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Sucre : un mois pour convaincre
L?intransigeance de l?Union l?européenne donne des sueurs froides. Elle maintient, sans amendement, la réforme de son régime sucrier. Le ton est des plus catégoriques, frisant même l?arrogance. En moins de deux mois, la baisse de 39 % du prix garanti serait officielle. Et les pertes se chiffreront par dizaines de milliards pour le pays.
Alors que les ministres des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), réunis au Kenya jusqu?à dimanche dernier, font le forcing contre les propositions de la réforme, le discours de l?Union européenne a jeté, sans nul doute, un froid sur ces attentes. Le quantum de la baisse est maintenu avec la mesure d?accompagnement primaire qui reste inchangé.
Catastrophique, effets irréversibles, désastres : les superlatifs n?ont pas manqué pour qualifier la réforme. D?ailleurs, le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, président de la conférence, a rappelé le manque à gagner énorme pour Maurice, soit des pertes estimées à Rs 27 milliards.
?Ignorés? par l?Europe
Les arguments selon lesquels la baisse plus soutenable devrait intervenir en 2008, avec des moyens financiers en amont pour que les pays soient prêts à encaisser les effets de la réduction, ont été balayés d?un revers de la main par l?Union européenne. Et à l?issue de la conférence, dans la déclaration finale, les ACP se sont considérés ?ignorés? par l?Europe.
Les ministres n?en démordent pas pour autant. Ils continuent de mettre la pression sur les politiques. Il incombe désormais aux chefs d?Etat concernés d?user de leur influence en Europe. De son côté, le groupe ACP recherche d?urgence une rencontre avec le président de la commission José Manuel Baroso de même le Premier ministre de la Grande-Bretagne, Tony Blair, qui préside l?Union européenne.
Déjà, la Commission européenne faisait peu de cas de la conférence ministérielle du Kenya. A défaut de défendre ses propositions devant un groupe élargi des ACP et des pays les moins développés, Mariann Fischer Boel est représentée par son Director for vegetable markets. Russell Mildon est rattaché au département ?Economie des marchés agricoles?.
Le technicien s?en tient à l?argument de la Commission européenne. ?Le calendrier de réforme sera exécuté tel que prévu, en dépit du tumulte. Nous sommes limités par la décision de l?Organisation mondiale du commerce en ce qui concerne le marché mondial du sucre?, a-t-il affirmé.
La réforme doit être entérinée dans la mesure où les producteurs européens du Sud, les betteraviers, démarrent leur culture fin décembre, a-t-il expliqué, en réponse à la proposition de repousser l?échéance après la réunion de l?OMC à Hongkong.
Vers la grande désillusion ?
Le ton et le langage utilisés ont été montrés du doigt par les ACP. ?Le discours de Russell Mildon n?est pas différent de celui tenu par l?Union européenne lors de la réunion avec les ministres ACP lundi dernier. Mais, le représentant de Mariann Fischer Boel a été assez arrogant. La manière dont il s?est adressé a déplu aux ACP?, souligne un analyste mauricien du dossier.
Une des demandes des pays exportateurs de sucre porte sur le montant que l?Union européenne mettrait à leur disposition en 2006. Les 40 millions d?euros (Rs 1,45 milliard) sont jugés ?insuffisants?. Ces pays estiment que le double serait requis pour la première année de la réforme, qui, rappelons-le, est étalée sur quatre ans. Mais Russell Mildon a tenté de rassurer en affirmant que ce premier décaissement ne doit aucunement être considéré comme le montant final car des négociations sont en cours pour davantage.
Chaque pays encaissera des mesures d?accompagnement financières à la lumière du plan de réforme qu?il présentera à l?Union européenne. Maurice a déjà son road map pour réformer son industrie sucrière en 10 ans, ce qui permettrait au pays de percevoir ces moyens financiers entre 2007 et 2012.
En dépit de cette volonté et de cette solidarité affichées par les ACP et les pays les moins avancés, l?Europe a tenu le même langage depuis juin 2005, quand la réforme a été dévoilée officiellement. Les campagnes de lobbying qui se sont succédé depuis juillet 2004 n?ont pas eu l?effet escompté.
Est-ce la grande désillusion qui nous attend? On sera fixé à l?issue du Conseil européen des ministres de l?Agriculture fin octobre?
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