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Mieux vaut « laguner »que polluer
Il n’est jamais trop tard pour bien faire. La teinturerie Consolidated Fabrics Ltd (CFL), qui n’avait jusque-là pas trouvé de solution pour limiter la pollution de Mare Pyram, a enfin résolu son problème. Elle envisage d’avoir recours au lagunage. Certains estiment que ce projet marquera la fin des dégâts environnementaux causés par le déversement des effluents dans ce bassin.
Il y a dix ans, la teinturerie avait bien mis en place une station d’épuration. Mais comme elle n’était pas construite selon les normes requises, cette station avait subi les foudres du ministère de l’Environnement qui avait même brandi une résiliation de permis d’opération (prohibition notice). Aujourd’hui, la station d’épuration aura un rôle à jouer dans le nouveau projet. « Elle servira à diminuer la charge des polluants de l’eau, qui ira ensuite dans des bassins peu profonds pour être débarrassée de ses impuretés », explique Vassen Kauppaymuthoo, consultant en environnement chez Delphinium Ltd et concepteur du projet.
Qu’est-ce que le lagunage ? Il s’agit d’un procédé d’épuration des eaux assez peu connu dans l’île. Viable et économique, le lagunage est un système d’épuration des eaux usées qui consiste en un lent écoulement de l’eau dans un ou plusieurs réservoirs peu profonds. Dans ces bassins étanches, des bactéries et autres organismes vivants prolifèrent et consomment les matières organiques. Des plantes aquatiques sont alors utilisées comme support pour les colonies de bactéries qui assurent l’épuration de l’eau qui traverse lentement les colonies végétales.
Pour le projet de Consolidated Fabrics Ltd, c’est la laitue d’eau qui sera utilisée. Les racines de cette plante aquatique, longues de 50 centimètres, assureront l’absorption des éléments minéraux qui restent dans l’eau en en faisant leur nourriture.
<B>Un grand producteur de fertilisants</B>
Pour ce procédé, l’épuration biologique se fait dans de vastes étangs peu profonds, des lagunes. D’où les négociations qui sont en cours par CFL pour acquérir plusieurs arpents de terres dans le voisinage. Mesurant entre 0,5 et 0,7 mètres de profondeur, le bassin conservera l’eau polluée pendant 18 jours. La destruction de la matière organique se fait alors grâce à l’apport en oxygène issu de la photosynthèse des plantes.
Le lagunage naturel est également un grand producteur de fertilisants. La « boue » organique produite, due aux nutriments en excès, peut être utilisée comme fertilisant dans l’agriculture ou être séchée avant d’être enfouie à Mare-Chicose. Deux solutions se présentent pour l’eau débarrassée des polluants. Une fois qu’elle est aux normes, elle peut être utilisée pour irriguer les champs du Nord, région qui souffre d’un déficit hydrique. Dans le cas contraire, elle sera rejetée dans la rivière.
C’est le 19 juillet que la teinturerie a soumis son rapport intitulé Remedial Measures to Combat Pollution au ministère des Services publics. Et les autorités ont donné leur feu vert au projet en soumettant un Programme Approval Notice. Le CFL peut donc aller de l’avant.
Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? On sait bien que ce problème de pollution industrielle n’est pas récent. Chez CFL, on ne souhaite pas faire de commentaires et on estime qu’il est prématuré de parler de ce projet, car les négociations pour acquérir les terrains n’ont pas encore abouti. Mais ceux qui connaissent bien le dossier ne trouvent pas de circonstances atténuantes à CFL. « On peut imaginer que l‘entreprise se trouvait dans un contexte économique difficile. Mais ce n’est pas une excuse… », souligne un observateur.
Les risques d’infiltration doivent être réduits</B>
Par ailleurs, pourquoi les autorités ont-elles été aussi laxistes ? « Pour nous, il fallait considérer le problème non seulement sous l’angle environnemental, mais aussi voir les implications économiques et sociales. Nous ne pouvions pas trop mettre la pression, car il y avait différents enjeux. Je concède que nous avons fait preuve de laxisme pour l’environnement. Mais, en fin de compte, nous avons pu inciter CFL à trouver des solutions pouvant satisfaire tout le monde », explique un cadre du ministère de l’Environnement.
Toujours est-il que Delphinium Ltd va maintenant procéder à une étude géotechnique du terrain. Pour éviter les problèmes de pollution des nappes phréatiques, les risques d’infiltration doivent être réduits. Il faudra ainsi que le site sur lequel seront implantés les bassins soit imperméable. Une fois les bassins dessinés, un appel d’offres sera lancé pour la construction des lagunes.
Ce système d’épuration d’eaux usées comporte cependant quelques inconvénients. Par exemple, l’entretien des bassins doit être régulier. Même si cette technique ne nécessite pas un personnel qualifié, ce dernier doit avoir suivi une formation sur le mode de fonctionnement et les contrôles à être effectués.
L’Inde et la Chine ont déjà adopté ce procédé où on laisse la nature faire les choses… sans la forcer.
<B>Une seconde naissance pour la Mare Pyram</B>
Un ruisseau serpente à travers les champs de cannes pour se jeter dans la Mare Pyram. Rien d’étonnant si ce n’est que ce cours d’eau prend sa source de CFL. Le déversement d’effluent industriel dans ce bassin faisant environ 100 000 mètres carrés, a eu un impact certain sur la couleur et l’odeur de l’eau à certains endroits. La faune a également été affectée. On ne retrouve plus certaines espèces de poissons là où les eaux usées sont déversées. Si le projet aboutit, le bassin pourra être réhabilité. Selon les consultants en environnement, l’eau devrait retrouver sa pureté un ou deux mois après l’arrêt du déversement d’effluent. Le bassin étant continuellement alimenté en eau souterraine ainsi que l’eau des rivières, il sera ainsi débarrassé de ses impuretés.
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