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Motion de G. Daby contre les juges Rault et Glover
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Motion de G. Daby contre les juges Rault et Glover
Les tribulations de l?ancien ministre Lutchmeeparsad Badry, devant faire appel contre une condamnation à six semaines de prison pour outrage à magistrature, menaces et insultes à l?égard du juge Victor Glover, ne semblent pas avoir servi de leçon à un autre ancien ministre, Giandev Daby, également blâmé par la commission d?enquête chargée de faire la lumière sur des allégations de fraude, de corruption et de pots de vin. Daby, que ses détracteurs accusent d?être défendu aux frais de l?Etat dans un procès que lui intentent des membres d?une société coopérative, donne avis, à l?Assemblée législative, au début de novembre 1980, de deux motions de blâme, la première contre le chef juge, Sir Maurice Rault, et la seconde contre le juge Victor Glover. Il est alors le chief whip du Parti Travailliste, après avoir eu à démissionner comme ministre des Coopératives.
Les réactions ne se font pas attendre. Guy Ollivry, leader de l?UDM et président du Bar Council, se déclare ?étonné et indigné?. Paul Cheong Leung, ministre de la Justice PMSD, avoue sa surprise. Gaëtan Duval confesse que ?rien ne peut le surprendre?, ce qui en dit long sur l?estime qu?il porte sur la classe politique dont il fait pourtant partie. Ollivry fait ressortir que la motion de blâme ne fournit aucun argument pouvant la rendre crédible. Il en conclut qu?elle éclabousse l?ensemble du système judiciaire.
Le PSM d?Harish Boodhoo réclame la révocation du député Daby. Il conclut que la responsabilité du gouvernement est engagée, en attendant une déclaration contraire qu?on attendra en vain. Si rien n?est fait en ce sens, le PMSD devra démissionner du gouvernement. Ce qu?il ne fera pas. En attendant, le PSM considère la motion de blâme contre les juges Rault et Glover comme une du gouvernement PTr-PMSD. Il rappelle qu?en tant que Chief Whip, Daby est un porte-parole de cette coalition. Boodhoo déposera ultérieurement une motion de blâme contre ce dernier.
Seewoosagur Ramgoolam tente une explication timide et insignifiante concernant son chief whip et sa motion de blâme dirigée contre deux juges aussi éminents que Sir Maurice Rault et Victor Glover. A Anerood Jugnauth, chef de l?opposition parlementaire, qui veut savoir si le Premier ministre accordera la priorité voulue à sa motion de blâme dirigée contre son ministre Suresh Moorba et à celle de son chief whip contre les juges Rault et Glover, Sir Seewoosagur se contente de répéter qu?il étudiera cette possibilité, ce qui, décodé, veut dire ?renvoi aux calendes grecques?. A Boodhoo, il précise qu?il laisse au public (et à l?Histoire) de juger si son gouvernement est associé ou non à la motion Daby. Poussé dans ses derniers retranchements par Paul Bérenger, il concède que Giandev Daby ne l?a pas consulté avant de présenter sa motion anti-Rault et anti-Glover. La presse travailliste, rapportant ce dialogue de sourds parlementaire, ne précise pas si cet éventuel cas d?indiscipline sera ou non soumis au chief whip du Labour.
Giandev Daby tente une parade pour essayer de se rendre crédible. Il rappelle le précédent d?Edgar Millien, déposant une motion de blâme, en 1951, contre un magistrat ayant condamné un député. Il veut savoir, s?il se prénommait Edgar au lieu de Giandev, sa motion aurait été plus acceptable à ses détracteurs. Il oublie, toutefois, de préciser que la motion de blâme d?Edgar Millien contre le judiciaire repose sur un point de droit à savoir que le magistrat a oublié de prévenir, au préalable, le président du Conseil législatif avant de condamner un député.
Le chef juge Maurice Rault devait apporter la réponse la plus cinglante qui soit au dépôt d?une motion de blâme contre lui par le ministre démissionnaire des Coopératives. Il fait notamment le commentaire suivant : ?M. Daby me rend le seul hommage que je puisse recevoir de lui. Depuis le dépôt de sa motion, je ne cesse d?être félicité par d?honnêtes gens?. Il met du même coup fin aux rumeurs voulant que le juge Glover et lui refusent de siéger en attendant que le Parlement débatte la motion du chief whip du Parti Travailliste. Cette motion suscite certes une réprobation unanime, méritant le mépris le plus profond, mais n?est pas illégale.
La presse fait enfin le rapprochement entre cette motion et une tentative de Giandev Daby de s?inscrire au barreau mauricien. Il est certes inscrit au barreau anglais mais est rentré à Maurice en avril 1976 pour se porter candidat aux législatives du 20 décembre suivant. Elu député travailliste de Pamplemousses-Triolet, en 2e position, avec 5 758 voix, soit 49 % des suffrages exprimés, et nommé ministre des Coopératives, il ne juge pas utile de s?inscrire au barreau de Maurice. Il y songe après sa démission comme ministre, dans le sillage de la publication du rapport Glover, retenant certaines allégations à son encontre et faisant ressortir qu?il aurait été cassé comme avocat s?il était inscrit au barreau de Maurice. D?où l?échec des négociations préliminaires en vue d?une éventuelle demande d?inscription. Elles butent, en effet, sur l?intransigeance du chef juge, Sir Maurice Rault, d?accepter Giandev Daby au barreau de l?île Maurice.
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