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Diplomate culturelle avisée
Rosalind Burford rappelle une diplomate. Cela se sent dans son allure générale qui est d?un chic classique et discret ? un chignon élégamment torsadé et relevé, une tunique soyeuse à rayures grises et bleues qui font ressortir le bleu de ses yeux, des sandalettes en cuir marron, un tour de cou griffé en or jaune ? que dans sa façon de s?exprimer qui est tout en nuances. La comparaison lui convient. «C?est vrai que le rôle du directeur du British Council est proche de celui du diplomate. Mais le directeur du British Council est avant tout un diplomate culturel. Nous essayons de promouvoir une meilleure compréhension entre la Grande-Bretagne et les autres pays dans les domaines éducatifs et culturels.»
Mission qu?elle n?a eue aucun mal à remplir car la qualification de base de cette fille d?un représentant des Nations unies, née en Inde, est examinatrice en chef d?anglais à l?université de Cambridge. Elle a ensuite embrayé avec la formation des enseignants d?anglais aux étrangers au niveau du troisième cycle toujours à l?université de Cambridge. C?est d?ailleurs cette université qui la met sur la piste du British Council en l?envoyant développer un nouvel examen externe pour les apprenants d?anglais au Portugal. Rosalind n?hésite pas une seule seconde car elle adore concevoir de nouveaux projets. «Je suis créative dans l?âme et j?aime me charger de nouveaux projets. Je dessine, j?écris et je peins aussi. Tout comme je trouve très créatif de travailler avec des gens.»
À partir de là, elle a été affectée dans les British Council Learning Centres de 12 différents pays dont l?Indonésie, la République tchèque, la Pologne, la Chine, la Corée, la France. Dans la plupart de ces pays, elle arrive à un moment de transition politique. Pour Rosalind, c?est une terre meuble pour la promotion de la langue et la culture anglaise. «Quand j?étais en Pologne par exemple, le communisme venait juste de basculer. La politique du gouvernement anglais qui finance en partie nos activités, était d?aider les Polonais à apprendre l?anglais pour favoriser l?adhésion de ce pays à l?Union européenne. Il en a été de même en Chine où le communisme commençait à se doter d?une base capitaliste. Dans ces pays en transition, il y a un dynamisme incroyable.»
Agir comme une main tendue
La surprise est venue de la France où elle pensait trouver des similitudes à la Grande-Bretagne. «Je n?ai pas réussi à créer le même impact en France. C?était très dur car ce n?est pas un pays en transition où les opportunités sont nombreuses. Dans un pays en transition, les gens sont avides du savoir. Je trouverai excitant par exemple d?être envoyée en Irak où actuellement le British Council forme des journalistes. C?est merveilleux d?aider un pays qui amorce une transition.»
Le British Council, précise-t-elle, agit comme une main tendue. Elle reconnaît que ladite politique n?est pas tout à fait désintéressée car en toile de fond, il s?agit de promouvoir la compréhension entre la Grande-Bretagne et les autres pays. «Mais ce qui nous différencie des diplomates, c?est que nous avons les coudées plus franches qu?eux. Ces derniers ont moins de liberté d?action que nous. Par exemple, dans un pays totalitaire, nous pouvons travailler avec le gouvernement mais aussi avec les dissidents. Ce que ne peuvent faire les diplomates. Par exemple, en Birmanie, qui est un pays totalitaire, nous travaillons avec des journalistes pour les aider à comprendre ce qu?est une presse libre, de même qu?avec les étudiants des universités pour leur donner des connaissances du monde extérieur. Les diplomates ne peuvent agir ainsi car cela peut être interprété comme de l?ingérence.»
La ligne de démarcation entre les deux est fine et pourtant, Rosalind n?a jamais été mal reçue ou mal perçue. Elle cite l?exemple du Zimbabwe où le bureau du British Council n?a jamais été inquiété par les autorités malgré l?hostilité du président Robert Mugabe à l?égard des Britanniques.
«Le niveau d?anglais parlé est pauvre»
La meilleure partie d?un travail de directrice de British Council est la découverte de pays, de systèmes sociaux et de gens nouveaux. La pire pour Rosalind est d?avoir à répondre à tous les courriels qu?elle reçoit. Elle a énormément apprécié son affectation à Maurice car c?est aussi à ses yeux un pays en transition. D?où les larmes qu?elle n?a pu refouler lors de la réception organisée jeudi après-midi à Clarisse House dans le cadre de son départ prochain.
Appelée à dire ce qu?elle pense de l?enseignement du kreol dans les écoles, Rosalind livre le fond de sa pensée. «Je suis inquiète à ce propos. Chaque pays qui l?a fait a accusé un retard de dix ans dans son système éducatif. Cela a été le cas en Malaisie. Tout professionnel de l?éducation vous dira que les pays évoluent sur la scène mondiale et que si un pays ne peut communiquer avec les autres qui s?y trouvent, il ne pourra faire les progrès qu?il mérite».
L?anglais est donc incontournable. Le problème de cette langue à Maurice est que les enseignants n?ont pas un bon niveau d?anglais parlé et de ce fait, ils ne transmettent pas à leurs élèves un bon anglais parlé. «Les élèves peuvent lire et écrire l?anglais et communiquent entre eux en croyant que leur niveau d?anglais parlé est satisfaisant. C?est une illusion. Le niveau d?anglais parlé est pauvre car il y a peu d?exposition que ce soit à la télévision ou au cinéma. Durant des années, les Français ont investi massivement dans l?éducation et la Francophonie a fait le reste. Le résultat est que Maurice est un des rares pays où la langue française a gagné davantage de terrain que l?anglais.»
Rosalind se défend d?envisager toute la question sous un angle compétitif mais plutôt en termes de richesses pour les Mauriciens qui maîtriseraient alors plusieurs langues tant au niveau oral qu?écrit.
Face à cet état de choses, un diplomate aurait fait du lobbying auprès des dirigeants politiques. La diplomate culturelle qu?est Rosalind a une autre approche. La solution, précise-t-elle, réside dans la formation des instituteurs et des enseignants. Elle a réussi à faire entendre sa voix aux deux ministres qui se sont succédé au portefeuille de l?Education durant son mandat. Si bien que le ministère a commandé au British Council une étude sur le profil de l?anglais du primaire au tertiaire. Ladite étude sera menée par John Russell, chef du centre d?anglais et responsable des examens au British Council. Il sera épaulé par une équipe. Cet exercice permettra d?évaluer le niveau des enfants mauriciens dans l?utilisation de cette langue.
Elle souligne aussi que le British Council a beaucoup investi dans un projet d?alphabétisation et de compétences en calcul qui implique des experts anglais et mauriciens pour le développement de manuels et d?autres modules éducatifs destinés à former les instituteurs du primaire.
Estime-t-elle avoir accompli sa mission à Maurice ? «J?ai apporté ma contribution.»
Le successeur de Rosalind à la tête du British Council est déjà connu. Il s?agit de Simon Ingram-Hill, actuellement en poste au Mozambique. Comme elle, c?est un spécialiste de l?anglais. Comme quoi, la continuité est assurée?
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