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Ciment : Lafarge menace de partir
C?est branle-bas de combat dans le ciment : Lafarge, leader sur le marché, menace de quitter Maurice. Raison invoquée : la faible marge.
Chronique d?une ouverture à la concurrence ratée. À l?origine, il y avait la Mauritius Portland Cement (Lafarge), unique fournisseur de ciment. Malgré le contrôle des prix, des années durant, elle faisait des profits assurant sa viabilité. Mettant en avant l?intérêt du consommateur, les autorités décident d?ouvrir le marché à la concurrence en permettant, il y a cinq ans, l?entrée d?une autre entreprise, depuis contrôlée par Holcim. Mesure applaudie alors par les associations de consommateurs. Mais les deux entreprises hurlent aujourd?hui au loup et menacent, après des exercices financiers successifs de pertes, de plier bagage si leurs marges ne sont pas revues à la hausse.
« La question est simple : si Lafarge avait continué à être le seul importateur, aurait-il fait des pertes malgré le contrôle de prix ? » A cette question émise par un professionnel de la construction, plusieurs interlocuteurs contactés répondent par la négative. « La réponse est limpide : non. L?arrivée d?un deuxième larron a tout changé, car qui dit concurrence, dit partage du marché, donc moins de profits. Et ce, alors que les coûts fixes sont en constante progression », explique un ancien cadre de l?une des deux entreprises.
Le ciment représente à Maurice un marché légèrement supérieur à 630 000 tonnes ; Lafarge et Holcim, avec Baobab et Kolos respectivement, se partagent les parts, avec un léger avantage au plus ancien des deux. Le prix de vente étant fixé par l?État, l?économie d?échelle ne joue plus et les deux avancent des pertes, dues à la hausse du prix du ciment sur le marché mondial et du fret à la dépréciation constante de la roupie et à la montée en flèche des coûts d?empaquetage, d?électricité et de la main-d??uvre locale.
Pourtant, Lafarge est moins vulnérable que son concurrent. Ses investissements sont amortis depuis longtemps, note un banquier. D?où un seuil de rentabilité plus facile, ajoute-t-il. « Nous savons que la compagnie Holcim fait des pertes opérationnelles importantes dues au fait que ses investissements initiaux sont importants et que ses équipements sont neufs », affirme-t-il.
Lafarge demande une hausse de la marge sur le ciment et l?instauration d?un comité technique chargé de déterminer le « juste prix » de vente. Ce qui, selon Hédi Rafaï, directeur général de la filiale mauricienne, devrait « permettre d?assurer la viabilité des deux entreprises présentes à Maurice ».
L?État semble, de son côté, jouer aux abonnés absents. Plusieurs demandes faites par Lafarge et Holcim tant auprès des ministères concernés qu?auprès de la State Trading Corporation (STC) depuis 2004 sont demeurées lettres mortes. « Tant que l?un des deux faisait des profits et l?autre des pertes, les autorités avaient intérêt à avancer que le deuxième était victime de mauvaise gestion. Maintenant que les deux affirment faire des pertes conséquentes, il se doit d?agir », affirme un banquier.
Du chantage à l?encontre de l?État
Et si la démarche de Lafarge et de Holcim n?était que du chantage à l?encontre de l?État ? « Sûrement pas ! Comme toute entreprise, nous estimons qu?il nous faut, pour assurer notre pérennité, faire des profits raisonnables. Nous ne pouvons engranger des pertes chroniques », explique Hédi Rafaï. Et d?encourager la STC à investir dans ce secteur s?il est rentable.
Et le prix du ciment chez nos voisins semble lui donner des arguments : à Madagascar, le sac de 50 kg se vend autour de 45 euros alors qu?à Maurice, il coûte 22 euros. « Et là aussi, Holcim se retire, vu que le gouvernement malgache a enlevé la taxe sur les sacs de ciment qui rentrent. D?où des marges moins importantes pour ce dernier », souligne un ancien cadre de l?entreprise.
Dans les milieux de la STC, on explique que sur les 630 000 tonnes nécessaires au marché local chaque année, la STC en importe 150 000, dont le prix d?achat sert d?étalon aux fonctionnaires du Commerce pour calculer le prix de vente de la pochette. Une source à la STC affirme que tout comme le précédent gouvernement, l?actuel est conscient que les demandes de Lafarge et de Holcim sont valables.
Mais le hic reste les conséquences politiques de toute hausse du prix du ciment. « Maurice est un cas particulier dans la région : il est le seul où le prix du ciment est fixé par l?État. Et cela a été un des facteurs qui a permis à la construction de soutenir la croissance de l?économie et aux ti-dimunn d?avoir accès au logement individuel », explique un fonctionnaire économiste.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Et d?aucuns de rappeler qu?à l?annonce de l?ouverture du marché à la concurrence, il y a cinq ans, certains avaient prévu que cela allait mener à des effets contraires à ceux voulus.
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