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La violence sexuelle

11 mars 2005, 00:00

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Une campagne de prévention de la violence contre les enfants doit rappeler que celle-ci peut être physique, sexuelle ou psychologique. Il faut garder à l?esprit que toute violence physique ou sexuelle comporte aussi un aspect psychologique.

La violence sexuelle est la plus difficile à cerner. Elle a longtemps été ignorée, comme tous les sujets tabous. Aujourd?hui, on en parle de plus en plus et les pédophiles sont même identifiés, poursuivis et condamnés. Il faut se poser des questions sur les meilleures stratégies possibles pour prévenir de telles violences, ou tout au moins pour prévenir d?autres formes de violence à l?encontre des victimes, y compris la récidive.

Ce type de violence prend plusieurs formes. Pour les tout petits enfants il s?agit le plus souvent d?attouchements. L?adulte ou quelquefois un enfant plus âgé touche le sexe de l?enfant ou l?incite à manipuler son sexe à lui. Ce type d?activité peut ne pas laisser de traces physiques et plus l?enfant est petit, moins l?acte sera détecté à moins de prendre l?auteur en flagrant délit.

Les plus grands peuvent aussi être victimes de viol, d?attentat à la pudeur, de sodomie ou d?inceste. Tous ces actes sont punis par le Code pénal, encore que les définitions de la loi laissent souvent à désirer. On considère que quelqu?un qui attente à la pudeur d?un jeune de moins de 12 ans ne peut plaider le consentement de ce dernier car à cet âge, un enfant ne comprend pas les conséquences de cet acte. Le même principe s?applique pour les relations sexuelles. L?âge du consentement à l?acte sexuel est de 16 ans. On estime aussi qu?un handicapé mental ne peut consentir à l?acte sexuel.

Le législateur a aussi créé un délit appelé ?sexual offence?. L?article 14 du ?Child Protection Act? vise la prostitution ou l?accès à un lieu où elle se pratique. Il définit aussi l?abus sexuel comme un délit commis lorsqu?un enfant a pris part, volontairement ou non, à n?importe quel acte de nature sexuelle pour le plaisir d?un autre. Ce texte mentionne la pornographie et les activités obscènes ou indécentes. Cet article parle aussi de n?importe quel type d?exploitation.

Le problème particulier des agressions sexuelles, c?est que l?approche juridique, judiciaire et pénitentiaire est loin de constituer une véritable solution, même si elle est nécessaire. S?il s?agit d?un commerce sexuel, la répression est inévitable pour ceux qui tirent un gain financier d?une telle exploitation.

Mais quand il s?agit d?un acte individuel, l?approche doit être plus nuancée. Toutes les recherches dans ce domaine montrent qu?il faut mettre l?accent sur une prise en charge médicale appropriée, y compris une thérapie pour la victime aussi bien que l?auteur.

Certains préconisent même que ce dernier renforce la ?guérison? de sa victime en reconnaissant ses torts, en prouvant qu?il regrette et qu?il accepte de se faire soigner. Il semblerait que dans de nombreux cas, on peut réhabiliter quelqu?un qui a une pratique sexuelle déviante. Il n?est donc pas exclu que l?agresseur entreprenne volontairement une thérapie appropriée, même en prison. Souvent il s?agit aussi d?une thérapie de groupe car l?emprisonnement pur et simple ne fait que mettre l?auteur à l?écart pendant un temps limité.

A ce sujet, il faut rappeler une fois de plus que s?il est vrai qu?un prévenu, considéré comme innocent tant qu?il n?a pas été condamné, a des droits, sa remise en liberté en attendant le procès devrait quand même être assortie de certaines conditions. Notamment une interdiction formelle d?approcher la victime ou de lui adresser la parole, sauf si c?est pour demander pardon. Auquel cas il faut préparer cette rencontre avec l?aide de psychologues.

Tout procès dans ce domaine doit avoir lieu dans des délais raisonnables. Surtout lorsque la victime est un enfant. La prévention, c?est aussi d?empêcher une récidive ou une réaction qui pourrait aggraver le traumatisme de la victime.

Par ailleurs, les enfants doivent pouvoir déposer selon des procédures recommandées par les spécialistes. La meilleure adoptée jusqu?ici consiste à faire déposer l?enfant aussitôt après le délit et dès qu?il est prêt. Il le fait devant des caméras en présence de psychologues et de représentants de l?accusation. Il est aussi contre-interrogé par l?avocat de la défense et c?est l?enregistrement de son témoignage qui sera ensuite utilisé devant les tribunaux. Cela évite de lui faire répéter sans cesse un récit qui est douloureux pour lui. Cette méthode n?est toujours pas appliquée à Maurice.

Sur ce plan, l?attitude des enquêteurs de la police, des médecins légistes, des autres professionnels appelés à travailler avec la victime doit être adaptée afin de préserver au mieux les intérêts de l?enfant.

Aujourd?hui les victimes de violences sexuelles risquent la contamination par le virus HIV. Un test est fait. A cet égard, nous avons demandé que la prise de sang de la victime se fasse en une seule fois pour tous les tests nécessaires. Et que les victimes et/ou ceux qui en sont responsables lorsqu?il s?agit de mineurs, soient informés des tests et autres interventions médicales pratiquées.

Mais comment peut-on espérer lutter contre les agressions sexuelles ? Comme nous savons que les auteurs sont souvent eux-mêmes victimes de toutes sortes d?abus, il s?agit de travailler à plusieurs niveaux. Il faut ?uvrer pour combattre les carences affectives dont souffrent trop d?enfants. Il est prouvé que cela affecte leur comportement plus tard dans la vie. Il faut briser le cercle vicieux qui fait que certaines victimes de violence, y compris sexuelle, ne peuvent pas s?empêcher de reproduire ce comportement.

La majorité des victimes sont de sexe féminin. Il faut donc continuer à aider les très jeunes filles afin qu?elles sachent dire non, même à ceux avec qui elles ont une relation amoureuse. Souvent elles ne sont pas prêtes, et elles sont victimes de pressions.

Enfin, il faut arriver à faire passer le message que l?acte sexuel est un acte d?amour porteur de vie. Et qu?au contraire la violence sexuelle correspond à des pulsions de mort. D?où l?importance d?une éducation sexuelle saine qui aborde ces aspects-là sans s?attarder inutilement sur des détails scientifiques ou techniques..

<B>par Shirin AUMEERUDDY-CZIFFRA</B>

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