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Une adolescente désorientée réussit la ?Form V? et passe en HSC
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Une adolescente désorientée réussit la ?Form V? et passe en HSC
Bien malgré elle, Sharon détonne parmi les 12 internes de la maison du Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (Cedem), tant par sa manière de se vêtir que par sa façon de s?exprimer. Peut-être est-ce dû au fait que, contrairement aux autres enfants, elle n?a été ni abandonnée, ni battue, ni mal nourrie et encore moins abusée sexuellement. Son calvaire était d?une autre nature.
Ses parents se séparent alors qu?elle n?a que deux ans. Sa s?ur a quelques mois. Un parent émigre. L?autre, qui obtient de facto leur garde, assure simplement leurs besoins élémentaires. On est loin du respect des droits de l?enfant tels que décrits par la Convention. Comme les ponts ont été coupés avec leur famille élargie, Sharon et sa s?ur n?ont personne vers qui se tourner. Et quand elles tentent de communiquer, elles se heurtent à un mur d?incompréhension.
Une vie meilleure à l?étranger
Elles grandissent ainsi, leur univers n?étant troué que par une unique fenêtre : l?école. Si leurs performances académiques sont au départ correctes, elles finissent par faiblir. Croyant que leur vie sera meilleure à l?étranger, elles rejoignent leur parent qui s?y trouve. Elles déchantent rapidement. Sur l?échelle de l?insupportable, elles ont trouvé pire.
Elles parviennent après plusieurs mois à rentrer au pays. Elles réintègrent leur foyer. Mais les rapports s?enveniment. L?école est pour Sharon une échappatoire. Cependant, elle ne peut se concentrer sur ses études. Elle réussit à se hisser jusqu?en Form V, mais ses performances sont médiocres. Sa première tentative aux examens de School Certificate (SC) se solde par un échec, même si elle réussit en informatique et en langues.
Sharon est à bout. Désorientée, elle va craquer. Son parent, pas outillé pour comprendre ses faiblesses, consulte la Child Development Unit (CDU). Convoquée par cette instance, Sharon vide son sac. Placée dans un premier temps dans l?abri de Forest-Side, Sharon côtoie d?autres adolescentes et réalise qu?en comparaison de leurs problèmes, elle est mieux lotie.
Son désir de refaire sa Form V naît de la performance réussie d?une des filles à cet examen. Mais pas seulement. ?Quand j?ai réalisé qu?une adolescente de mon âge était analphabète, je me suis dit que je ne voulais pas finir comme elle. Il fallait que je refasse la Form V.? Elle en parle à la directrice de l?abri. Voyant que Sharon veut vraiment retenter l?expérience, Sheila Baguant la met en contact avec Rita Venkatasamy, éducatrice spécialisée, fondatrice des écoles du Cedem et consultante de la maison du Cedem.
Elle veut apporter sa contribution
Celle-ci fait des démarches pour qu?elle intègre la maison du Cedem de Floréal. Là, pour la première fois, Sharon peut étudier en toute quiétude et s?épanouir. ?J?y ai tout reçu?, dit-elle. ?Tant en termes d?affection, d?attention, d?encadrement que de liberté de pouvoir m?exprimer et d?être écoutée. Ici, on m?a traitée comme une enfant normale.?
Sharon reprend alors le chemin de l?école, même si cela signifie se lever aux aurores pour être à l?arrêt d?autobus, et regagner la maison à 17 heures. Elle s?applique. Sa deuxième tentative aux examens de SC réussit, même si elle n?obtient que ?trois credit et un pass?.
A la dernière minute, le ministère de l?Education l?informe qu?elle peut suivre la Form VI à la State Secondary School Colline Monneron à Port-Louis. Elle opte pour l?informatique, le français et les mathématiques comme matières principales.
Son séjour au Cedem lui a permis de se découvrir un certain talent en dessin, matière qu?elle décide d?étudier au niveau subsidiaire. Lundi était son premier jour d?école. Elle a adoré.
La jeune fille est aujourd?hui déterminée à réussir son Higher School Certificate. ?Pour que je sois fière de moi et que les gens qui m?aiment le soient aussi.? Même si le Cedem a favorisé de meilleurs échanges entre son parent et elle, elle ne se voit pas regagner le toit familial. ?Ma place est ici.?
Sharon veut faire carrière dans l?informatique. Mais elle veut aussi apporter sa contribution au Cedem qui a tant fait pour elle. ?Tout ce que j?ai reçu, je veux le redonner aux autres enfants qui passeront par le Cedem?. De déboussolée, la voilà avec un avenir tout tracé?
LA MAISON DU CEDEM
Nouveau départ pour enfants maltraités
■ Après Rivière-du-Rempart, le Cedem a ouvert une deuxième maison d?enfants à Floréal, il y a un an. Sur 50 perches, elle héberge 12 enfants maltraités de cinq à 17 ans, référés par la CDU. Son objectif est de leur permettre de prendre un nouveau départ dans la vie. Ceux qui peuvent poursuivre leur scolarité sont encouragés à le faire. Les autres ayant besoin d?une éducation spécialisée la reçoivent.
La maison fonctionne comme une maison normale. Des sorties sont régulièrement au programme. Les enfants sont également incités à développer leur créativité par la musique, la danse, le dessin, les travaux de couture et de broderie. Un atelier a été aménagé pour que les jeunes internes puissent s?y spécialiser et être autonomes, lorsqu?ils s?en vont à 18 ans. Le Cedem a été fondé par Rita Venkatasamy, qui a déjà à son actif la création d?écoles spécialisées, pré-primaire et primaire, à Vacoas. Cette organisation non gouvernementale est dirigée par Shenaz Hossensaeb, assistée d?Ajay Bala.
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