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Les rouges électriques
Rose-Belle, 17 heures. Alors que Zul Ramiah chante sa désillusion de militant, les partisans du Parti travailliste font lentement leur chemin vers la place du marché. Certains en groupes, insolents ou souriants, d?autres en solo bavardant avec ceux qu?ils reconnaissent dans le cortège ou même avec ?les étrangers?. Car hier, tout le monde avait un point commun ? leur allégeance politique ? et une mission, ?fou bann la deor?. Ils étaient à peu prés 3 000.
18 heures. Deux des candidats de la circonscription n° 11 font leur entrée. Arvin Boolell, présenté comme ?le roi de la circonscription? et Rajesh Jeetah, celui ?par qui a débuté le vent de changement? descendent d?un 4x4. Pétarades et applaudissements. La gaieté est de mise.
19 h 00. L?excitation est à son comble : Navin Ramgoolam, le leader du Parti travailliste, fait son entrée. Les manifestations de joie et d?exubérance des partisans ne sont aucunement affectées par les deux heures de non-stop show. On se croirait presque au rallye de la victoire.
Mais on n?en est pas là et les différents orateurs en ont bien conscience. C?est pourquoi il faut ?travailler avec discipline, ardeur et humilité pour creuser l?écart entre nous et eux?, dit Arvin Boolell à son audience. C?est aussi pourquoi un film a été projeté sur écran géant. La voix off est très sobre et parle de pertes d?emplois, de chômage, de l?augmentation du coût de la vie, de la pauvreté, du gaspillage (notamment à l?occasion de la conférence Small Islands Developing States - SIDS), du law and order, de la violence, du grand capital, et appelle finalement au changement. La musique qui accompagne le texte souligne la ?gravité de la situation?.
<B>?Margoz dan sampayn?</B>
Navin Ramgoolam explique à son public surchauffé qu?il ne s?agit pas seulement de remplacer Bérenger par Ramgoolam, mais de ?pren ou destin dan ou lame?. Il rappelle qu?il était lui aussi en alliance avec Paul Bérenger et qu?il a pris la pleine mesure de la ?trahison de Bérenger. Akoz samem monn met prinsip avan pouvwar.? Il dit qu?il est temps d?en finir avec ?ce gouvernement qui agit comme si l?Etat était sa propriété privée. Aster la, nou pou met margoz dan zot sampayn roze ek nou fer zot bwar li?. Ramgoolam fait un appel à ceux qui ne sont pas nécessairement d?accord avec son idéologie : ?Kapav ena bann diferans ant dimounn me kan ena dife kot voisin, ou bizin al donn enn koudme tegn li. Fer kouma Sookdeo Bissoondoyal ti fer kan li ti ed SSR ek Abdool Razack Mohamed.? L?aspirant Premier ministre reprend encore une fois son engagement. ?Ce n?est pas chose facile mais je vous donne la garantie que je changerai votre vie dans les 100 premiers jours. Je peux le faire parce que j?ai une équipe avec une vision?, conclut-il.
Arvin Boolell, député au n° 11 pendant 19 ans, se dit outré par l?épisode de la présence de Lady Jugnauth .?La femme du garant de la Constitution. Si li desan, nou osi nou desan ek nou dir li li na pa gayn drwa moral fer kampayn.? Pour lui, cela fait un tort immense à la démocratie, mais il est d?avis que c?est parce que ?la famille Jugnauth est en voie de disparition?. Les autres orateurs n?ont par ailleurs pas manqué de critiquer la démarche de Lady Jugnauth.
Rajesh Jeetah, très en verve, a parlé du gaspillage du gouvernement. ?Si ou get sa rapor lodit la, ou envi donn zot enn kout baton?, dit-il en faisant rire son auditoire. Sutyadeo Moutia, le troisième candidat, a été très critique envers Pravind Jugnauth. ?Li na pa mem konn sa sirkonskripsion la. Pinokio ek so lekip pou al en deor brizan ek sa tsunami kinn leve la?, a-t-il dit. Les autres orateurs étaient Yasdev Jeelall, Anil Bachoo, Yousuf Mohamed, Madun Dulloo, Lutchmeeparsad Ramsewok et Kailash Purryag.
L?indiscipline de quelques partisans très agressifs était évidente : ils s?en sont pris à la police (pouvwar pe vinn dan nou lame) de même qu?aux journalistes (ekrir la verite sinon pou gayn problem). Les menaces étaient entrecoupées de gorgées de boissons alcoolisées.
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