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Sunita victime des sentiers de la perdition
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Sunita victime des sentiers de la perdition
C?est dans l?indifférence totale que la nouvelle du meurtre sordide de Sunita, 35 ans, a été accueillie à Laventure, tôt mercredi. Dans ce petit village de l?Est, nul n?a été surpris par la triste fin de la fille prodigue de la famille Mourchaparsad.
La veille au soir, celle qu?on surnommait Helen ? sobriquet inspiré de cette actrice indienne sexy des années soixante-dix qui ne jouait que des rôles de vamp ? a été tuée à coups de tuyau par Claudio Soopramanien, 35 ans,son concubin, à Riche-Terre.
Cela faisait bien dix ans qu?on n?avait plus entendu parler de Sunita dans ce coin perdu. Orpheline de père, elle menait sa vie comme elle l?entendait, sortait avec qui elle voulait, s?attirant les foudres d?une communauté très conservatrice. « So lavi disco net, li ti ti vilger, li ti zoure, li ti provokan », s?indigne un proche. « Li pa ti konn gard so loner », martèle, quant à elle, la mère de Sunita.
<B>Une femme rejetée par tous</B>
La défunte s?invitait aux veillées de tous les mariages, se déhanchait sans complexe sur la piste de danse et flirtait avec les jeunes gens, d?où son pseudo d?Helen. Pour corser le tout, l?ouvrière textile s?est retrouvée enceinte sans avoir été mariée. Là-bas, être mère célibataire, c?est pire que d?attraper une maladie mortelle.
Sunita fera encore parler d?elle en faisant une tentative de suicide sur fond de dispute avec sa mère. Cette dernière lui ayant refusé sa part d?héritage à cause de sa vie dissolue, Sunita s?est aspergée de kérosène avant d?y mettre le feu.
Heureusement, elle a survécu à ses graves brûlures. Mais elle n?en pouvait plus des regards qu?on lui jetait. Elle se sentait rejetée par tous. Voilà comment un beau jour, ellabandonne son enfant encore en bas âge, pour s?enfuir avec un jeune du village, Vinay Dhunnoo, qui était fou amoureux d?elle.
Mais les Mourchaparsad ne digèrent guère cet énième écart de conduite. Ils renient leur fille. Et désormais chez les Dhunnoo, le nom de Vinay ne doit plus être prononcé.
« Il a porté atteinte à l?honneur de la famille en se mettant en ménage avec une fille-mère qui avait six ans de plus que lui », explique un proche. Le cadet des frères Dhunnoo n?aura pas non plus droit à sa part d?héritage.
Mais envers et contre tout, les amoureux s?installent dans un chassé à La Marie. Vinay vient d?y obtenir un emploi comme gardien. Au milieu d?une flore luxuriante, ils s?aiment, loin des regards méprisants des leurs. De leur passion naissent trois fils maintenant âgés de 4, 6 et 7 ans. Mais leur existence est alors loin d?être idyllique car ils vivent dans le dénuement total. Vinay et Helen quitteront La Marie en 2001 pour s?installer à Calebasses, puis à Pamplemousses. Vinay tente de gagner sa vie comme maçon, mais il lui est très difficile de nourrir toutes ces bouches. L?argent qui manque ne fait pas le bonheur du couple. Et les ennuis ne font que commencer. Vinay soupçonne en effet sa compagne de lui être infidèle. Écrasé par le doute, il se pend en juin dernier.
Jambes brisées, bras cassés et fracture du crâne« Linn suiside akoz so fam ti pe amenn move lavi », déclare un membre de la famille Dhunnoo. Vinay aura droit à des funérailles, mais sa famille n?a pas fait grand cas de ses trois enfants et de la mère de ces derniers. Sans le sou et sans soutien, Sunita emménage alors dans la pitoyable case en tôle de Claudio Soopramanien, un homme qu?elle a rencontré pendant qu?elle mendiait pour nourrir ses enfants. Claudio ne travaille pas. Il vivote grâce à sa pension d?invalidité qu?il touche de la Sécurité sociale, car il souffre d?un ulcère au talon d?Achille. Mais comme cette allocation ne suffit pas, il vole pour subvenir à ses besoins.
La case dans laquelle il vivait avec Sunita et ses trois enfants fait plutôt penser à une niche. Elle fait deux mè-tres de long sur un mètre cinquante de large. Les enfants dormaient sur un matelas sale, alors que les adultes se couchaient à même le sol, sur des vêtements. Et pour corser le tout, la boue et la saleté sont omniprésents.
Nul ne se serait douté de la présence de cette « maison » misérable, dissimulée derrière une haie d?arbustes épineux, en bordure des champs de canne sur la route ralliant Baie-du-Tombeau à partir de l?hypermarché Jumbo.
Les enfants n?allaient plus à l?école. Sunita mendiait et tapinait parfois aux abords de l?hypermarché pour faire bouillir la marmite. Mardi soir, à la veille du Nouvel An chinois, elle s?est rendue, comme d?habitude près du centre commercial.
À son retour vers 21 heures, Clau-dio fulmine. Il voit rouge. Il a déjà plusieurs verres de rhum à son palmarès. Il n?apprécie pas qu?elle vende son corps et le lui fait comprendre. Une dispute éclate entre les deux et, dans sa rage, Claudio se saisit d?un morceau de tuyau en fer. Il frappe sa compagne jusqu?à ce qu?elle ne respire plus? sous les yeux de ses enfants !
Jambes brisées, bras cassés et fracture du crâne sont répertoriés par le médecin légiste Sudesh Kumar Gungadin, qui attribue le décès d?Helen à ces multiples blessures.
Prenant peur en constatant la mort de Sunita, vers 23 heures, Claudio tente de maquiller le crime en agression. Il déshabille la malheureuse et lui met de nouveaux vêtements avant d?alerter la police en leur téléphonant d?une cabine de l?hypermarché Jumbo.
Les enquêteurs trouveront le corps de sa concubine couvert de blessures, sur l?unique matelas du couple. Et c?est un voisin handicapé qui leur révélera qu?ils avaient eu une dispute un peu plus tôt.
Claudio passera finalement aux aveux lors de son interrogatoire par l?équipe de l?inspecteur Bhojesh Domun de la brigade criminelle de Terre-Rouge. Alertée par les policiers choqués par l?état dans lequel se trouvaient les enfants de la victime, la Child Development Unit (CDU) les a pris en charge, en attendant de savoir si les proches de Vinay et d?Helen veulent bien d?eux.
Mais vendredi, ni les Mourcha parsad, ni les Dhunnoo ne souhaitaient récupérer les enfants. Encore moins le cadavre d?Helen pour lui offrir des funérailles. « Nu pas pu pran lekor. Nou pas truv sa nesesser, nunn dir lapolis nu pas pu pran sarz », confie sa vieille mère.
<B>Les enfants sont les grands perdants</B>
Elle ne veut pas non plus des enfants d?Helen « ayant déjà son premier enfant, aujourd?hui âgé de seize ans, sous sa responsabilité ». Les Dhunnoo sont par contre « disposés à payer quelqu?un qui serait prêt à les élever », mais ils ne veulent pas pour autant les accueillir chez eux. Des grands-oncles et des grandes-tantes expliquent « ki pli tard nwa gete parski gouvernma pou nourri zot ».
« Bien triste, bane zoli zanfan. Kan Vinay ti mor nou ti dir fer adopte zot mais personn pann fer narien, aster zot pena personn », déplore un cousin de Vinay. Ni les Dhunnoo, ni les Mourchaparsad ne sont prêts à leur pardonner leur escapade d?il y a dix ans. Pour les premiers, c?est Sunita qui a causé la perte de Vinay, pour les seconds, elle était déjà morte pour eux depuis bien longtemps.
En fin de compte, Vinay suicidé et Helen tuée, ce sont leurs enfants qui sont les grands perdants de la tourmente qu?a été la courte existence de leurs parents.
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