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?Le pays sera en crise économique si rien n?est fait?

15 novembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Vous animez un symposium pour le compte du National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) sur les nouvelles orientations stratégiques ce vendredi. Quelle est l?importance de ces discussions ?</B>

Il est très important d?élargir le débat et d?engager les différentes sections de la société dans la réflexion sur les nouvelles orientations économiques. Les changements qu?on souhaite apporter ne sont pas destinés uniquement à rendre les politiciens plus populaires ou les banques plus profitables. Ils touchent tout le monde.

Tout le monde ne perçoit pas les changements d?un même point de vue. Les syndicats et les chefs d?entreprise n?ont pas toujours la même perspective sur les mutations. De manière générale, les gens résistent aux changements. Il faut comprendre les raisons de ces réticences.

● <B>Le rapport ?Competitiveness Foresight? du NPCC projette un objectif de 7 à 8 % de croissance économique afin de réussir la transformation économique. Est-ce réalisable?</B>

Si l?économie atteint et maintient un taux de croissance de 7 %, le revenu national va doubler chaque dix ans. Si la croissance est maintenue à 3 ou 4 %, le revenu national ne va doubler que chaque 20 ans. Cela a un impact décisif sur le niveau de vie et affectera l?avenir de vos enfants.

Pour une économie qui est déjà très développée et qui réalise un produit intérieur brut (PIB) par tête d?habitant élevé comme $ 30 000, c?est le cas des États-Unis, il est difficile d?atteindre et de maintenir un taux de 7 %. Mais pour un pays comme Maurice dont le PIB par tête d?habitant est de $ 5 000, une croissance annuelle de 7 % devient un impératif. L?Inde et la Chine ont fait la démonstration que cela est réalisable.

Maurice doit pouvoir absorber la prochaine génération de la main-d??uvre en lui proposant des opportunités d?embauche en nombre suffisant.

D?autre part, avec un taux de croissance de 4 %, le pays ne sera plus en mesure d?offrir les services sociaux à la population. Maurice ne pourra plus se permettre d?avoir cet état-providence de type semi-européen qu?elle a eu jusqu?ici. On peut déjà constater les signes de cette pression, le pays se paye son système social non pas à travers ses revenus mais à travers les emprunts.

● <B>Comment parvenir à une croissance supérieure alors que l?économie fait déjà face à de sérieuses difficultés dans la confection et dans le sucre?</B>

Pour une petite économie insulaire qui ne peut plus vivre sur des préférences et des quotas, il faut bien trouver des moyens pour atteindre un taux de croissance de 6 % au moins. Maurice devra pouvoir réaliser cette ambition à partir de ses propres ressources et ses avantages compétitifs.

Maurice a su éviter une crise économique au cours de ces derniers vingt ans. Elle a évolué à partir d?une économie de monoculture vers une base économique diversifiée notamment avec le textile-habillement et les services tels le tourisme et les services financiers.

● <B>Mais cette base compétitive qui a permis notre succès durant cette période est plus que jamais érodée?</B>

La base compétitive a été érodée par votre propre succès, et surtout pas le succès de vos syndicats qui ont pu obtenir des hausses salariales et des améliorations constantes des conditions de travail. Les augmentations de salaires ont finalement contribué à rendre le pays peu compétitif par rapport à ses concurrents directs.

À un certain niveau, Maurice souffre du même problème que la France, l?Espagne et l?Italie qui ont des coûts de main-d??uvre et des coûts de services sociaux très élevés. Encore faut-il se rappeler que ces pays sont en compétition avec des nations telles que les États-Unis, l?Angleterre et les nouveaux adhérents à l?Union européenne.

Dans le cas de Maurice, l?industrie du textile doit concurrencer des pays tels l?Inde, la Chine, le Cambodge, le Vietnam et le Bangladesh dont les coûts de main-d??uvre varient entre un dixième et un cinquième de ceux prévalant ici. Maurice ne pourra plus les concurrencer dans ce secteur.

Dans le cas du sucre, l?option de convertir l?activité de production du sucre à la production d?éthanol est viable si le prix du baril est maintenu à un niveau de $ 50. Cela aidera également à réduire la dépendance du pays sur les sources d?énergie importées.

La confection mauricienne doit définitivement monter en gamme sur le plan de la qualité et du design. Cela impliquera néanmoins une réduction de la main-d??uvre à 25 000 personnes environ.

L?économie se doit de se diversifier davantage non seulement pour créer de nouveaux jobs mais pour pouvoir générer des devises étrangères qu?elle a besoin pour financer ses importations.

● <B>Comment créer les conditions nécessaires pour réussir cette transformation?</B>

Maurice devra très vite faire le saut vers une économie post-industrielle. Il faut se concentrer sur les services à haute valeur ajoutée tels le business process outsourcing (BPO) et le knowledge process outsourcing (KPO). En même temps, le tourisme et les services financiers devront s?accroître plus vite.

Maurice devra capturer les first mover advantages dans les nouveaux domaines liés à la sous-traitance tels les services de santé, les loisirs, les médias et les activités de legal research et de business research.

Mais il serait impossible de saisir ces opportunités si l?économie mauricienne ne s?ouvre pas de manière significative aux investissements directs extérieurs (IDE) ainsi qu?aux compétences étrangères. La stratégie de développement est dans l?impasse parce que le pays s?est appuyé essentiellement sur sa base d?investisseurs locale. Maurice prétend pratiquer une économie ouverte aux IDE, et au savoir-faire étranger. Dans la pratique toutefois, la bureaucratie applique les politiques de manière à toujours favoriser les groupes domestiques au détriment des entreprises étrangères. La communauté internationale perçoit Maurice comme tout, sauf un pays ouvert. Les investisseurs étrangers dans leur grande majorité disent qu?il existe une collusion implicite entre le gouvernement et les entreprises locales pour protéger les intérêts de celles-ci.

Cela doit changer. Si le pays veut réaliser un taux de croissance de 7 % ou plus, il doit pouvoir investir environ 30 % de son produit intérieur brut (PIB) dans la formation du capital. Or, à Maurice, l?investissement est passé de 26 % à 22 % du PIB. Tout indique que ce chiffre va encore baisser.

L?investissement privé représente 14 % du PIB tandis que celui du gouvernement se situe à 8 %. Les finances de l?état sont déjà en difficulté. Il ne sera pas possible de rehausser le niveau des investissements publics de 10 à 15 % du PIB. Il faut donc augmenter le taux d?investissement privé de 14 à 22 %.

<I>?Maurice devra très vite faire le saut vers une économie post-industrielle. Il faut se concentrer sur les services à haute valeur ajoutée tels le business process outsourcing et le knowledge process outsourcing.?</I>

● <B>Se donne-t-on les moyens pour ouvrir l?économie et relancer l?investissement?</B>

Les groupes traditionnels locaux n?ont pas nécessairement le savoir-faire et les moyens financiers nécessaires por se lancer dans les nouveaux secteurs de croissance. Maurice devra prendre comme exemple les expériences des pays comme Dubayy, Singapour et Hongkong qui ont su capitaliser sur l?IDE et les compétences étrangères. Le défi qui se présente au présent gouvernement est de pouvoir doubler le niveau d?IDE chaque année de son mandat.

Mais pour attirer l?investissement étranger, il faut pouvoir changer le comportement des entreprises locales vis-à-vis des étrangers. Maurice devra devenir plus business friendly aux yeux des entrepreneurs étrangers.

● <B>Quelle est la meilleure feuille de route pour atteindre cet objectif?</B>

Le pays pourra entrer dans une crise économique dans deux ou trois années si rien n?est fait pour remédier à la situation au niveau de la croissance. Le temps presse. Si le pays s?ouvre rapidement, les bénéfices qui s?en suivront, aideront le pays à se restructurer.

Les changements ne vont pas se faire du jour au lendemain. Le taux de croissance de 4 % peut passer progressivement à 5 % et puis à 7 % dans les années à venir. Mais il faut prendre les décisions qui s?imposent. Le temps des discussions est terminé. Maurice doit éviter de commettre les erreurs de l?Inde qui passe beaucoup de temps à débattre et oublie parfois de passer à l?acte.

Les inquiétudes au sujet de l?ouverture de l?économie sont plus psychologiques que fondamentales. La fin des quotas et des préférences commerciales requiert un ajustement psychologique. Mais la chance de Maurice, c?est la qualité de sa population. Elle a la capacité de s?ajuster aux nouvelles conditions économiques. Maurice dispose d?un capital humain qui demande à être canalisé au niveau institutionnel.

La protection des entreprises locales a fini par asphyxier les talents des Mauriciens. Le manque d?ouverture de l?économie encourage les meilleurs cerveaux à quitter le pays pour d?autres cieux.

<I>Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>

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