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Dix ans après, Karadzic et Mladic toujours libres
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Dix ans après, Karadzic et Mladic toujours libres
En juillet 1995, Mevludin Oric a passé des heures sous une pile de cadavres pendant que des soldats bosno-serbes tuaient plusieurs milliers de ses coreligionnaires musulmans dans les champs de Srebrenica.
Dix ans après avoir échappé de peu à l?un des pires massacres commis en Europe ces cinquante dernières années, cet homme de 35 ans attend toujours de voir l?ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, traduit en justice.
?Comment se fait-il qu?ils ne l?aient toujours pas arrêté ? Dix ans, c?est long?, souligne Oric, à la veille du dixième anniversaire du massacre de Srebrenica. Huit mille musulmans bosniaques de sexe masculin ont péri en juillet 1995 dans cette ville de l?est de la Bosnie.
Aujourd?hui, une cérémonie se tiendra au mémorial de Potocari, à Srebrenica. Quelque 50 000 proches de disparus, des dignitaires étrangers, dont le président serbe Boris Tadic, y prendront part. A cette occasion, les restes de quelque 600 victimes identifiées seront une nouvelle fois enterrés aux côtés de ceux de 1 300 musulmans déjà inhumés. Des restes humains trouvés dans 42 charniers et contenus dans 7 000 sacs mortuaires attendent encore d?être identifiés.
<B>La colère de Del Ponte </B>
Absence lourde de sens : Carla del Ponte, procureur en chef du Tribunal pénal international pour les crimes commis en ex-Yougoslavie (TPIY), ne participera pas aux commémorations.
Le TPIY a inculpé Mladic et son mentor politique, Radovan Karadzic, de génocide pour le massacre de Srebrenica ainsi que pour le siège de Sarajevo, qui a duré 43 mois. Mais tous deux sont encore en liberté et bénéficient vraisemblablement de la protection d?extrémistes serbes en Serbie-Monténégro et en République serbe de Bosnie.
Karadzic est entré dans la clandestinité en 1997 et n?a jamais refait surface, tandis que Mladic a vécu à Belgrade jusqu?en 2002 avant de disparaître, lui aussi, dans la nature.
?J?ai dit aux mères de Srebrenica que je me rendrais au mémorial de Potocari le jour où Karadzic et Mladic, ou l?un des deux, seront à La Haye?, souligne Carla Del Ponte dans un entretien publié par Le Monde daté du 10 juillet, expliquant son geste par son ?respect envers les victimes?.
?Comme si la Bosnie était aussi vaste que l?Amérique?, persifle pour sa part Mevludin Oric, assis sur une colline dominant Ilijas, où il vit avec ses quatre enfants et sa mère avec, pour seul revenu, les 75 dollars qu?il touche chaque mois au titre des allocations chômage.
Il a quitté son village, situé dans la ?zone de sécurité? de Srebrenica, théoriquement sous la protection de l?Onu, le 11 juillet 1995, après la chute de l?enclave, tombée aux mains des forces bosno-serbes. Avec son père, son cousin et d?autres proches, il a rejoint les hommes qui voulaient s?échapper par la forêt.
Son épouse et ses enfants ont gagné la base des casques bleus de l?Onu installés à Potocari, près de Srebrenica, tout comme des milliers de civils paniqués, s?attendant à y bénéficier de la protection du bataillon néerlandais.
<B> ?La souffrance, c?est tout ce qui nous reste? </B>
Dans la forêt, Oric a évité les tirs d?artillerie et ceux des ?snipers?. Il a été pris par les soldats serbes deux jours plus tard, et était au nombre des 2 500 musulmans rassemblés dans une école du village de Grbavci.
Oric affirme avoir vu Mladic devant la porte du gymnase de l?école où avaient été parqués les prisonniers. Il a pensé alors que le général bosno-serbe était venu organiser un échange ou un transfert de prisonniers.
Mais après son départ, des soldats ont bandé les yeux des captifs et ont commencé à les faire monter dans des camions. Ils les ont conduits par petits groupes dans un champ et leur ont demandé de s?aligner.
?Au moment même où je disais qu?ils ne nous tueraient pas, nous avons entendu des tirs de mitrailleuse, et mon cousin est tombé. Je suis tombé moi aussi, alors que je n?étais pas touché?, dit-il.
Il est resté allongé près du cadavre de son cousin pendant des heures. Pendant ce temps, les soldats amenaient de nouveaux groupes de musulmans, qu?ils exécutaient. Puis il s?est évanoui et, à son réveil, il a entendu des machines creuser une fosse commune.
Il a eu peur d?être enterré vivant. Mais tard dans la nuit, les soldats sont partis, et Oric s?est extirpé d?un tas de cadavres. Un autre rescapé a émergé de l?ombre, et tous deux se sont précipités dans la forêt. Ils ont fini par trouver une semaine plus tard, le 21 juillet, des soldats des forces régulières bosniaques.
Oric est hanté par ce souvenir. ?La souffrance, c?est tout ce qui me reste. Nous avons souffert à Srebrenica, nous souffrons aujourd?hui?, dit-il. ?J?espère que Mladic, une fois qu?il sera à La Haye, dira la vérité, qu?il dira où sont les charniers. Parce que mon père est toujours porté disparu.?
<B>Daria SITO-SUCIC</B>
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