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Le blues de Bert

12 février 2005, 20:00

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Il galère depuis plus de deux ans. Pourtant, les résultats parlent d?eux-mêmes : une augmentation de Rs 4,2 milliards des revenus douaniers en trois ans. Mais Bert Cunnigham n?a pas pour autant le c?ur à la fête. « Je doute que les mesures prises pour la réforme puissent survivre après mon départ? », murmure-t-il. Il ne lui reste en effet que neuf mois pour boucler la réforme de la douane.

À l?origine de ce pessimisme, il y a la mauvaise foi avec laquelle ces résultats ont été accueillis, signe de la résistance qui perdure. Comment apporter des changements durables s?il n?y a pas une volonté commune ? Il y a aussi ces mauvaises habitudes qui menacent de refaire surface. Ces obstacles, il suffit d?une journée à la douane pour se rendre compte de leur existence.

<B>Personne n?échappe aux règles</B>

C?est par une voix que l?on est, d?emblée, accueilli à l?IKS Building au nord de Port-Louis, où se trouve le quartier général des douanes. Une voix grave, assurée qui nous prend à la gorge. C?est celle de Toolsyraj Benydin, le syndicaliste qui n?a jamais déposé les armes face à Cunningham. « Ne tombez pas dans le piège de Bert Cunningham. Il fait de la propagande, lance-t-il. Il fait croire que c?est grâce à lui seul que des progrès ont été accomplis à la douane. Si les revenus ont augmenté ces deux dernières années, il ne faut pas l?attribuer, comme il semble vouloir le dire, qu?à la lutte contre les fraudes. »

Le syndicaliste relève alors, comme l?a fait avant lui le porte-parole économique du Parti travailliste, l?importation de voitures d?occasion, les changements des prix, la croissance pendant l?année, comme autant de facteurs responsables de ces chiffres fort honorables. Mais Bert Cunningham n?en démord pas. Ces revenus ont augmenté essentiellement en raison des changements apportés au mode de fonctionnement.

L?autre obstacle surgit au gré d?une confidence des Customs Clerks. La procédure reste trop lente. « Comment voulez-vous que les gens ne soient pas incités à recourir à toutes sortes de moyens pour faire avancer votre dossier, vu la lenteur avec laquelle certains douaniers exécutent leurs tâches ? C?est vrai que le personnel manque », se plaint un douanier.

Mais partout, une certaine rigueur, un environnement clean sont visibles. Les douaniers font même du zèle. Au détour d?un couloir, trois membres d?une compagnie de transitaires exigent à cor et à cri un rendez-vous avec Bert Cunningham. « C?est urgent. Nous avons été injustement mis à l?amende pour une erreur sur un document. Nous avons été ni plus ni moins traités comme des fraudeurs. Cette tendance à voir dans les opérateurs des fraudeurs potentiels va causer d?énor-mes préjudices tant aux opérateurs, aux importateurs qu?aux investisseurs », lance-t-il. Le problème sera réglé en quelques minutes. Mais il illustre une attitude : personne n?échappe aux règles.

Les règles de sécurité traduisent aussi une certaine transparence : un registre que le visiteur doit signer à l?entrée pour se voir remettre un macaron, pas de téléphone portable, un contrôle policier ici et là. Autant d?étapes à franchir avant d?atteindre le saint des saints, la porte du bureau du receveur, située à côté de celle de la Flexible Anti-Smuggling Team, une unité créée pour lutter contre la contrebande et les fraudes commerciales.

Face à notre regard appréciateur, Bert Cunningham dresse la liste des modifications apportées : des bureaux individuels et climatisés, une nouvelle organisation du travail qui permet aux douaniers de réceptionner les documents sans entrer en contact direct avec le public, l?achat prochain de scanners pour l?inspection électronique des marchandises tant au port qu?à l?aéroport, ou encore l?introduction d?un nouveau système informatique pour la gestion des procédures douanières.

C?est là le gros morceau. Toutes les données y sont réceptionnées, traitées et redistribuées aux destinataires appropriés par ordinateurs. Les compagnies qui traitent avec la douane sont reliées au système informatique.

<B>Un environnement amélioré</B>

Un centre de formation se trouve au Dragon Building. Il est destiné aux em-ployés de la douane, du bureau de l?impôt et du bureau de la TVA. Une centaine de fonctionnaires sont formés tous les mois. Et ils ne restent pas insensibles à cette attention. « Il y a encore des choses à améliorer. Les bureaux sont trop exigus par exemple. Il n?y a que sept chaises pour un personnel de 12 personnes, mais on travaille avec beaucoup plus de sérénité », reconnaît l?un d?eux.

Mais Bert Cunningham ne peut pas se défaire d?un certain pessimisme, malgré ces phrases encourageantes des employés. « Certaines mauvaises habitudes ont presque disparu. Mais je crains qu?une fois que je serai parti, elles reviennent en force sans une volonté de soutenir leur développement et leur évolution dans le temps », dit-il.

Son espoir, c?est la Mauritius Revenue Authority. « La mission qui incombe à la Mauritius Revenue Authority, qui regroupe les agents qui collectent les revenus de l?État sous un seul chapitre, est immense. Les réformes sont incontournables. La MRA a une chance unique de faire en sorte que les employés soient recrutés parmi les meilleurs éléments et qui sont susceptibles d?être efficaces et efficients. »

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