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Les squatters sont de retour
On croyait que c’était la fin du squat des appartements de la NHDC. Rien de plus faux. Selon les travailleurs sociaux, cinq familles de squatters ont trouvé une autre astuce : occuper des appartements saisis, en attente de nouveaux propriétaires.
Lise et ses voisins ont perdu le sommeil. Ce mercredi soir, ils entendent des coups de marteau, des vitres qui volent en éclats et les allées et venues dans les escaliers des appartements de la National Housing Development Company (NHDC) de Camp-Levieux. Ils imaginent le pire.
Ce qu’ils avaient toujours craint s’est produit sous leurs yeux, sans qu’ils puissent faire grand-chose. « Nou finn trouve bann dimounn ki nou pense bann squater defons bann apartman. Zot inn amenn linz, matela, meuble. Zot dir nou pa bisin gagne traca, nou bann bon dimounn. Misie-la kinn dir nou vinn pran lacaz ! » Qui est ce « misie-la » ? Mystère et boule de gomme.
Toujours est-il que les habitants vivent maintenant dans l’inquiétude. Au Block Bégonia F, trois de ces appartements ont été saisis parce que leurs anciens propriétaires n’ont pas payé les traites. Depuis, ils n’ont pas trouvé preneurs, peut-être à cause de l’environnement peu rassurant de la localité. Mais il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils trouvent acquéreurs. « Tigit tigit zot inn rentre. Pa kone couma zot inn cone bann lacaz la vid », relate une habitante.
Selon les résidents, la police a bien été alertée, mais seule une famille a été évincée. Les autres mènent leur vie sans se soucier de leur entourage. « Il n’est pas rare de les entendre faire toutes sortes de bruits le soir. On n’arrive plus à fermer l’œil », soutient Moorad. Sa femme, plus loquace, s’élance dans une diatribe interminable. « Ils sont indésirables ici ! Nou nou pe travay dir pou rembourse nou loan et zot zot vini, zot pran. Nou pa d’accord ! »
Elle explose littéralement de fureur et peste contre le quartier qui devient de plus en plus pourri. « Nou nepli viv dan lape. Ce enn vrai martir ki nou pase. Kan mo dan travay mo lespri pa trankil, pa cone ki kapav arive dan mo labsens. » Elle est sur ses gardes depuis que son fils s’est fait voler sa bicyclette appuyée contre le mur de la maison. Puis, récemment, les vêtements qu’elle avait mis à sécher sur une corde ont disparu.
Neuf ans à vivre la peur au ventre
Sa voisine, Lise, vit le même cauchemar. Cette quinquagénaire affirme que les squatters n’auraient pas hésité à s’approvisionner frauduleusement en eau chez elle. « Zot ti pers mo comter. Mo finn al fer rapor CWA et pli tard zot inn pran enn lans et zot inn pers mo tank delo. Sa ve dir zot pe servi zot gratuitmen ! » Lise a l’impression de revivre le traumatisme provoqué par un cambriolage perpétré chez elle, il y a quelques années. Sa porte d’entrée est toujours fermée à double tour et à midi, à l’heure du déjeuner, elle saute dans un taxi pour vérifier que tout est à sa place à la maison…
Neuf ans à vivre avec la peur au ventre. « Le quartier était déjà à l’abandon. Pas de patrouilles de police, donc les malfrats ont commencé à écumer la localité et à faire leur loi », raconte Lise. Les choses ont empiré au fil des ans, les rixes entre gangs et les règlements de compte sont monnaie courante. Quant aux trafics de drogue, ils se font à la faveur de la nuit, près des cages d’escalier ou encore dans les nombreux coins sombres. Pas besoin d’aller très loin pour planer, les appartements vides sont là pour servir de fumoir. Rien d’étonnant alors que les squatters se croient tout permis.
Les forces vives de Camp-Levieux se révoltent contre cette situation. Ils réclament des autorités qu’elles fassent leur travail. « Personne pa pe capav fer narien cont zot, sa pou empire si personn pa bouze. Inn ariv ler pou met enn lord laba sirtout ena boucou la drog ki ape circule. Nepli ena securite ici », relate Roméo.
Les critiques fusent contre l’actuel gouvernement. « Troi moi apre sa bann problem squating la, zot pann resi fer narien. Nou bien sagrin sa bann dimounn kinn oblizn defons lacaz, me se pa enn fason fer », souligne un autre travailleur social. Ce voisinage forcé est très mal vécu des habitants. « Beaucoup hésitent à sortir de peur d’être dévalisé. Ces gens-là ont travaillé dur pour obtenir un petit coin, vous comprenez. Ils ont l’impression d’étouffer dans leur propre maison… »
Avec ses collègues, il essaie de rallier d’autres associations à leur cause. Ils ont envoyé des lettres pour réclamer une rencontre urgente avec le Premier ministre. Sans succès. Des initiatives qui ne convainquent guère les résidents qui préfèrent des remèdes plus énergiques.
Ayant eu vent de l’occupation illégale des appartements, la NHDC a envoyé un officier enquêter sur les lieux, jeudi. « Il est très difficile pour nous d’établir s’il y a réellement des cas de squat », soutient Ehsan Khodabocus, directeur de la NHDC. « Il semblerait, ajoute-t-il, qu’il y a un gang qui sillonne le quartier à la recherche de logis inoccupés. Je dois préciser que ce n’est pas à la NHDC d’intervenir mais à la Mauritius Housing Company car c’est elle qui a avancé le prêt pour l’achat de ces appartements. »
Coincés, désenchantés, les habitants du quartier prient pour que les autorités prennent les mesures nécessaires. Car ils sont à bout, à force de vivre dans un tel environnement.
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