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Cherche héros
Il y va de la lutte contre le trafic de drogue comme de beaucoup de nos problèmes. Les données et les projets que nous avons sur la question sont inversement proportionnels au nombre d?actions réellement prises. Les stratégies sont dessinées depuis longtemps, mais elles se traduisent en actions au pas de tortue. Absence de coordination des services concernés ? Obstacle administratif ? Problème financier ? Les causes sont multiples. Le remède à cela, c?est peut-être les citoyens qui l?ont.
Il a fallu en effet que Batterie Cassée et Cité Kennedy, déjà bien actives dans leur engagement contre le trafic, gueulent, pour que soit faite l?annonce de l?ouverture du centre national de désintoxication (censé être prêt depuis la fin de l?année dernière) et pour que l?on se rende compte qu?il faudrait quelques millions de plus pour le rouler. Il y a fort à parier que sans le coup de Jarnac de la communauté, les autorités se seraient assoupies sur le plan d?action. Le résultat auquel est en train de mener cette colère des banlieues contre le relâchement de la surveillance cache une belle leçon qui devrait inspirer notre quotidien.
Car la responsabilité de l?espace collectif, c?est bien celle du citoyen. Sa liberté d?aller et venir sans regarder au-dessus de son épaule, chaque citoyen a en effet le devoir de s?assurer qu?elle est respectée. Il ne s?agit pas de rendre justice soi-même, mais de refuser de passer son chemin, de rester passif devant tous ceux qui pourrissent, d?une façon ou d?une autre, son environnement. Quand on parle d?insécurité, on réclame bien trop souvent plus de lois, plus d?officiers de police. Et les regards se tournent systématiquement vers les autorités. Mais la participation du citoyen est essentielle à la préservation de la sécurité.
Le réflexe de tout attendre des autorités s?illustrait encore mercredi, dans un incident rapporté à la radio. Une jeune collégienne, en ces premiers jours d?école, s?était fait taquiner à la sortie par des voyous, jusqu?à ce que deux d?entre eux poussent la farce un peu loin et lui manquent de respect. Spontanément, ses parents réclament des policiers à ce point très fréquenté. Ce serait l?idéal, en effet, qu?il y en ait un à chaque coin de rue, les voyous étant partout. Mais le combat contre les incivilités, n?est-il pas l?affaire de tous ? Est-ce normal qu?il ne se soit pas trouvé là un adulte capable de rappeler à l?ordre ces jeunes dés?uvrés, un adulte assez courageux pour ne pas trop s?inquiéter de sa propre sécurité et assez généreux pour sortir de son chemin ?
Courage et générosité, il nous faut des héros du quotidien capables de ces qualités pour que reste la sécurité. Elles doivent inspirer notre quotidien pour que les comportements indélicats ne deviennent pas des attitudes ?normales? et parce que tolérer la petite délinquance, c?est faire le lit de la grande criminalité. La lutte contre l?insécurité repose sur l?engagement de chacun. Ce ne sont pas des lois plus sévères et plus d?officiers qui la feront reculer. Faire que l?espace public demeure vivable changera notre qualité de vie quotidienne bien plus que ces grands discours sur le ?law and order? que l?on nous forcera bientôt à ingurgiter.
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