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L?ampleur du succès obtenu par Paul Bérenger auprès de sa base hier a surpris. Les militants ont plébiscité leur leader par un vote de confiance de 97,8 %. Ce score qui dépasse les prévisions les plus optimistes de ses partisans mettra fin à toute velléité de contestation du leadership au MMM. Le leader historique est maintenant assuré de pouvoir se concentrer sur la refonte annoncée de son parti.
L?élection à bulletin secret de 20 membres du comité central du MMM par l'ensemble des 461 branches du parti a été un exercice plein de suspense. Les militants sont encore secoués par l?écroulement de leur parti et leur comportement n?était pas prévisible. On disait le leader affaibli et critiqué pour ses choix tactiques. On parlait d?un projet de putsch monté par un petit groupe de politiciens ambitieux. Des guerres fratricides à l?issue incertaine avaient précédé le scrutin. Finalement, le leadership est consolidé, des caciques sont désavoués et les jeunes loups arrivent. Le leader a obtenu carte blanche pour réorganiser son parti sans avoir à se soucier des ?courants? dont on sait maintenant qu?ils n?ont pas beaucoup d?influence.
La chute de Jayen Cuttaree est la plus spectaculaire, mais elle s?inscrit dans un contexte où les vétérans n?ont plus la cote. Le président Ahmad Jeewah est battu, le secrétaire général Ivan Collendavelloo descend à la 11e place, le fidèle Alan Ganoo est devancé par des étoiles montantes, tandis que le chef de file des militants à la Plaine-Verte, Sam Lauthan, parvient à peine à se faire élire. Il est clair que cette fois, l?enjeu de l?élection dépassait le cadre d?un simple renouvellement d?instance. Les militants ont cherché à exprimer l?urgence d?un rajeunissement pour éviter la mort du parti.
Steven Obeegadoo, Ajay Gunness, Deven Nagalingum, Kavi Ramano, Jay Prakash Meenowa, Atma Tacoory et Sanjeeven Permall constituent la jeune garde. Paul Bérenger devrait, comme le lui autorisent les statuts du parti, nommer au comité central quatre ou cinq jeunes qui sont arrivés juste après le peloton de tête. Tous savent que le défi est dur à relever pour le MMM.
Pour arriver à rallier une majorité de Mauriciens, il faut les unir par un projet de société commun. Or, le MMM est un parti avec des objectifs plutôt confus et sans identité précise. Il est difficile d?identifier les valeurs que le MMM actuel incarne. Durant les années 70, le MMM était un parti révolutionnaire. Au cours des années 80, il était devenu, comme d?autres, un parti social-démocrate même si ses dirigeants avaient, eux, une rigueur, une discipline, une vision. Par la suite, il a vendu un projet socialisant tout en se montrant très pragmatique au pouvoir.
Dans sa nouvelle configuration, le MMM confierait à Steven Obeegadoo la tâche d?enclencher le renouveau intellectuel du parti. C?est un homme qui a du c?ur mais cette qualité ne sera pas suffisante pour replacer son parti sur la carte politique. A gauche, le terrain est solidement occupé par Navin Ramgoolam et ses théoriciens de la démocratisation.
On peut se demander si le temps n?est pas arrivé pour le MMM d?assumer plus ouvertement son positionnement social-démocrate. C?est un parti qui adopte, au pouvoir, une politique libérale assortie de mesures de justice sociale. Il aurait tort de vouloir se travestir dans l?opposition et faire croire que l?Etat peut jouer les papas Noël.
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