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Les derniers jours des coccinelles
Depuis quelques jours, Lindsay Lenette et Raj Nawoor, partenaires d’un atelier spécialisé dans la réparation et l’entretien de la Coccinelle, ne dorment plus.
« Un différend qui oppose les propriétaires de voitures âgées de plus de vingt ans et des compagnies qui leur refusent une couverture d’assurance ou le renouvellement d’une police existante menace sérieusement notre existence », explique Raj Nawoor.
S’il est vrai que les Mauriciens sont férus de vieilles voitures dont celles produites en Angleterre, il est aussi vrai que, sur ce plan, la Coccinelle s’est taillé une solide réputation depuis son introduction dans l’île en 1955. Cela en raison de sa robustesse qui lui permet d’évoluer avec aisance sur les routes les plus inconfortables. Cette réputation a incité certains ateliers à se spécialiser dans son entretien et sa réparation.
La réticence des compagnies a refroidi leur ardeur
Le garage de René Lenette s’est fait un nom dans ce domaine. « C’est d’ailleurs dans le garage de mon oncle René que j’ai fait mes premières armes. Je n’avais que treize ans. Puis, je me suis mis à mon propre compte aux côtés de Raj Nawoor », témoigne Lindsay Lenette.
Le partenariat entre ces deux hommes inclut six autres pères de familles. L’équipe est constituée de deux tôliers, deux peintres, deux mécaniciens, un « garnisseur » et un électricien. Ils ne sont pas organisés en une société, une association ou au sein d’une petite compagnie. Mais, c’est la passion de la Coccinelle qui les réunit depuis près de trente ans.
Dès que les conditions des travaux d’entretien ou de réparation ont été définies et le prix fixé, les tâches sont réparties selon les compétences de chacun. « Chacun est rétribué le jour de la livraison de l’ouvrage », ajoute Raj Nawoor.
La survie du garage dépend essentiellement des propriétaires de Coccinelles. La réticence des compagnies à leur fournir une police d’assurance a considérablement refroidi leur ardeur. Personne n’ose plus engager des sommes considérables dans la réparation, la remise en état, voire même, l’entretien d’une voiture qui n’est pas sûre de prendre la route faute d’une police d’assurance. Les prix des Coccinelles ont même accusé une baisse sur le marché. Une baisse que Raj Nawoor fixe au moins à 30 %.
« Un amoureux de la Coccinelle peut dépenser jusqu’à Rs 60 000 rien que pour la remettre en état. Donnez-nous une Coccinelle qui n’a que son châssis et sa carrosserie et nous la remettons sur la route. Les pièces de rechange fabriquées au Brazil, au Mexique, en Thaïlande et en Afrique du Sud sont disponibles sur le marché. L’installation d’accessoires est un créneau qui nous permet d’arrondir notre fin de mois », explique Raj Nawoor.
« Si les compagnies maintiennent cette réticence, nous disparaîtrons. Il y a des moyens de s’entendre sur tous les points mécaniques, surtout sur lesquels butent les compagnies d’assurance. Nous avons acquis au fil des ans un savoir-faire dans l’entretien et la réparation des Coccinelles. Au lieu de nous étouffer, pourquoi ne pas avoir recours au National Equivalence Council pour qu’il confirme si oui ou non, nos travaux sont conformes aux normes requises pour ce genre d’activités ? » martèle-t-il.
Perspectives de recyclage limitées
La plupart des ouvriers de l’atelier sont âgés. En raison de leur niveau d’éducation, les perspectives d’un recyclage sont limitées. Si rien n’est entrepris pour trouver un accord entre les compagnies d’assurances et les propriétaires de vieilles voitures, c’est tout un pan de l’histoire de l’automobile du pays, il est vrai folklorique, et un savoir-faire souvent acquis à force de persévérance, qui va disparaître. L’histoire du Mauricien et de la Coccinelle est plus qu’un simple rapport de l’homme avec un moyen de transport. C’est une passion qui refuse de céder face à l’usure du temps et à la modernité.
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