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Bizin travay... dir !
Malenn OODIAH
Le nouveau Premier ministre tient aujourd?hui le meeting de remerciements de l?Alliance sociale après sa victoire historique aux législatives du 3 juillet 2005 qui a plébiscité le thème « Bizin changement ». L?électorat a donné à Navin Ramgoolam une deuxième chance pour façonner le destin du pays. A lui et à son équipe de respecter le contrat d?« Une Ile Maurice pour tous » qu?il a passé avec le peuple mauricien.
Sa déclaration à la conférence de presse du 4 juillet était rassurante, sobre et juste. Dans le fond comme dans la forme, ses propos étaient à la hauteur des exigences du moment et de l?événement. D?abord, nous retenons que le changement promis se fera « dans le respect des institutions, de la démocratie et des adversaires politiques ». Son insistance sur « l?unité» démontre une préoccupation pour la cohésion sociale, l?unité nationale et le rassemblement. Son ambition de moderniser de manière juste et digne la société mauricienne relève d?une exigence éthique. On retiendra aussi son désir de gouverner dans le dialogue afin de mobiliser toutes les compétences pour relever les grands défis auxquels se trouve confronté le pays.
Le PM serait conscient de l?immensité de la tâche et de la responsabilité qui reposent désormais sur les épaules de son gouvernement. Fort des convictions qui l?animent, lui et son équipe, il se dit confiant de pouvoir répondre aux attentes de la population. Le chantier socio-économique qui attend le nouveau gouvernement est immense. Ce n?est pas à Rama Sithanen que nous allons apprendre que se profile rapidement à l?horizon un tsunami économique, qui, s?il n?est pas contenu, sera porteur d?une poudrière sociale.
La priorité des priorités est donc la relance de la machine productive pour créer des emplois et des richesses. Il n?y a pas d?autre moyen pour combattre la pauvreté, l?exclusion et la précarité et améliorer le pouvoir d?achat des familles. L?effort exigé de tous les partenaires du développement sera colossal. Est-il besoin de rappeler qu?il faut veiller à ce que la légitime « logique de partage » du projet de démocratisation économique ne se fasse pas au détriment de la logique de création de richesses.
Au delà d?une juste appréciation technique des enjeux et d?un diagnostic clinique des problèmes globaux et sectoriels, les nouveaux gouvernants doivent faire preuve d?une réelle capacité d?écoute de vrais « doers ». Pour avoir une chance de s?en sortir, le pays a besoin de toutes ses intelligences et compétences dans tous les domaines et à tous les niveaux. La compétence doit être l?unique critère qui doit présider au choix des personnes à des postes stratégiques dans les institutions vitales au développement du pays.
Le nouveau gouvernement a une obligation de résultats, d?autant plus qu?il n?a cessé de répéter qu?il veut rapidement améliorer la vie quotidienne des familles mauriciennes. Nulle personne sensée ne peut contester la nécessité d?initiatives et de mesures rapides pour soulager la misère et alléger le fardeau des ménages. Mais, de grâce, évitons la pseudo-solution de l?assistanat, et insistons que les solutions durables passent par la philosophie du « Aide toi, l?Etat t?aidera » et l?incitation à tous de travailler plus et mieux.
Au delà des initiatives qui seront prises pendant les premiers cent jours, nécessaires pour redonner l?espoir, le nouveau gouvernement devra rapidement faire revenir la confiance chez les acteurs du développement. On attend avec impatience le plan d?action avec des mesures et des initiatives qui produiront des résultats concrets d?ici deux ans. Le pays ne peut se permettre le luxe d?une stratégie qui sacrifie le court terme pour le long terme. Ceci dit, il est important que le nouveau gouvernement jette les bases et fixe les orientations pour les cinq à dix prochaines années en privilégiant la logique entrepreneuriale en lieu et place de la logique rentière et spéculative.
La réalisation du projet de société de l?Alliance sociale dépendra de la capacité des nouveaux gouvernants à mettre en oeuvre la nouvelle conception de l?Etat, soit un Etat catalyseur résolument déterminé à dégager un nouveau pacte social. Ce n?est que, s?il parvient à fédérer les acteurs du développement autour de partenariats Etat - Secteur privé - Société civile, qu?il fera émerger une société d?opportunités porteuse d?égalités de chances et d?espérances. S?il appartient au gouvernement de créer un « business-friendly environment » qui fera revenir la confiance et le goût du risque et d?entreprendre, il appartient au patronat mauricien de se repenser pour assumer pleinement ses responsabilités dans la présente conjoncture. Il a un devoir de solidarité pour les temps difficiles à venir. Ses membres peuvent envoyer rapidement des signaux forts à la population mauricienne à travers une déclinaison concrète et soutenue d?une philosophie humaine, sociale et citoyenne de l?entreprise.
L?ouverture de l?espace démocratique, où les libertés fondamentales d?opinion et d?expression sont réellement garanties - balisées certes par le principe de l?autorité démocratique - est capitale pour une sortie de crise. Une démocratie vivante se conjugue avec une participation active, constructive et critique des citoyens au débat touchant les divers aspects de la gestion du pays. L?esprit critique est à la base même de la créativité et de l?innovation - ingrédients vitaux pour inventer l?avenir.
Il y a un temps pour tout. Le peuple décide le temps d?une campagne électorale. C?est le cri de la population qui serait à l?origine du slogan « Bizin changement ». Maintenant que les élections sont terminées, c?est aux gouvernants de montrer à la population mauricienne la voie qui mènera vers « Une île Maurice pour tous ». La clef de la réussite passe par un nouveau slogan : « Bizin travay dir ! » adressé à tous, sans exception.
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