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Cinq ans de défis

4 octobre 2005, 20:00

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Depuis que l?histoire électorale s?est remise en marche sans le MMM, les Mauriciens, y compris les analystes et observateurs, vacillent entre le culte du travaillisme et la propension aux prophéties apocalyptiques sur l?avenir des Mauves. Sans aucun doute, le MMM est sorti meurtri de ces dernières consultations électorales. Sans doute ses partenaires ne lui ont pas été d?un secours. Mais ce n?est que l?avers de la médaille.

Le revers annonce d?autres défis qui sont propres au PTr et à ses alliés. Leur écrasante prestation aux municipales leur confère une légitimité populaire que les législatives n?avaient pas pu lui apporter. Désormais l?hôtel du gouvernement et les hôtels de ville sont leur chasse gardée. Ce n?est pas une situation nouvelle dans le pays. En ce sens, jusqu?à preuve du contraire, il ne servira à rien d?avoir d?une éventuelle dérive autocratique. Les hommes politiques de ce pays, de quelque bord qu?ils soient, savent que ce n?est pas une recette qui paie.

Quelque part, la défaite aux municipales constitue une aubaine pour les partis de l?opposition autant que l?annonce d?une épreuve de force d?une autre nature pour le gouvernement. Il est, à cet effet, plus facile de remplir son rôle d?opposant pour les uns et, paradoxalement, plus difficile de gouverner avec une opposition affaiblie, pour les autres. Quelques esprits lucides du gouvernement appellent, à juste titre, d?éviter le triomphalisme en précisant que l?effet cyclique pourrait bien se retourner contre eux à un autre moment.

Car dopée et grisée par ses victoires, l?Alliance sociale court effectivement le risque d?une vaniteuse attitude qui risque de lui causer, à terme, du tort. L?une des caractéristiques de l?histoire, c?est bien son côté ductile. A cet effet, cinq ans de volontarisme politique et économique, teinté d?une dose de communisme ethnique, s?avérera un exercice périlleux dans le temps. A moins d?un miracle qui remet en cause les canons de l?économie de marché, le gouvernement ne dispose comme seule ressource pour réussir sa mission que l?imagination.

Ce n?est malheureusement pas ce qu?on a vu au pouvoir jusqu?ici. Les mesures populaires lui ont automatiquement garanti une large adhésion populaire. Dans de telles circonstances, l?opinion publique ne s?arrête pas aux détails. Mais ces détails pourraient rapidement prendre des dimensions incontrôlables. Et le maître-mot pour réussir la politique que Navin Ramgoolam veut mettre en place, c?est bien le contrôle. Or, à ce jour, certains ministres, et pour utiliser un euphémisme, nuls autres que les moins brillants, chevauchent un peu à l?aveuglette. Après avoir érigé le social et la bureaucratie en dogmes et rejeté la gestion technicienne de l?économie propre au pouvoir sortant, certains au sein de l?actuel gouvernement veulent réinventer la roue de l?histoire. L?obstination obsessionnelle de ?Putting people first? se fait au détriment de ?Putting Mauritius first?. On est, pour dire les choses plus simplement, en train de flatter l?orgueil des individus et compromettre la pensée sociale et la capacité de discernement d?un pays.

Il faudrait quand même espérer que le gouvernement de l?Alliance sociale parviendra, grâce à son inventivité, à rendre caduques les règles de base de l?économie. Ce serait la preuve qu?une petite île comme Maurice peut accomplir des prodiges. Si elle n?y parvient pas, succédera après l?euphorie, une politique de rigueur qui fera surtout des malheureux. L?opposition n?aura plus alors qu?à jouer sur le désespoir des gens pour récolter des dividendes politiques comme l?Alliance sociale vient de le faire cette année. Les Mauriciens viennent de voter pour une autre île Maurice que celle qui existe depuis l?Indépendance. L?Etat est désormais le seul moyen et l?unique fin vers lequel ils se tourneront lorsque leur gourmandise ne sera pas satisfaite.

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