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La zone euro, lanterne rouge de la croissance mondiale
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La zone euro, lanterne rouge de la croissance mondiale
L?économie de la zone euro est-elle en train de sortir de la crise de langueur qu?elle connaissait depuis le début de l?année ? Les derniers indicateurs publiés en Allemagne, en France et en Italie le laissent espérer. ?Après une panne de croissance et de confiance au premier semestre, les différents indicateurs d?activité se sont redressés progressivement depuis les points bas du printemps?, notent les économistes.
La principale bonne nouvelle ? et surprise ? est venue de la publication, du baromètre de l?institut de conjoncture Ifo en Allemagne. Très suivie par les économistes, cette statistique, qui mesure le climat des affaires dans la première puissance économique de la zone euro, a très fortement progressé au mois d?octobre. L?indice s?est inscrit à 98,7 points, après s?être établi à 96 points en septembre. Il n?avait pas atteint un niveau aussi élevé depuis cinq ans.
?L?incertitude quant à la définition du prochain programme économique d?Angela Merkel ne semble finalement pas avoir freiné la progression de l?indice Ifo?, notent les experts du Crédit agricole. Les entreprises interrogées sont confiantes et l?effort marqué pour améliorer leur compétitivité semble leur donner raison. Mais l?Allemagne n?est pas la seule à être concernée par cette embellie. Les deux enquêtes de conjoncture publiées vendredi dernier par la Commission européenne ont reflété une amélioration générale du climat économique.
L?indice de confiance économique, qui résume l?opinion des entrepreneurs et des consommateurs, a nettement augmenté en octobre, gagnant 1,9 point par rapport à septembre et s?établissant à 100,5 points, en progression pour le cinquième mois d?affilée. Pour la Commission européenne, ?cette forte remontée? montre que ?l?économie a dépassé la période de ralentissement, qui s?est étalée depuis l?automne 2004 jusqu?à juin dernier?.
L?amélioration de la confiance économique s?est ressentie dans tous les secteurs, sauf dans la construction, où elle est restée inchangée. Des hausses particulièrement fortes ont été enregistrées dans les services et le commerce de détail. Philippe Waechter, économiste chez Natexis Asset Management, évoque ?une enquête qui redonne le sourire?.
Les analystes sont moins optimistes. ?Il convient de rester prudent sur la pérennité de la reprise en cours ??, notent-ils. Le manque de visibilité persiste (prix du pétrole, niveau de l?euro...) et les perspectives de croissance restent modestes. Ils misent sur une croissance de 1,3 % en 2005 et 1,8 % en 2006. Pour eux, la sortie de crise de la zone euro s?annonce d?autant plus délicate que la température économique varie considérablement d?un pays à l?autre, ce qui ne favorise pas la mise en ?uvre d?une politique coordonnée.
?La Finlande est en récession, l?Italie et le Portugal en sortent tout juste ?, observent les économistes. ?La France et l?Allemagne sont dans une situation intermédiaire avec une croissance comprise entre 1 % et 1,5 %, tandis que l?Espagne, l?Irlande et la Grèce affichent plus de 3 %?, poursuivent-ils.
De surcroît, estiment les économistes ?la coopération des gouvernements européens pour dynamiser la croissance de la zone est encore plus difficile depuis le non français et néerlandais à la Constitution européenne.?
L?heure est plutôt au chacun pour soi : ?L?Allemagne a privilégié la restauration de la compétitivité du pays avec comme résultat de brillantes performances à l?exportation et des réformes structurelles qui ont affaibli la demande intérieure dans un premier temps?, notent-ils. ?La France a soutenu la consommation au mépris de la compétitivité externe et avec une grande lenteur dans les réformes structurelles.?
Plus inquiétant, expliquent les analystes, la croissance potentielle de la zone euro est structurellement basse, bridée, notamment, par une évolution démographique défavorable. En dix ans, la population de la zone euro a augmenté de 0,4 % par an en moyenne, celle des Etats-Unis de 1,2 %.
Dans ces conditions, et malgré le léger mieux observé sur le Vieux Continent, la zone euro devrait rester la lanterne rouge de la croissance mondiale. Et l?écart avec les États-Unis devrait continuer à se creuser.
Au troisième trimestre, malgré le passage des ouragans Katrina et Rita, le produit intérieur brut américain a augmenté au rythme exceptionnellement élevé de 3,8 %.
<B>Pierre-Antoine DELHOMMAIS
© Le Monde 2005. Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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