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Le vote blanc
par Thierry CHATEAU
Certains électeurs, les plus nombreux, votent bloc avec l?ardeur de partisans convaincus. D?autres, moins nombreux, votent blanc. Comme un défi, voire une provocation. Ceux-ci sont tout aussi déterminés que ceux-là de faire valider leur voix, leur choix.
Dans un système démocratique et, à plus forte raison républicain, libertaire où le pouvoir n?est pas exclusif et où l?esprit de protestation devrait normalement régner en maître, il est impératif que des citoyens se lèvent pour faire entendre une voix discordante, pour indiquer une voie alternative.
La liberté de choix lorsqu?elle sous-entend une négation du système est souvent vouée aux gémonies. ?Irresponsabilité de ceux qui ne sont jamais convaincus?, pourrait-on dire du vote blanc. ?Il laisse la voie libre au fanatisme, à ceux qui sont trop convaincus?, pourrait-on ajouter.
?Foutaises?, répondent les partisans du vote blanc. Ils revendiquent une prise de position : celle de citoyens qui ne font pas partie des convaincus, justement. Mais pas convaincus du tout des programmes, arguments et propagandes des candidats, partis, blocs en présence. Ils votent blanc, parce qu?ils sont ?contre? et qu?ils ne peuvent pas voter ?pour?. Et, en République, ils affirment être libres de pouvoir le faire.
A Maurice, une jeune République, le vote blanc n?est pas reconnu. Et, au nom des valeurs fondamentales de la République, il devrait l?être. En Belgique, qui n?est pas une république, l?abstention est sanctionnée par une amende et le vote blanc est comptabilisé au profit du parti qui a récolté le plus grand nombre de voix. Cela étant dit, voter blanc est définitivement un choix. Mais il est celui du ?peut-être?, du ?ni oui, ni non?. Il doit pouvoir exister mais il ne doit ni ne peut devenir la norme. Car voter, c?est surtout dire oui ou non. C?est franchir le pas et accepter de le faire, en connaissance de cause, de porter son choix sur un bulletin et de l?assumer. Or, on a trop souvent tendance, ces jours-ci, à confondre protestation et rejet, compromis et trahison, négativisme et nihilisme. Le choix c?est un acte résolu, volontaire. Le vote c?est un acte binaire. C?est se jeter à l?eau lorsqu?il y a un homme à la mer ou rester sur le bateau. Mais ce n?est en aucun cas se lancer dans une théorie sur la nécessité de se jeter ou de ne pas le faire. L?alternative n?est pas le choix du vide.
Il y a deux possibilités, pas trois. Cela se résume par oui ou par non. Chacun devrait être libre de son choix. Mais le plus dur c?est de le faire, ce choix, justement. Et en République, il y a aussi la notion d?engagement. Un engagement net, pas flou. Bref, une décision courageuse. Alors, votons.
Sans faire semblant.
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