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La hausse du carburant crée plus de risques pour l’économie

4 octobre 2005, 20:00

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L’ajustement inévitable du prix des carburants pétroliers, décidé dimanche par le gouvernement, n’est pas sans conséquence pour l’économie.

Le ministre des Finances, Rama Sithanen, était le premier à le reconnaître lors d’un point de presse vendredi 30 septembre, soit même avant la hausse de 15 % du prix du diesel et de l’essence, en vigueur depuis lundi.

Reprenant une analyse du Fonds monétaire international, Rama Sithanen faisait ressortir qu’il y aura une incidence à deux niveaux, soit directement sur le prix du carburant et aussi, des effets secondaires sur l’économie. Chaque pays étant différent, les “ripple effects” sont également différents, commente Rama Sithanen.

Le grand risque est que la hausse du prix du pétrole “grignote quelques points de base” au taux de croissance. Le ministre des Finances garde quand même espoir que les mesures de relance prises porteront quand même leurs fruits.

Pour un économiste du privé, il est clair que le taux de croissance du produit intérieur brut sera encore une fois inférieur à 5 % en 2006. “Les business costs vont augmenter et cela pourrait décourager l’investissement. Il y aura aussi un risque d’inflation qui ralentira la consommation. La croissance risque fort d’en souffrir”, commente-t-il.

Pour ce qui est des risques d’inflation, les analystes estiment que tout dépendra de la manière dont la hausse du prix du carburant sera répercutée sur les autres secteurs productifs et les services.

“Les tarifs des services les plus importants tels l’électricité et le transport en commun sont administrés. Le gouvernement pourrait choisir de ne pas augmenter ces tarifs. Cela diminuerait de beaucoup les risques d’une escalade des prix”, soutient un autre économiste.

Le secrétaire général de la Chambre de commerce et de l’industrie, Mahmood Cheeroo, abonde dans le même sens. “Le gouvernement peut choisir de gérer et d’étaler dans le temps la hausse de l’électricité et du transport”, estime-t-il.

La crainte de l’impact de la hausse du carburant sur l’économie est d’autant plus grande qu’une autre majoration n’est pas à être écartée lorsque le comité de l’Automatic Pricing Mechanism se réunira à nouveau en janvier 2006. “La State Trading Corporation a encore des pertes à rattraper”, commente un familier du dossier.

“There is cause for concern même si on reconnaît que la hausse du prix du pétrole était inévitable”, commente Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC).

Outre l’impact éventuel sur les prix et la surcharge que l’augmentation du carburant représente pour l’industrie manufacturière, c’est le contexte macroéconomique dans lequel il faut gérer la flambée du brut qui préoccupe le plus Raj Makoond.

Accentuer les efforts pour accélérer la relance

“Avec le transport gratuit, la hausse du carburant risque de représenter une charge budgétaire additionnelle alors que le déficit est déjà élevé et que la dette est importante. Tout cela dans un contexte où la croissance sera encore inférieure à 4 % cette année. Dans cette perspective générale, c’est inquiétant”, déclare Raj Makoond.

Par ailleurs, les analystes sont unanimes à dire que le déficit de la balance commerciale et de la balance des paiements s’aggravera, ce qui accentuera les pressions sur le marché des devises déjà en manque, et sur la roupie.

Le risque pour la monnaie est grand. Une raison de plus pour augmenter le taux d’intérêt mais cela ira à l’encontre de l’investissement. Rama Sithanen disait, vendredi, qu’il faut prendre en considération les deux aspects du problème que pose la question du taux d’intérêt.

Pour Raj Makoond, la situation difficile appelle plus que jamais à une accentuation des efforts pour accélérer la relance. Ce n’est qu’en accédant à des taux de croissance supérieure que Maurice pourra résister au choc de la flambée du pétrole sans dégrader davantage les paramètres économiques, soutient le patron du JEC.

Dans la conjoncture, s’il est vrai que l’industrie souffre et continuera à souffrir, Maurice a déjà identifié de nouveaux pôles de croissance pour dynamiser l’économie.

10 000 emplois de plus

L’Integrated Resort Scheme (IRS) est l’un d’eux. Le JEC a calculé que ce secteur peut générer des investissements de Rs 30 milliards au cours des trois ou quatre prochaines années. Cela relancerait le secteur de la construction qui a un effet multiplicateur important. L’apport d’investissements étrangers importants aiderait également le marché des devises, souligne Mahmood Cheeroo.

De plus, les projets IRS devraient rapporter Rs 5 milliards à l’État sous forme de diverses taxes. Les IRS pourraient également créer 10 000 emplois.

Pour Raj Makoond, des tarifs de communication plus compétitifs peuvent aider au décollage du secteur des télécommunications qui a un gros potentiel. Il fait ressortir que l’Inde (un concurrent) vient de ramener ses tarifs pour l’international private lease circuit autour de $ 2 000 par mois pour le half circuit tandis qu’à Maurice, le tarif est de $ 11 800.

“À Maurice, nous avons un full circuit à ce prix-là mais c’est encore cher”, commente Raj Makoond.

RÉPERCUSSIONS

<B>Le textile craint pour ses coûts</B>

■ Le président de la Mauritius Export Processing Zone, Ahmed Parkar, craint que la hausse du carburant n’aggrave la situation déjà délicate de l’industrie du textile-habillement. “Les entreprises qui ont des marges suffisantes pourront absorber le surcoût. Celles qui n’en ont pas ou tout juste devront fermer”, résume-t-il. Le textile et la confection sont de grands consommateurs de carburant surtout pour les teintureries et le transport.

Ahmed Parkar explique que dans un marché où il a plus d’offres que de demandes, les acheteurs exigent des baisses de prix. Il sera pratiquement impossible pour les entreprises mauriciennes de les augmenter le moindrement pour compenser la hausse des coûts.

“La hausse du carburant affecte aussi le pouvoir d’achat des consommateurs européens et américains. Une hausse des prix des vêtements est impensable”, déclare Ahmed Parkar.

Pour lui, une partie de la solution est de maintenir un taux de change de la roupie qui soit favorable aux exportateurs. “We are an export-led economy”, soutient-il.

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