Publicité

De l?Estrac de retour des Etats-Unis

10 novembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il y a 25 ans, en novembre 1980, le changement c?est Jean Claude de l?Estrac rentrant d?un voyage d?information aux Etats-Unis, à l?invitation de l?USICA, l?agence américaine des Communications. A l?heure où le syndicaliste Jack Bizlall prend alors ses distances du MMM, non pas parce qu?il est contre la politique mais parce qu?il s?oppose à un certain embourgeoisement de la classe politique, nous nous éloignons du MMM initial, fier de ses attaches marxistes et révolutionnaires, se voulant anti-impérialiste et même anti-électoraliste. Plus question, en effet, de brandir des pancartes ?US go home !? pour protester contre la guerre au Vietnam qui a pris fin par la déculottée que l?on sait et par la victoire populaire, sinon folklorique, de l?Oncle Ho sur l?Oncle Sam. La célébrissime photo mythique du Che (Guevara) orne toujours les bastions mauves, notamment aux entrées nord et sud de Port Louis. S?estompent cependant les derniers échos des dernières grèves nationales d?août 1979.

Les méchantes langues prétendent alors que le changement mauve réside surtout dans les modifications survenant dans la tenue vestimentaire de Paul Bérenger. Elles allèguent qu?au lendemain de l?échec des grèves générales d?août 1979, notre pote Paul aurait connu son ?chemin de Damas?, qu?il aurait été en quelque sorte terrassé par des envoyés du secteur privé, lui révélant que le vieux papayer travailliste retient de plus en plus difficilement le fruit mûr du pouvoir, que la priorité du moment n?est plus de continuer à jouer les soixante-huitards attardés et qu?il ferait ?uvre plus utile en préparant un plan de gouvernement d?une île Maurice, ayant toujours besoin d?un secteur privé, pouvant fonctionner avec la marge de man?uvre nécessaire pour créer les emplois productifs requis. Le fait est qu?à partir de cet éblouissement intuitif, le blouson en cuir noir cède la place à des costumes dits Cardin que complète un élégant attaché-case. Ce point de vue peut-être imaginaire n?est pas dénué de fondement car des voix autorisées, en raison de leurs connaissances factuelles des débuts du MMM, conseillent, en 2005, à l?ami Paul, au lendemain d?une double défaite électorale particulièrement cuisante, sinon voulue, d?abandonner les costumes Cardin et autres déguisements appropriés à différentes ?fonctions? ethniques et d?endosser de nouveau le blouson de cuir noir afin d?espérer reprendre contact avec des masses qui auraient été délaissées par lui depuis septembre 1979.

Les commentateurs de 1980, mettent en exergue le coustic diplomatique et idéologique permettant à un parti, prônant jadis la lutte anti-impérialiste, de laisser partir aux Etats-Unis une de ses têtes pensantes et non des moindres puisqu?il s?agit de Jean Claude de l?Estrac. Ces commentaires intempestifs impliquent tellement son parti qu?il se croit obligé de préciser qu?il s?est rendu chez l?Oncle Sam non pas en tant que politicien mais en tant que journaliste. L?USICA a, en effet, l?habitude d?inviter des journalistes du monde entier à venir constater de visu comment fonctionne l?administration états-unienne. Mais à quelle salle de rédaction appartient alors Jean Claude de l?Estrac ? Il n?est plus, en effet, l?adjoint au rédacteur en chef de l?express, le Dr Philippe Forget et n?est pas encore le directeur général de La Sentinelle Ltée, propriétaire de ce quotidien. Depuis son élection, le 20 décembre 1976, comme 1er député de Stanley-Rose Hill, avec 8 595 voix (41,41 % des suffrages exprimés), il ne fait plus partie de la rédaction de l?express. Il a, en revanche, l?occasion de diriger l?organe du parti, Le Nouveau Militant. Ce dernier choisit bien malheureusement son retour pour cesser temporairement de paraître en promettant à ses lecteurs restructuration et nouvelle présentation.

La question, qui retient davantage l?attention de certains commentateurs, concerne la préférence du MMM à l?approche de l?élection présidentielle américaine. Entre un Ronald Reagan, ultra conservateur préludant à la dynastie Bush, et Jimmy Carter, le c?ur mauve ne balance pas et jette son dévolu sur ce dernier (lors du décompte des voix aussi). La presse travailliste jubile et annonce que Sir Seewoosagur Ramgoolam a rencontré ?à tout hasard? Georges Bush, père, le vice-président désigné du cow-boy cinématographique, devenu gouverneur de la Californie et président des Etats-Unis de 1980 à 1988. L?Internationale socialiste appréciera. Gaëtan Duval, qui dissimule moins ses amitiés conservatrices au point de continuer à brader les Chagos au nom de la ?défense du monde libre?, se réjouit de la victoire de Ronald Reagan. Il pense naïvement que ce dernier s?intéressera davantage à l?océan Indien que son prédécesseur à la Casa Blanca. Mais aucun président des Etats-Unis ne s?intéressera autant à l?océan Indien que la dynastie Bush, n?hésitant pas à utiliser la base nucléaire de Diego Garcia, île volée aux Mauriciens comme le reste de l?archipel des Chagos, pour aller bombarder, entre autres, la population irakienne.

Publicité