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Fermeté

10 juillet 2005, 20:00

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C?est une attaque frontale que le Premier ministre a décidé de déclencher contre le président de la République. Il l?a fait savoir hier. Du coup, une grave crise institutionnelle se profile à l?horizon. La détérioration des rapports entre les deux principaux protagonistes de la vie publique ne peut que mener le pays vers une impasse à l?issue incertaine.

Alors que chacun croyait que le meeting de remerciements, tenu hier par l?Alliance sociale, allait être une occasion pour instaurer un climat politique apaisé, ce fut, au contraire, sur un ton particulièrement virulent que s?est exprimé Navin Ramgoolam. Après la subtile excuse du ?pooja? invoqué mardi dernier pour ne pas se rendre au Réduit et après le pied de nez fait à SAJ lors de la prestation de serment des ministres, voilà le président prévenu : ?C?est enn warning ki mo pe donn li. Na pas rode ar moi.?

Si le président se rend coupable de ?violation of the Constitution or any other serious act of misconduct? il peut être légalement destitué. De même, il peut être dépossédé de sa fonction pour ?inability to perform his functions whether arising from infirmity of mind or body or from any other cause?. Mais tout ce qui lui est reproché pour l?instant, c?est que ?Li pas ti bizin avoy so fam fer campagne?. Si cette faute est, malgré tout, reconnue comme une inconduite, le pouvoir peut légitimement enclencher la procédure prévue à cet effet. Mais, en aucun cas, le gouvernement ne peut livrer le président à la vindicte populaire pour provoquer son départ.

Il est vrai que la présidence a prêté le flanc à des attaques de nature politique quand Sarojini Jugnauth est montée sur les estrades pendant la campagne. Son faux-pas a été sanctionné par l?électorat. La riposte du régime, elle, est disproportionnée par rapport au manquement à l?éthique commise par l?épouse du président.

Il y a également une autre question qui taraude le gouvernement. Il s?agit de la confiance qu?il peut faire au président. Traditionnellement, ce dernier reçoit chaque mercredi l?ordre du jour du cabinet et est informé par le Premier ministre, les jeudis, des principaux sujets qui seront abordés par le cabinet le lendemain. Or, le chef de l?exécutif pense que cela peut compromettre la confidentialité de l?agenda du cabinet. Cette peur se fonde probablement sur les liens de sang entre le président et le leader du MSM. Mais jusqu?à preuve du contraire, il faut croire que SAJ est un légaliste invétéré et il respectera le devoir de réserve que lui impose sa charge. Il faut éviter de lui faire un procès d?intention.

Le Premier ministre était applaudi à juste titre, hier, quand il a préconisé des mesures visant à réprimer, avec fermeté et efficacité, l?occupation illégale des maisons NHDC. Une sanction en demi-teinte aurait été une erreur. Après la tergiversation de l?ancien régime, la détermination de Navin Ramgoolam apporte un bol d?air frais.

En revanche, la volonté d?aller jusqu?au bout dans l?affaire du gel des nominations au ministère de la Santé est ressentie comme une provocation politique qui peut soulever une cascade de réactions. Si les recrutements constituent un délit de corruption électorale, il incombe à la justice de trancher. Et si la loi ne peut pas traiter adéquatement de cette situation, adoptons un ?Fiscal Responsibilities Act? pour l?avenir, mais ne jouons avec les sentiments des pauvres postulants à un emploi, qui ne sont coupables de rien.

On veut bien d?un régime ferme à l?égard de ceux qui violent la loi mais quand le pouvoir adopte un ton vindicatif rien que pour montrer ses muscles, cela devient dangereux.

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