Publicité

La sœur d’Ouma avait flairé le « foul play »

22 octobre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le 14 mai 2003, le service de presse de la police émettait un communiqué sur la disparition d’Ouma Ujoodha, âgée de 36 ans et habitant Bonne-Terre, Vacoas, cette mère de trois enfants n’ayant pas donné signe de vie depuis sept jours. Trois ans après, son époux, Chandramanee, est passé aux aveux, confessant son crime à l’équipe de la Major Crime Investigation Team (MCIT).

Et pourtant, après avoir signalé sa disparition, l’époux s’est même permis d’annoncer dans la presse qu’il remettrait une récompense de Rs 50 000 à qui pourrait l’aider à retrouver sa femme… Mais il savait déjà que personne ne viendrait réclamer cette somme. Il avait jeté le cadavre de son épouse dans la fosse d’aisance de sa maison.

Mardi, en présence de son avocat, Me Zakir Mohamed, il a expliqué à l’équipe du surintendant Hurrydeo Raddhoa qu’il avait eu une dispute avec sa femme et qu’en la poussant par terre, il l’aurait tuée accidentellement.

Mais sa version pose problème. En effet, l’examen des restes d’Ouma, extirpés avec difficulté mardi soir de la fosse d’aisance des Ujoodha, laisse plutôt penser à une agression au couteau.

<B>« L’intime conviction » de Raddhoa</B>

La blouse de la défunte porte des traces de coups portés avec une arme blanche et son cerveau, momifié, commence à livrer ses secrets. D’après les renseignements fournis aux enquêteurs par le docteur Satish Boolell, la victime aurait subi une importante hémorragie avant sa mort.

Des analyses toxicologiques ont été commandées auprès du Forensic Science Laboratory pour des compléments d’informations sur le décès de la jeune femme.

Ce crime serait peut-être resté impuni si le bouillant Hurrydeo Raddhoa n’avait pas eu « l’intime conviction » que Chandramanee est le meurtrier. C’est ce qui lui a valu son bras de fer avec le Senior Counsel, Yousuf Mohamed, qui l’accuse d’avoir brutalisé son client.

Mais depuis ces trois dernières années, une femme pêchait dans le désert. Vishwanee la sœur d’Ouma, avait toujours soutenu que la disparition de la malheureuse était on ne peut plus suspecte.

Ouma avait deux enfants sourds-muets qu’elle n’aurait abandonnés pour rien au monde. La théorie du mari selon laquelle Ouma avait fugué avec un amant ne tenait pas non plus la route, car son père se mourait et elle lui rendait visite à l’hôpital presque chaque jour.

Ouma attendait aussi la venue de Vishwanee d’Angleterre. Or, lorsque cette dernière est arrivée au pays, elle n’a pas donné signe de vie. Et n’est même pas venue aux funérailles de son père, mort quelques jours plus tard.

Vishwanee réclamait une nouvelle orientation pour l’enquête policière car, à l’époque, Ouma était en instance de divorce et son mari ne voulait rien entendre. Coïncidence : le jour où il a signalé la disparition de sa femme était celui où le couple devait se présenter en Cour suprême.

Dans son journal intime, Ouma disait aussi que Chandramanee la trompait, la battait souvent et proférait des menaces à son encontre. Mais par-delà le drame, la découverte des ossements d’Ouma dans cette fosse d’aisance, montre les carences de la police dans ses enquêtes sur les personnes portées disparues.

Si les policiers s’étaient donné la peine de visiter la maison des Ujoodha, ils auraient remarqué que des travaux venaient d’être effectués sur ladite fosse. Ce qui aurait permis d’élucider cette affaire depuis bien longtemps.

L’entêtement de l’officier Raddhoa a été payant, pour une fois. Mais ce n’est nullement la « présence » ou la « vue » du surintendant qui a poussé le meurtrier à passer aux aveux. C’est plutôt son avocat qui lui a conseillé de dire toute la vérité, pour éviter la peine maximale.

Publicité