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La manifestation de Paris interpelle gouvernement et patronat

5 octobre 2005, 20:00

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Moment fort d?une journée de mobilisation nationale, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Paris pour dénoncer la politique économique du gouvernement et l?attitude des entreprises accusées de sacrifier les salariés sur l?autel du profit. Le cortège étiré entre la place de la République et celle de la Nation a rassemblé 150 000 personnes, selon la Confédération générale de travail (CGT), comme lors de la journée d?action du 10 mars dernier. La préfecture de police en a compté 30 000.

?Ensemble pour l?emploi, le pouvoir d?achat, les droits des salariés du public et du privé?, pouvait-on lire en lettres rouges sur fond jaune sur la banderole de tête, tendue par les principaux responsables syndicaux du pays. ?Je ne vois pas d?alternative pour le gouvernement et le patronat que de montrer très précisément et très concrètement, dans les jours qui viennent, par des actes précis, qu?ils ont entendu le message des grèves et des manifestations d?aujourd?hui?, a déclaré Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, avant le départ du cortège.

Comme lui, d?autres leaders syndicaux ont appelé le gouvernement à écouter les messages envoyés lors de cette journée. ?C?est pas une fête aujourd?hui. Aujourd?hui, les salariés font entendre leurs revendications?, a dit Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière. ?C?est une journée qui va être réussie, raison de plus pour que le gouvernement se débouche les oreilles.? Pour François Chérèque, numéro un de la Confédération française démocratique de travail (CFDT), les autorités doivent être plus sévères avec le patronat.

?On attend du gouvernement qu?il soit beaucoup plus exigeant vis-à-vis des entreprises et qu?il contrôle l?utilisation des 22 milliards d?aides qu?il leur donne tous les ans, en particulier en matière d?emploi et de salaires?, a-t-il dit. Plusieurs responsables politiques se sont joints au défilé bruyant et compact, surmonté d?une forêt de drapeaux rouges. Parmi eux, la secrétaire nationale du Parti communiste, Marie-George Buffet, et le socialiste Jean-Luc Mélenchon.

?Ne pas se résigner?

?C?est à travers la lutte sociale qu?il faut créer le rapport de forces avec le gouvernement?, a déclaré le sénateur de l?Essonne. ?Nous devons avoir pour attitude de ne pas nous laisser faire. Il ne faut pas céder, il ne faut pas nous résigner, il ne faut pas se décourager. Ce qui se joue, c?est une manière de vivre ensemble, et moi je suis très heureux de cette manifestation?, a ajouté ce proche de Laurent Fabius, dont les partisans avaient choisi le slogan ?Respectez notre ?non? ?, en référence au référendum sur la Constitution européenne du 29 mai dernier.

Rassemblés en début de cortège, les salariés de Hewlett-Packard ont dénoncé le plan social décidé dans leur entreprise par des slogans comme ?la Bourse m?a ?tuer??. ?J?ai 50 ans et je vais être licenciée?, avait écrit sur sa pancarte une salariée du groupe informatique, Rose-Marie Renard, venue protester ?contre un plan qui n?a pas lieu d?être, qui n?est fait que pour faire monter le cours de l?action?. A ses côtés, un responsable syndical de HP aux Etats-Unis, venu spécialement pour l?occasion, tendait des drapeaux français et américain cousus ensemble.

La défense des services publics, des salaires, et la lutte contre la précarité ont aussi été largement évoquées. ?Ni libre concurrence, ni privatisation, non à la précarité, non aux réformes Villepin, Logement social, priorité sociale?, ont scandé les manifestants venus de toute la région Ile-de-France, parfois de plus loin. Il y en a assez de cette politique de non négociation, où l?on impose tout par décret et où l?on ne fait de cadeaux qu?aux riches?, lance Patrick Letellier, ouvrier du livre en préretraite.

Monique, qui travaille à l?Unedic, se dit ?scandalisée par la libéralisation à outrance?. ?On n?a jamais vu autant de chômeurs; on n?a jamais vu autant de dividendes versés aux actionnaires?, fait-elle remarquer. ?Ce ratio n?est plus possible.?

Elizabeth PINEAU

COMMISSION EUROPÉENNE

Bruxelles ne veut pas être le ?bouc-émissaire? de Chirac

■ La Commission européenne s?est défendue de se désintéresser des problèmes sociaux français, comme l?en a accusée Jacques Chirac, et a refusé le rôle de ?bouc-émissaire? que veut lui faire jouer Paris. ?On trouve un peu simple que la Commission joue le bouc-émissaire?, a déclaré à Reuters Françoise Le Bail, porte-parole de l?exécutif européen. ?On a toujours défendu les intérêts européens, mais dans le cadre de nos compétences?. Le président français a accusé mardi la Commission européenne de ne pas défendre les intérêts européens.?La Commission, qui évolue de concession en concession, (...) ne donne pas le sentiment de défendre les intérêts européens?, a-t-il déclaré lors d?une conférence de presse conjointe avec Silvio Berlusconi. ?Est-ce qu?il est légitime et normal que le Commission se désintéresse d?un problème? né de la décision du groupe informatique Hewlett Packard de supprimer 1 240 emplois en France??, a demandé Jacques Chirac.

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