les infirmières bulgares

27 décembre 2005, 20:00

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La Cour suprême de Libye a annulé les condamnations à mort prononcées contre cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien, ordonnant qu’ils soient rejugés par le tribunal qui a traité l’affaire en première instance. Détenus depuis 1999, les six, qui sont désormais sortis des “couloirs de la mort”, clament leur innocence et Sofia, Washington et Bruxelles ont demandé plusieurs fois leur libération. L’affaire est devenue un sérieux obstacle aux efforts de Tripoli pour sortir de son isolement diplomatique.

<B>Aveux sous la torture ?</B>

“La cour a retenu l’appel interjeté par les infirmières et le médecin et renvoie le dossier à la juridiction de première instance, en vue d’un nouveau procès”, a déclaré le juge Ali Alouss, qui préside la Cour suprême. “Les cinq infirmières et le médecin palestinien ne seront plus considérés comme des prisonniers condamnés à mort après le verdict d’aujourd’hui. Ils vont devenir des prévenus attendant leur procès”, a souligné un autre membre du tribunal ayant requis l’anonymat.

Selon les avocats de la défense, ce jugement signifie que le tribunal de Benghazi qui les avait condamnés va devoir les rejuger. Les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien avaient été condamnés à mort par peloton d’exécution, en mai 2004, pour avoir inoculé sciemment le VIH à 426 enfants libyens à Benghazi, sur la côte méditerranéenne. Une cinquantaine d’enfants sont morts.

Les infirmières disent avoir fait des aveux sous la torture. Selon des spécialistes du sida, les cas de séropositivité s’étaient déclarés avant l’arrivée des infirmières et étaient probablement dus à un manque d’hygiène.

Ce jugement, porteur d’espoir pour les accusés, intervient quelques jours après la création d’un fonds de solidarité aux familles des enfants séropositifs, auquel ont adhéré, outre la Bulgarie et la Libye, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Commission européenne.

La Libye avait laissé entendre que ces condamnations pourraient être cassées si de l’argent était débloqué pour les familles des victimes et pour financer le traitement des enfants contaminés. “La Cour suprême a accepté les appels interjetés sur le fond et sur la forme. Cela signifie qu’elle a annulé les condamnations à mort et qu’une juridiction inférieure va rejuger les accusés et prononcer un nouveau jugement”, a déclaré Mahmoud Maghribi, l’un des avocats des infirmières, à Reuters.

<B>“Fermer au plus tôt cette affaire”</B>

Le président bulgare, Georgi Parvanov, a souhaité que la décision de la Cour suprême libyenne aboutisse au classement rapide de l’affaire. “La décision de la Cour suprême a confirmé notre espoir que la justice prévaudrait dans cette affaire”, réagit-il dans un communiqué. “Nous espérons que le travail rapide et efficace de la cour ces derniers jours permettra de fermer au plus tôt cette affaire”, poursuit-il.

L’Union européenne et les Etats-Unis se sont également félicités de cette décision. Réunis à proximité du tribunal, des proches des enfants malades ont quant à eux exprimé leur colère.

“Le jugement rendu aujourd’hui retarde encore le jugement définitif dans ces affaires et prolonge les souffrances des familles. Ce verdict les fait souffrir parce qu’ils voient leurs enfants mourir à petit feu”, a déclaré Mohamed Salah, dont la fille est séropositive.

Le président de l’Association des familles des enfants contaminés par le VIH, Ramdane Fitouri, a déclaré à Reuters que le tribunal de première instance pourrait confirmer au terme du nouveau procès les condamnations à mort.

“Il ne fait aucun doute que cela prolonge nos souffrances, mais le jugement d’aujourd’hui ne signifie pas que les condamnations à mort ne seront pas confirmées. Ce tribunal peut à nouveau prononcer les condamnations à mort”, a-t-il dit à Reuters. Mais un diplomate occidental en poste en Libye a dit s’attendre à ce que les infirmières puissent regagner très prochainement leur pays à la faveur d’un accord entre les deux gouvernements. Tripoli, a-t-il expliqué, va obtenir des familles qu’elles pardonnent les cinq infirmières et le médecin, après quoi le tribunal prononcera des peines de prison à vie. “Ensuite, le gouvernement libyen annoncera la conclusion d’un accord avec la Bulgarie pour extrader les détenues afin qu’elles purgent leurs peines dans leur pays et les infirmières seront rapatriées au début de l’année prochaine”, a-t-il ajouté.

<B>Salah SARRAR</B>

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