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La bombe sociale

24 juillet 2005, 20:00

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L?avenir de l?Etat providence est compromis. La raison du danger tient à une simple logique arithmétique. La charge financière du paiement de la pension universelle, pour l?État, représente aujourd?hui 2 % du produit intérieur brut (PIB) mais s?élèvera à 11 % en 2040 si le système reste inchangé. Et, il y a toutes les raisons de penser que pendant les prochaines cinq années, au moins, il le restera. La ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, vient de confirmer, en tout cas, l?abolition du ciblage introduit par l?ancien régime.

La ministre invoque le montant dérisoire de l?économie réalisée grâce au ciblage : ?Rs 55 millions en huit mois.? Elle a raison. Ce chiffre est effectivement très faible. Mais le plafond à partir duquel aucune prestation n?était payable avait été fixé pour que, justement, l?impact soit minimal. La réforme ne visait pas à redresser la barre dès la première année. Il s?agissait d?un début en douceur pour faire accepter le principe et faire comprendre les modalités du ciblage. Cet objectif aurait été atteint sans le cafouillage administratif provoqué par les services du ministre d?alors, Sam Lauthan. Tant les bénéficiaires que les exclus de la pension auraient avalé plus facilement la pilule amère des formulaires fastidieux si l?ex-ministre avait su communiquer plus efficacement.

En vérité, il n?y a que 3 357 retraités, sur un total de plus de 120 000, qui ont été privés de leur pension à la suite de la réforme de l?année dernière. Quand Sheila Bappoo annonce qu?elle se donne jusqu?à fin septembre pour ?tout remettre en ordre.?, elle veut tout simplement dire que ce petit nombre de retraités, relativement aisés, pourra de nouveau bénéficier, après cette date, de leur pension . La suppression de la pension universelle était rendue nécessaire par le besoin de rendre durable l?Etat providence. Le pays ne peut pas ?ad vitam aeternam? assurer à tous les retraités indistinctement une pension. Il a fallu une certaine audace politique pour faire accepter la mesure car elle brise un tabou. Si l?économie réalisée était dérisoire, il fallait non pas abolir cette approche ciblée, mais abaisser le plafond initialement fixé à Rs 20 000.

Sheila Bappoo a également annoncé qu?un ?Steering Committee? sera mis sur pied pour trouver une ?solution durable? au problème que pose le vieillissement de la population. Ce travail a déjà été fait. L?on retrouve d?ailleurs dans le nouveau comité au moins un technicien qui avait participé au comité mis sur pied sous l?ancien régime. Dès avril 2002 une ?Task Force on Pension Reforms? avait conclu que les avenues à explorer sont le report de l?âge de la retraite à 65 ans et l?amélioration de la rentabilité des investissements et l?approche ciblée. Pendant que les comités et les rapports se succèdent, la bombe sociale menace d?exploser. Les ressources de l?Etat sont limitées mais ses charges sociales sont croissantes. Plutôt que de résoudre l?équation, nous avançons à reculons. Le rapport Battersby du ?Government Actuary?s Department? de Londres avait d?abord tiré la sonnette d?alarme en 1995. Puis la Banque mondiale a démontré en décembre 2001 dans un rapport intitulé ?Pensions in paradise, modernising the Mauritian retirement income system? que le système actuel n?est pas viable. Or, en 2005, nous choisissons de retourner à la case départ.

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