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Avenir bouché pour les automobilistes

11 novembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La présente congestion routière pour entrer dans la capitale aux heures de pointe n?est rien par rapport au cauchemar qui guette les automobilistes.

Un premier bouchon, s?étend du rond-point de Forest-Side, sur la route de La Vigie jusqu?au centre de Port-Louis et un deuxième du centre de la capitale jusqu?à Mapou.

Ce scénario cauchemardesque a été présenté par les techniciens du ministère du Transport aux syndicalistes du Mauritius Labour Congress (MLC), réunis en séminaire sous l?égide de la fondation Friedrich Ebert.

Selon Stephan Atchia, ingénieur spécialiste des modes de transport et conseiller du ministre Rashid Beebeejaun, le pire sera inéluctable si un nouveau type de transport public n?est pas trouvé et si une autre voie n?est pas ouverte pour faciliter l?entrée dans la capitale à partir de Pailles.

Alors que le gouvernement hésite depuis 1990 entre métro léger, monorail, Light Rail Transit, et Bus Way, la situation s?est dégradée d?année en année avec l?accroissement du parc automobile du pays.

Aujourd?hui, l?automobiliste met entre une heure et quart et une heure et demie pour faire le trajet Curepipe-Port-Louis s?il quitte sa maison à 8 heures en jour de semaine.

Il roule ainsi en moyenne à 20 kilomètres par heure sur ce trajet avec des ralentissements de plus en plus prononcés à l?approche de la capitale. «Pendant les heure de pointe, on roule en moyenne à 8 ou 9 kilomètres heures entre le Caudan et le Quai D. A titre de comparaison, on roule en moyenne à 15 kilomètres par heure dans les grandes villes telles New-York, Paris, Londres, Cape Town ou Johannesburg pendant les heures de pointe».

Cette comparaison vient de Stefan Atchia. Ce conseiller ainsi que son ministre sont conscients que si rien n?est fait très vite, la situation sera catastrophique avant la fin du mandat du présent gouvernement.

Mais il ne faudrait probablement pas aller aussi loin dans le temps pour deviner l?ampleur de la catastrophe que les experts prédisaient dès 1990.

Dès l?année prochaine, on mettrait plus de deux heures sur le trajet Curepipe-Port-Louis si on quitte sa demeure Curepipienne à 8 heures.

Construction de routes proposées

Un trajet qui coûterait trop de temps aux automobilistes. Ceux-ci brûleraient alors deux fois plus de carburant, perdraient en productivité avec des sempiternels retards tous les matins pour se rendre au travail et pollueraient deux fois plus.

La raison de cette congestion de cauchemar est simple. Il y a aujourd?hui 120 véhicules pour 1 000 habitants. En 2020, selon les projections, il y aura 300 véhicules pour 1 000 habitants.

Rien de spectaculaire dans ces chiffres, parce qu?en Europe le chiffre est de 500 véhicules pour 1 000 habitants et aux Etats- Unis, 600 pour 1 000 habitants. Mais Maurice n?a en tout et pour tout que 2 000 kilomètres de routes, ce qui fait que nous aurons en 2020, environ 160 véhicules par kilomètres de route alors qu?aux Etats-Unis, c?est 25 véhicules par kilomètres de route.

Comme le pays n?a pas la possibilité d?ajouter un kilométrage important à son réseau routier, la solution à la congestion et au cauchemar qui arrivent résidera dans la construction d?une autre route d?entrée dans la capitale qui contournera le centre-ville, des auto-ponts et la mise en place d?un système de transport en commun moderne, confortable et rapide pour encourager les automobilistes à se rendre au travail dans ce type de transport public.

On réduirait alors le nombre de véhicules entrant dans la capitale.

«Le gouvernement se trouve aujourd?hui devant plusieurs propositions pour le nouveau mode de transport en commun. Nous avons le métro léger, le monorail, la construction d?une voie dédiée aux autobus accordéon à grande capacité, le système de guided buses et nous avons plusieurs propositions de construction de routes. Nous n?avons pas encore arrêté un choix.»

C?est ce que le ministre Beebeejaun a expliqué aux syndicalistes du MLC cette semaine tout en leur donnant l?assurance que le gouvernement sera très sensible à la question de perte d?emplois dans le secteur du transport public avec l?adoption d?un mode alternatif de transport. La valse hésitation qui a débuté en 1990 se poursuit donc alors que tout indique que le gouvernement n?a pas un grand choix entre les différentes propositions (Voir l?encadré : «trouver sa voie dans un labyrinthe»).

Il existe un autre souci, d?ordre énergétique. «En choisissant un mode alternatif de transport en commun, il ne faut pas oublier la conjoncture actuelle en ce qui concerne l?énergie. Il est primordial de penser au biodiesel, à l?éthanol et même à l?huile de coco que les Australiens utilisent en ce moment dans des moteurs diesel».C?est ce que signale le président du Centre de documentation, de recherches et de formation indianocéaniques (Cedrefi), Pynee Chellapermal. Intervenant lors des réflexions sur le transport en commun et la congestion routière à Maurice, il a même affirmé qu?il y a actuellement des lobbies en faveur de l?essence et du diesel, ce qui fait que personne ne parle de carburant alternatif dans le cadre d?un mode de transport alternatif.

LE PRIX QUE LE PUBLIC PAIERAIT

On ne sait encore si c?est le gouvernement qui financerait entièrement la mise en place de l?infrastructure pour un mode de transport alternatif.

Ainsi, on se demande toujours si c?est l?Etat qui doit construire le «bus way», ou si le secteur privé qui doit le faire. Une autre option est une participation gouvernement-secteur privé.

Quoi qu?il en soit, les différent experts estiment que le prix du ticket que le public aura à payer sera déterminé par rapport au choix qui sera fait.

Ainsi si on opte pour le «bus way» avec des autobus à grande capacité, le prix du ticket Curepipe-Port-Louis tournerait autour de Rs 20, affirme l?ingénieur Poonaven Sungelee (photo).« L?autobus à grande capacité est moins cher que l?autobus conventionnel », dit-il.

Or, si c?est le métro léger qui est adopté, le ticket coûterait cinq fois plus cher, autour de Rs 100 pour le trajet Curepipe-Port-Louis.

« Le Dr David Lupton de la Banque mondiale avait menti en ce qui concerne le prix du ticket au métro léger ainsi que la vitesse de croisière de ce mode de transport. Il a dû finalement accepter que le billet coûterait environ Rs 90 et que le métro léger ne pourrait rouler qu?à environ 23 km/h », affirme l?ingénieur Pooranen Sungeelee.

TROUVER SA VOIE...DANS UN LABYRINTHE

Sur papier, le «bus way», c'est-à-dire une voie construite uniquement pour les autobus, entre Curepipe et Port-Louis en passant par Vacoas, Quatre-Bornes et Rose-Hill, paraît être la solution la plus attractive.De fait, le National Economic Council avait souligné l?année dernière, sous l?ancien régime, que ce système semble être celui que favorisent tous les techniciens et ingénieurs du gouvernement.

L?ancien régime avait fini par préférer l?option métro léger. Le dossier du «bus way» a été dépoussiéré du fait que ce projet est le moins coûteux, la voie propre avec des autobus accordéon pouvant transporter chacun 160 passagers. Cette formule permettrait de transporter 6 000 passagers par heure sur le corridor Curepipe-Port-Louis sans aucune difficulté. Le trajet prendra moins de temps par ces autobus accordéon ou asservis (guided bus) alors que les autres véhicules utilisant l'autoroute mettront 1 h 30 à 2 heures pour le même trajet. L'investissement nécessaire à ce projet varierait entre Rs 2,5 milliards à 4,5 milliards et le prix d'un ticket pour le trajet Curepipe-Port-Louis coûterait environ Rs 20 contre Rs 100 avec le système de métro léger ou de monorail. «Le système de voie propre pour autobus est le plus attractif sur papier, cependant c'est le système le moins adopté à travers le monde», explique le conseiller en modes de transports alternatifs, Stephan Atchia. Les raisons pour lesquelles la voie propre n'a pas la cote auprès des autorités se résument en quelques mots : absence d'impact psychologique sur les propriétaires de voiture d'une part, et pression économique des constructeurs de métro léger ou de monorail sur les autorités, d?autre part.

En effet, en introduisant la voie propre, le but visé n'est pas d'enlever les autobus de l'autoroute pour faire de la place aux autres véhicules. L'objectif est d'attirer les propriétaires des voitures vers ce mode de transport en commun pour qu'ils laissent leurs voitures à la maison ou sur un parking auprès des gares routières pour prendre un autobus accordéon ou asservi. Or, on estime qu?un système de métro léger ou de monorail aura un impact psychologique important pour convaincre l'usager à abandonner sa voiture pour un transport en commun pour se rendre au travail le matin et retourner chez lui l'après-midi. Cette idée est démolie par l?ingénieur Pooranen Sungeelee qui affirme que le monorail et le métro léger, qui coûterait au pays Rs 10 milliards, sont deux systèmes onéreux, inconfortables, que les usagers paieraient cher.

L?ingénieur-consultant est allé très loin lors du séminaire du MLC pour parler d?escroquerie, de mensonge, de «vested interest» et de lobbying de la part des pays européens aidés par la Banque mondiale. «L?Europe n?arrive plus à nous vendre des autobus et des trains. Ils essayent de nous vendre des métro léger qui ne sont pas du tout légers et il y a des pressions qui sont exercées pour que Maurice achète des systèmes qui ont été des échecs ailleurs», déclare notamment l?ingénieur Sungeelee.

BEAUCOUP DE VOITURES, PEU DE ROUTES

L'île Maurice ne possède en tout et pour tout que 2 000 kilomètres de route. On arrive à ce chiffre an additionnant toutes les voies carrossables de l'île, de Cap-Malheureux à Baie-du-Cap en passant par Deux-Frères et Quatre-S?urs.Or, en 2020 le pays disposerait d?envron un demi-million de véhicules, contre environ 170 000 actuellement en excluant les 132 000 deux-roues.

La congestion routière est limitée aux villes pendant les heures de pointe pour le moment. Hors de ces heures, on roule très bien sur nos routes. Mais cette situation risque très vite de se dégrader.

Avec l?accroissement du parc automobile, il faut s?attendre à des congestions dans presque toutes les régions du pays, y compris les week-ends dans les villages du littoral, et le soir dans toutes les villes du pays.

Ce scénario est attendu si rien n?est fait tout de suite en ce qui concerne le transport public et la construction de nouvelles routes.

LE TRACE DU «BUS WAY»

Il y a une différence entre le «bus lane» et le «bus way». Le «bus lane» n?est qu?un couloir aménagé pour les autobus le long d?une route existante. Le «bus way» est une route construite uniquement pour les autobus, bien que cette voie soit souvent empruntée par les ambulances et les véhicules des pompiers.

Ainsi, affirme Stephan Atchia, le gouvernement dispose de l?ancienne voie ferrée sur le corridor Curepipe Port-Louis pour aménager un bus way.Cette routé dédiée aux autobus commencerait à la place Ian Palach à Curepipe, prendrait l?ancienne voie ferrée appelée «sime di sik» et l?avenue Sivananda pour rallier Vacoas. Elle traverserait à côté de la foire de Vacoas pour gagner Quatre-Bornes où elle passerait sur l?actuelle foire (qui sera déplacée) pour aller vers Rose-Hill en empruntant la route qui traverse devant l?ancienne usine à sac.

A Rose-Hill, elle longerait le stade de la localité et traverserait Arab Town, qu?il va aussi falloir déplacer, pour prendre la route Vandermeersch. Cette voie passe ensuite par Barkly, Petite-Rivière et traverse la route de Grande-Rivière, à quelques mètres de l?usine Bata. Elle emprunte alors l?ancien pont de la voie ferrée our gagner Pailles et la station Saint-Louis, puis longe l?autoroute vers la gare Victoria avant de gagner la place de l?Immigration.

Mais le tracé ne s?arrêterait pas là. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a déjà indiqué que ce développement devrait aller jusqu?à Pamplemousses.

Ainsi, l?actuel gouvernement a aussi en tête le corridor Mapou-Port-Louis.

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