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?Rougement? Nancy

18 septembre 2005, 20:00

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C?est une femme des îles qui ne sourit pas. Elle rit. Haut et fort. Expansible sur ses paroles, simple dans son être. Dérougère pour les étrangers, Nancy pour nous. Tendrement joviale, qui sort des ballades, albums solos chaque deux ans pour ne pas trop s?imposer ou ?trop faire?.

Mystère autour de cette personnalité insaisissable, qui cotôie la boule monde pour des festivals, épure le séga d?ambiance pour ne rien perdre de sa personnalité de ?metteuse de faya?. Ce n?est pourtant pas en chansons qu?elle se raconte aujourd?hui. Son quatrième album sort cette semaine, Expérience Séga. Un titre évocateur. Une artiste qui déshabille pour nous, son opus, sa féminité et sa vie.

Derrière la clôture de son être, elle cache sa timidité. Elle babille, converse, s?enfile sur les dialogues. ?Vous voulez quelque chose à boire ? Non ? Nu commence alors ! Moi, monn decouver mo talan kan mo ti clase secon pu Sofé Ravann en 1999. Au debu, mo pas ti le participe me mo cousin??

C?est tout elle. Pas une minute pour expirer. Pétrie d?humanité. Ferme dans ses propos. Elle a très peu de temps à nous consacrer aujourd?hui. Non seulement elle tente de soigner son mal de tête, mais elle doit aussi courir au studio. Entre Capricorn et Scorpio, cela dépend. Expérience Séga est né entre les deux. Sa journée commence par son jogging à quatre heures du matin. Énergique dans tout ce qu?elle fait. ?Mo senti moi bien, mo senti moi fit ! Mo bizin sa!?. Vite, elle s?occupe de ses deux enfants et se consacre à elle. Studio, solo, dodo. Pendant des mois sa vie a été placée en mode accéléré. Mais elle n?en a cure. ?C?est mon métier, mes sacrifices!?, impose-t-elle.

A part cela, Nancy adore accrocher des photographies sur ses murs orangées. Nancy devant la tour Eiffel, Nancy posant en blanc et noir ou Nancy en récompense. Meilleur artiste séga à la Réunion en 1999. Rouge jusqu?au bout de ses ongles, quand elle se lance sur scène, elle rayonne.

Projette un tempérament de feu, se raconte en adjectifs ?extra-extravagants?. Après son Missié Olivier, elle intègre aisément le groupe Zotsa. Trois albums solos après, de 1999 à 2003; L?Amitié, Follement Amoureuse, Diva Séga, elle revient avec un opus plus recherché pour commémorer les 10 années d?existence de Zotsa en octobre.

?Nu pe traduir nu l?emosion après 10 an. Zotsa, sa enn gran fami sa, chacun se comprend. Moi mo coze lor mo l?experiens tou sa bann lane la !?. Des chansons entraînantes certes, mais qui fouillent des thèmes précis. Suicide, hommage aux Chagossiens, l?histoire de nos ancêtres, la souffrance. Tout est dit dans les titres, mais l?on se pose la question : ?Où est le lien entre son expérience musical et ses titres ??.

Elle acquiesce, anticipe même notre question. Pourtant, elle ne nous offre pas de réponse concrète. ?Nunn coz lor nu bann zistoir ki nunn trouve autour de nous. Parfoi enn tit album pas necesair pu li retrouve dans la liste bann chante là??, soutient-elle.

Et c?est de par sa vie quotidienne que l?on saisit l?ampleur de ses paroles. En sus d?être simple, Nancy est aussi méfiante. Pas touche à sa vie privée, ni à son cocon familial. Il y a trop de Movézer, comme sur la première chanson de son opus. Quand elle sort du boulot, épuisée, elle se barricade chez elle. Protège son intimité. S?installe devant sa télé, à des heures précises, et déguste Les feux de l?Amour.

Femme créole, femme du séga d?ambiance. Sa personnalité, elle le montre dans ses gestes. C?est en palier qu?elle grimpe les marches des remerciements. D?abord Mario Justin, son producteur et co-équipier de la chanson, pour qui elle ne taraude pas d?éloges.

Ensuite, elle nous cite toute une pléiade de noms. Ses musiciens, qu?elle n?oublie pas. La petite Nancy, à dix ans, rêvait de voyager. Goûter au luxe des avions. Aujourd?hui, elle y pense moins. Trop de Paris surtout. Londres, elle adore, elle pourrait même s?y adapter. ?Mo fier mo capav dir ça, mé mo viv de mo lamisik ! Mo ti laba dernièrement, pu ene festival en plein air??.

Trop généreuse dans son rire, trop généreuse pour être cette femme qui ?casse les reins? sur du séga et n?a pas peur de hurler comme ceux ces femmes du marché. Mais c?est cette féminité ci qui nous attire. Cette gaieté de c?ur, ce rayonnement qu?elle propulse autour d?elle.

Une bouffée de tonus que nous saisissons à pleine main. Culture du métissage. Mixture trop riche de la femme des îles. C?est d?ailleurs ici qu?elle se sent bien. Entourée de sa famille, elle berce ses rêves à travers les chansons.

Elle comprime ses histoires à travers ses mots. Nancy ne roucoule pas sur le séga. Nancy le cristallise. Par sa voix si piquante et pimentée. Son public, elle en est persuadée, ne la décevra pas. ?Ils achèteront mes originaux??, siffle-t-elle. Sa franchise méduse, espérons aussi que Nancy a toujours raison d?espérer.

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