Publicité
Abhhimanyu Unnuth, Écrivain
● <B> Vous dites puiser de la réalité pour écrire vos romans. Quelle est cette réalité ? </B>
J?ai commencé à écrire à l?âge de 14 ans alors que je travaillais dans des champs de cannes. C?est là que j?ai été témoin de la souffrance des gens, de l?exploitation de l?homme par l?homme. J?ai par conséquent décidé de devenir le porte-parole des opprimés. On a changé d?époque mais aujourd?hui, cette oppression s?est transposée dans nos bureaux, dans les villes et les campagnes. L?oppresseur est dans les bureaux, dans les ministères, parmi les politiciens? Je continue à poser la même question silencieuse : jusqu?où et jusqu?à quand cela va-t-il continuer ?
● <B>La littérature est donc un miroir que vous promenez sur la société ? </B>
Qui dit littérature dit effectivement société. Elle pose des questions pour faire surgir la vérité. Elle nous interpelle. Elle nous demande pourquoi parler de changement continuellement alors qu?il n?y a pas de réel changement.
● <B>Avez-vous l?impression d?être entendu ? </B>
Vous savez, il y a des gens qui souffrent et qui ne sont même pas conscients qu?ils sont en train de souffrir. Dans mes romans, je leur demande pourquoi ils laissent les autres, les politiciens décider pour eux ? Opprimés et oppresseurs sont à la fois coupables. Il faut lutter contre ce fatalisme de la classe travailleuse. Cette lutte pour l?égalité est permanente.
● <B>Quel est votre regard sur la société mauricienne ? </B>
Nous vivons dans une île et nous sommes individuellement en train de devenir une île. C?est notre drame. On célèbre le ?je? alors qu?une société ne peut fonctionner qu?avec le ?nous?. Nous préférons toujours vivre dans un ghetto. Si j?avais le pouvoir, le mot ?ghetto?, je le rayerai du dictionnaire. Nous nous enfonçons dans ce ghetto avec tous les lobbies à l??uvre. C?est un autre grand mal de la société mauricienne. Ici, c?est le règne des lobbies et non celui du mérite. Le lobby, c?est ce qui bloque le partage et l?interculturel. Il s?appuie sur les faiblesses de la politique et de la religion pour semer la confusion. Parallèlement, nous avons une mauvaise interprétation de la culture. C?est ce qui fait qu?aujourd?hui, nous croyons pouvoir vendre du chewing-gum aux Américains ou du parfum aux Français. Où est notre originalité ? Pourtant la nature autour de nous est suffisamment riche pour inspirer notre créativité.
● <B>Pensez-vous que les Mauriciens ont peur d?évoluer dans les mentalités ? </B>
Il y a une psychose qui règne dans ce pays. Une psychose entretenue par des gens qui se croient supérieurs aux autres. Et ces autres s?adonnent sans conviction à des pratiques et à toutes sortes d?associationnismes pour éviter l?isolement. L?homme est en train de s?aliéner. Savez-vous quelle est la grande souffrance de nombreux Mauriciens aujourd?hui ? Ils ne souffrent pas de leurs propres malheurs mais ils souffrent du succès de leurs voisins !
● <B>Qu?est-ce qui en fin de compte bloque cette société mauricienne ? </B>
Notre manque de culture. Quand je regarde ce ministère de la Culture, j?ai envie de pleurer. La culture, c?est ce qui permet le partage. Or, nous nous en servons pour faire le contraire. De vision, on n?en a pas. Le folklore est en train de disparaître. Et nous devenons de plus en plus incultes. Quel que soit le gouvernement, la culture n?a jamais été une priorité. Par contre, ils ne s?épargnent aucun effort pour créer des cloisons et réduire les chances de partage.
● <B>Y a-t-il un fait de l?actualité qui a retenu votre attention ces derniers temps ? </B>
Tout ce qui se passe dans l?actualité s?est déjà produit auparavant. Je préfère m?élever au-delà de la contingence qui est une forme de palabres que nourrissent les politiciens et certains médias. Il faudrait se tourner vers l?essence des choses. C?est tout ce qu?il y a de plus objectif et qui nous permet de nous regarder sans fard.
<I>Propos recueillis par </I><B>Nazim ESOOF</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents