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Feu vert à l?aéroport du Nord
La presse de décembre 1980 se veut optimiste au sujet du projet de construction d?un nouvel aéroport international dans le nord de l?île. La question est, dit-on, tranchée : le gouvernement va de l?avant avec l?aménagement d?un aéroport moderne à la Plaine des Roches. Un comité restreint parlementaire donne, en effet, sa bénédiction à ce projet.
Les raisons, mises en avant, sont d?abord économiques. La construction d?un aéroport dans le Nord coûtera Rs 240 millions de plus que les travaux de rénovation à entreprendre à Plaisance (Rs 885 millions). Si on ne franchit pas le Rubicon, plus exactement la GRSE, en 1980, on ne pourra le faire avant au moins une dizaine d?années. Autrement dit, l?aéroport du Nord it?s now or never ! Au-delà de 1990, le coût d?un nouvel aéroport sera prohibitif. On parle déjà d?un coût de plus de Rs 6 milliards pour construire un aéroport pouvant répondre aux besoins du XXIe siècle naissant, alors que ce coût est estimé à seulement Rs 1 125 millions en 1980, contre Rs 100 m en 1971 et Rs 290 m en 1977.
On agite ensuite les avantages que représente un aéroport dans le Nord en termes de sécurité. Tous les risques potentiels d?accident existant à Plaisance sont pratiquement éliminés. Le trajet Port-Louis?Plaine des Roches sera plus court de 21 km que la distance routière séparant la capitale de Plaisance. De plus, il est déjà prévu qu?une autoroute du Nord reliera Port-Louis au nouvel aéroport. Elle bifurquera plus tard vers Grand-Baie à partir de Piton, après l?abandon justement du projet d?aéroport du Nord. En revanche, le prolongement de l?autoroute Port-Louis?Saint-Jean d?abord vers Pont-Fer puis successivement jusqu?à La Vigie, Nouvelle France et la Plaine Magnien, sera décidé et concrétisé après l?abandon définitif du projet d?aéroport du Nord. Les automobilistes venant du Nord ont besoin, en 1980, de se farcir la route Royale et ses encombrements de Pont Fer à Plaine Magnien, la montée Lapeyre et la traversée de Curepipe et de Rose Belle comprises. En revanche, moins de cinq minutes suffisent encore pour se rendre de l?Albion Dock au rond-point du Caudan.
Le comité restreint parlementaire anticipe que l?abandon de l?aéroport de Plaisance permettra de récupérer 500 arpents de terres agricoles et la construction d?un complexe industriel de 150 arpents à la place des infrastructures existantes. La vallée de Ferney l?a échappé belle.
Suprême argument car fortement teinté d?électoralisme et de clientélisme : grâce à la construction d?un aéroport à Plaine des Roches, 2 000 habitants du Nord et de l?Est trouveront un emploi pour une période de quatre à cinq ans et mille autres un emploi permanent. Curieusement, la presse ne souffle mot des emplois perdus à Plaisance. Comprenne qui pourra.
Des Rs 1 125 millions que coûterait l?aéroport du Nord, la Chine nous prête sans intérêt (du moins financier) Rs 225 millions. Il est prévu que l?aéroport du Nord pourra accueillir huit avions gros porteurs à la fois et les huit passerelles télescopiques un millier de passagers. Une somme de Rs 7,8 millions est déjà engloutie dans les études préalables, effectuées de 1971 à 1980.
L?aéroport du Nord disposera d?une piste d?atterrissage de trois kilomètres de long sur 45 mètres de large. Le tarmac couvrira une superficie de 103 000 mètres carrés. L?aérogare climatisée aura une superficie de 24 000 mètres carrés, pouvant héberger à la fois 15 000 personnes dont 200 passagers. La clôture de l?aéroport représentera 13 kilomètres de chain-link. La tour de contrôle aura 30 mètres de hauteur.
Le comité restreint parlementaire fait, entre autres, ressortir les points suivants : 1. Les travaux de rénovation ne pourront éliminer tout à fait les risques d?accident inhérents au site de Plaisance. 2. Le sol à Plaine des Roches est impropre à toute utilisation agricole. 3. Ce site, étant à l?état naturel, offre une totale liberté de man?uvre et permet une planification cohérente et des agrandissements futurs. 4. La conception d?un nouvel aéroport dans ces conditions sera forcément meilleure que les agencements successifs, ayant transformé la simple piste d?atterrissage militaire de Plaisance en un aéroport international.
Il recommande des prêts à long terme pour obtenir les Rs 900 millions manquantes, que les propriétaires des terrains, devant être obligatoirement acquis par l?Etat, soient adéquatement compensés, qu?un comité national, comprenant toutes les parties concernées, soit institué pour veiller à l?utilisation optimale des terres pouvant devenir disponibles après l?atterrissage du dernier avion à Plaisance.
Sir Veerasamy Ringadoo préside ce comité restreint, composé des députés Ghislaine Henri, Amédée Darga, Jean Claude de l?Estrac, Dharam Fokeer, Robin Ghurburrun, Ramduth Juddoo, Simadree Virahsawmy. Parmi les dossiers soumis et examinés par le comité restreint se trouve celui de M. Soobarah, directeur de l?aviation civile.
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