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Tous frustrés, tous violents

10 décembre 2005, 20:00

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C?est le monde à l?envers ! Vendredi, je me suis fait quasiment engueuler par une petite secrétaire parce que, tenez-vous bien, je n?avais pas encore reçu l?e-mail qu?elle venait de m?envoyer ! J?ai eu beau lui expliquer que la réception n?était pas forcément instantanée et qu?en plus, au bureau, les messages allaient d?abord dans un serveur avant d?être redistribués, rien à faire. Elle m?a fait vertement comprendre qu?elle n?avait pas que ça à faire, qu?elle devait partir et ne pouvait donc pas attendre que je reçoive son précieux courrier ! J?en suis restée comme deux ronds de flan.

Cette anecdote est symptomatique d?un état d?esprit général. Sans y prendre garde, nous sommes devenus intolérants, impatients, impulsifs, agressifs. Pour un oui ou pour un non, nous montons sur nos ergots. Nous ne supportons plus la moindre contrariété, le moindre contre-temps,la moindre entrave à la satisfaction de notre désir. L?autre est devenu un obstacle à éliminer sur la route de notre volonté infantile de toute puissance. Comment s?étonner alors de toute cette violence qui déferle quand nous acceptons si facilement notre agressivité ordinaire ?

À bien des égards, nous sommes tous des frustrés. Qui peut prétendre être béatement heureux et totalement satisfait de ce qu?il est, de ce qu?il a ? D?ailleurs, est-ce souhaitable ? Après tout, c?est aussi le désir qui nous fait avancer.

Le problème, c?est que nous ne savons plus gérer nos frustrations et les conflits qu?elles suscitent. Parce que la société de consommation a fait de nous de grands enfants incapables de résister à la tentation et de différer nos désirs. Parce que la pression sociale, que nous subissons plus ou moins volontairement, nous oblige à vouloir toujours plus tout de suite. Le discours dominant prône des valeurs guerrières : le gagnant, c?est le plus fort, le plus rapide, le plus riche, celui qui écrase ses adversaires. Le gentil est au mieux un couillon, au pire un perdant.

Là-dessus, vient s?ajouter la pression économique. Le fait brutal, c?est que nous nous appauvrissons. Notre portefeuille est de moins en moins à la hauteur de nos désirs, tout comme notre condition est parfois bien loin de nos ambitions. Et quand l?Idéal se heurte au principe de réalité, la soupape saute, la cocotte explose et ça donne un tabassage à coups de parpaing.

Plutôt que de se lamenter, on ferait mieux de réagir. Chacun à son niveau. En faisant attention à son attitude personnelle. En mettant en place à l?école et dans les entreprises des formations à la gestion des conflits, par exemple. En recentrant nos priorités et en refusant de subir le diktat d?un consumérisme meurtrier. Franche-ment, est-ce si important que ça d?avoir le dernier portable à la mode ?

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