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Les nouveaux hommes forts
La caravelle Maurice a une nouvelle fois changé de pilotes. L?équipe qui vient de s?installer dispose d?un mandat de cinq ans. Elle s?est déjà mise à l??uvre avec en ligne de mire les défis qui nous guettent. Les plus urgents concernent le sucre, le tourisme et le textile habillement. L?objectif principal de ceux qui ont fait campagne en faveur du changement, c?est de relancer l?emploi.
Pour mener à bien sa tâche, toute équipe gouvernementale doit inévitablement remplir une triple fonction : la gestion politique, la gestion du pays et celle des différents secteurs.
Au premier chapitre, Navin Ramgoolam n?y est pas allé de main morte. Une première observation de la composition de son équipe laisse poindre que le nouveau patron entend consolider ses assises dans ses nouvelles adhésions.
On le constate en prenant connaissance de la hiérarchie au sein du Conseil des ministres : les trois premiers rangs sont attribués à Rashid Beebeejaun, Xavier-Luc Duval et Rama Sithanen. Il accorde également une place de choix à Dharam Gokhool.
Ce souci d?élargir sa base se reflète également dans l?ouverture vis-à-vis des villes. En effet, sur les 19 ministres, pas moins de dix étaient candidats dans les régions urbaines : James Burty David, Rashid Beebeejaun, Sylvio Tang, Asraf Dulull, Abu Kasenally, Sheila Bappoo, Etienne Sinatambou, Rama Sithanen, Xavier-Luc Duval et Rama Valayden. Ils viennent de sept circonscriptions sur les dix situées dans les villes. Cette démarche ramgoolamienne indique de plus que la nouvelle majorité qui a enlevé la moitié des sièges à Port-Louis, ville jadis considérée comme un bastion mauve, entend labourer davantage le terrain politique dans la capitale. Sur les six élus à Port-Louis, quatre accèdent au Conseil des ministres.
Pour ce qui est de la gestion des affaires de l?État, le nouveau gouvernement fait la part belle à l?expérience. Dix de ceux qui viennent d?être désignés ministres ont déjà occupé de telles fonctions dans le passé, que ce soit sous Anerood Jugnauth, Navin Ramgoolam lui-même, ou sous Paul Bérenger.
Comme pour bien démontrer qu?il place l?économie au sommet de ses priorités, le Premier ministre agrémente le portefeuille de ministre des Finances, accordé à Rama Sithanen, du titre de vice-Premier ministre.
Tout en misant sur l?expérience, là encore, Navin Ramgoolam ne perd pas de vue sa volonté de ratisser large. Il arrive ainsi à placer, pas moins de six ministres qui ont fait leurs premières armes hors du sérail rouge. Si bien qu?à l?arrivée, il ne se retrouve qu?avec cinq pur-sang travaillistes.
Le flair de deux vieux routiers
On sent qu?il entend s?appuyer sur l?expérience acquise à l?hôtel du gouvernement ou dans des secteurs précis pour placer son équipe en orbite. Outre Rama Sithanen aux Finances, il désigne Xavier-Luc Duval au Tourisme, un milieu dans lequel il a déjà exercé. C?est également le cas pour Burty David (Administrations régionales) et Arvin Boolell (Agro-industrie).
Il fait également appel à Rajesh Jeetah. Même si ce dernier n?a jamais été ministre, il a néanmoins une connaissance du secteur industriel pour avoir été chargé de cours en technologie textile à l?université de Maurice.
Après avoir accusé le gouvernement sortant de n?avoir pas accordé suffisamment d?attention au social, la nouvelle équipe laisse l?impression de vouloir faire mieux dans ce domaine. À bien voir, on s?aperçoit qu?elle entend surtout récolter le maximum de dividendes en termes politiques. Elle fait ainsi appel au flair de deux vieux routiers : Anil Bachoo (Environnement et National Development Unit) et Sheila Bappoo (Sécurité sociale, Solidarité nationale et Bien-être des personnes âgées).
Mais, en ce qui concerne la gestion de l?environnement, on aurait pu s?attendre à voir Etienne Sinatambou, qui s?y connaît en droit environnemental, occuper un tel fauteuil.
L?emballage n?est cependant pas sans faille. C?est du moins le cas pour l?attribution du portefeuille du Logement. Cette responsabilité est confiée à un néophyte en la personne d?Asraf Dulull. Ce dernier, qui en est à son premier mandat législatif, était, il y a peu, numéro deux au département de l?impôt.
Le choix d?Etienne Sinatambou comme ministre de la Technologie informatique et des télécommunications n?impressionne pas non plus. Juriste de formation, le nouveau député de Vacoas-Floréal n?a rien d?un technicien en informatique. Il s?est surtout investi dans la lutte en faveur du respect de l?environnement.
Autre maillon faible de la nouvelle équipe : Mahen Gowreesoo aux Arts et à la Culture. Celui qui a désormais pour mission d?orienter notre politique culturelle et de favoriser l?épanouissement de l?art, vient du monde des affaires. Après des débuts modestes dans le domaine de l?importation alimentaire, il s?est lancé dans la fonderie en partenariat avec des investisseurs chinois.
Dans sa première déclaration à la presse après sa prestation de serment, Mahen Gowreesoo devait d?ailleurs avouer son étonnement de se retrouver dans un tel fauteuil.
À un degré moindre, on peut aussi citer le cas du ministre du Travail, des relations industrielles et de l?emploi. Cardiologue de profession, celui qui sera appelé à faire le pont entre le capital et le travail, a été, autrefois, ministre des Finances. Hormis son bref passage à la présidence du syndicat des médecins de l?État, il n?a pas réellement côtoyé le monde syndical.
La nouvelle équipe retombe malheureusement dans les travers des anciens gouvernements rouges, dans la mesure où elle place le ministère de la Jeunesse et des Sports entre les mains de quelqu?un d?étranger à ce secteur. Autant que l?on sache, Sylvio Tang n?a pas laissé son empreinte dans le monde du sport, contrairement à Devanand Rittoo qui a jadis porté le maillot de l?équipe nationale de foot.
Autre incohérence qui saute aux yeux : le portefeuille des Droits humains à un non-élu. Une lecture profane de la Constitution donne à penser qu?un non-élu peut être appelé à remplir les fonctions de ministre de la Justice et à rien d?autre. Celui des Droits humains aurait très bien pu être annexé au portefeuille d?un ministre élu.
Mais quelle que puisse être l?appréciation des uns et des autres sur la composition de l?équipe qui vient de prêter serment, c?est au pied du mur que l?on aura une idée de la compétence des maçons.
La première indication viendra avec les débats sur le discours présidentiel de la législature qui s?ouvre mardi.
■ Renaud MARIE avec Elwyn CHUTEL et Erick BRELU-BRELU
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