Publicité

julien bergue à la conquête de l?hôtellerie

12 février 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Que l?on ne se fie pas à son allure d?ado? Julien Bergue est, à 25 ans, doué d?une étonnante gravité. C?est sans doute ce trait de caractère, qui, allié à bien d?autres, lui a permis de se retrouver à la tête du Calodyne-sur-Mer depuis un an et demi. Cet établissement, dont les actifs appartiennent à l?Employees? Welfare Fund (EWF), donc à l?Etat, est géré depuis trois ans par le groupe Villas Caroline.

Etre Resident Manager implique d?énormes responsabilités. Cela signifie non seulement régir toutes les opérations des 57 bungalows du complexe, celles de son restaurant et de sa salle de conférences, mais aussi gérer les états d?âme des 110 employés nettement plus âgés que lui. Cela sous-entend aussi ne respirer que pour cet hôtel. Des sacrifices que consentiraient bien peu de jeunes aujourd?hui. Et pourtant, Julien Bergue ne les trouve pas pesants. «J?étais en quête de défis. A Calodyne-sur-Mer, j?ai été servi», dit-il, avec un brin de dérision.

Son attrait pour l?hôtellerie remonte à l?enfance. Ce Curepipien, benjamin d?une famille de quatre enfants, séjourne au Morne durant ses vacances scolaires et fréquente l?hôtel Le Méridien, fleuron du groupe Beachcomber. Il est impressionné, non seulement par le cadre enchanteur, mais aussi par le sens du service des employés. C?est à partir de là qu?il rêve d?être un jour grand hôtelier.

Pour en être sûr, il doit mettre un pied à l?étrier. Dès l?âge de 16 ans, il fait régulièrement des stages dans le service de restauration de ce cinq-étoiles. Il débute en cuisine comme plongeur.

«Je voyais mes copains aller s?amuser tandis que moi, j?étais levé aux aurores pour être à l?hôtel à 6 h 30 et n?en sortir qu?à minuit. Malgré les contraintes, j?aimais cela.»

Julien Bergue est si pressé d?entrer dans la vie active qu?une fois sa Form V terminée au collège St Joseph, il s?inscrit à l?Ecole hôtelière pour une formation en Rooms Division. En parallèle, il étudie pour obtenir son General Certificate of Education. Ses diplômes en poche, il prend son courage à deux mains et téléphone pour obtenir un rendez-vous avec Herbert Couacaud, Chief Executive Officer de Beachcomber, homme qu?il n?a jamais vu de sa vie. «C?était culotté mais j?ai osé et cela a été payant puisqu?il a accepté de me recevoir.»

Au cours de l?entretien, il fait valoir son expérience du métier et met surtout l?accent sur son désir de faire carrière au sein du groupe Beachcomber. Son vis-à-vis décide de lui donner sa chance, l?envoyant comme stagiaire en management à l?hôtel Trou-aux-Biches. Le courant passe immédiatement entre lui et le directeur de cet établissement, Michel Daruty, connu pourtant pour sa grande exigence. Julien Bergue se voit confier bon nombre de tâches dans les opérations et ventes. Responsabilités dont il s?acquitte sans faillir pendant trois ans.

Il est à un moment question de le dépêcher aux Seychelles pour l?ouverture d?un hôtel du groupe, mais cela n?aboutit pas. A la place, il est envoyé comme stagiaire en management à l?hôtel Shandrani, où le volume d?hébergement est plus conséquent. Si la nature du travail lui plaît, tel n?est pas le cas pour les relations professionnelles.«J?ignore pourquoi, mais au Shandrani, l?ambiance était moins conviviale qu?au Trou-aux-Biches. Pourtant, la direction de cet établissement dépensait gros pour renforcer l?esprit d?équipe et améliorer le bien-être de son personnel.»

?Il faut du savoir-vivre?

Il s?accroche car il n?oublie pas les propos d?un de ses aînés côtoyés à l?hôtel Trou-aux-Biches.

«Cet homme disait : si un jour tu veux quitter l?hôtellerie, évalue ta motivation. Tu réaliseras alors que ce n?est pas en raison de la nature du travail mais à cause de relations humaines pourries. Il avait raison.»

Au bout de huit mois, Julien se laisse débaucher par le groupe Villas Caroline qui a repris la gestion du Calodyne-sur-Mer, un établissement trois étoiles mais qui veut offrir des prestations de qualité supérieure. Après un mois comme Rooms Division Manager, il est promu responsable des opérations et finalement Resident Manager. Julien Bergue est ravi car cela lui permet de faire ses preuves à un poste qu?il a toujours convoité. Ensuite, il est entouré d?une équipe aussi jeune que lui ? le Food and Beverages Manager a son âge et les autres managers moins de 40 ans ? où le chef et les responsables du restaurant et de l?hébergement ont une longue expérience dans des cinq-étoiles. «Ce qui fait que nos prestations sont de qualité supérieure et notre rapport qualité prix très compétitif.»

Le plus grand défi pour lui s?avère de diriger un personnel plus âgé, «de 20 ans mes aînés parfois» et de leur faire regarder dans une seule et même direction, celle de l?excellence. «Cela a pris du temps. Mais on y est arrivé, même si cela ne finit jamais.»

Il reconnaît aussi que les procédures sont plus longues quand il s?agit de négocier avec l?Etat. «Cela dit, nos suggestions sont très bien accueillies jusqu?ici. Nous avançons lentement mais sûrement dans un bon esprit de collaboration.»

Il s?intéresse aussi au plan directeur sur l?aviation de Netherlands Airport Consultants qui juge le prix des chambres d?hôtels trop élevées. Un avis que Julien ne partage pas. Selon lui, ce sont les tarifs des transporteurs qui sont onéreux. «Quand on examine le package sur Maurice, on note que c?est surtout le coût du billet d?avion qui est élevé.» Il estime que la solution résiderait dans l?ouverture du ciel pour permettre une plus grande compétition au niveau des compagnies d?aviation. Ce qui aurait aussi pour résultat une plus grande ouverture des marchés pour les hôteliers.

Julien Bergue juge également insuffisant le budget alloué à la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). «L?industrie hôtelière est déjà suffisamment taxée comme cela. Si les grands groupes ont les moyens de financer leurs pubs à l?étranger, ce n?est pas le cas des petits établissements. C?est à la MTPA d?y remédier. Il faudrait doubler son budget. En parallèle, le gouvernement devrait penser davantage à la préservation de l?environne- ment car autrement, le tourisme en souffrira sur le long terme.»

Julien Bergue encourage les jeunes à lui emboîter le pas. Mais sous certaines conditions. «Beaucoup sont intéressés, mais ils veulent tout avoir sur un plateau, sans avoir à se salir les mains. C?est impossible. Un diplôme seul ne fait pas l?hôtelier. C?est un tout. Il faut avoir une bonne personnalité, du savoir-vivre, de la rigueur, un sens du sacrifice, du leadership et un ego dégonflé», déclare-t-il en perdant du coup son sérieux. «Il faut être marié à l?hôtellerie ».

Maintenant qu?il a atteint le but qu?il s?était fixé, son autre objectif est de se prouver hors des frontières mauriciennes. Avec l?expérience déjà acquise, cela ne devrait pas être trop difficile?

Publicité