Publicité
A deux vitesses, l?une à la rame, l?autre au turbo?
Par
Partager cet article
A deux vitesses, l?une à la rame, l?autre au turbo?
En 2002, un opportun cyclone révèle, publiquement, l?état de délabrement honteux du Plaza. Acculées, les ?autorités? décident sa rénovation complète (?), laquelle ne devrait être effective qu?en 2007 ! Cinq ans pour remettre en état de servir l?un des sites les plus prestigieux de notre patrimoine ? Voilà bien un challenge exemplaire.
Durant une période similaire, des promoteurs touristiques sont capables de créer trois ou quatre ensembles hôteliers du rang du Prince Maurice ou du Telfair. Des créations dont la pertinence conceptuelle, la recherche architecturale, l?espace entrepreneurial attestent un ?savoir-faire?, un enthousiasme et une certaine vision du rayonnement de l?île. De même, les efforts consentis pour une nouvelle politique de l?environnement se font tangibles après des décennies de jachère.
Logique de progrès social
Promptement, un ?officiel? analyse le décalage : ?Aujourd?hui, les investisseurs préfèrent capitaliser dans l?hôtellerie plutôt que dans le culturel qui ne rapporte pas grand-chose?? Limpide ! Osons l?informer que le Blue Penny Museum et l?Aventure du Sucre ne datent pas de 1927. Par ailleurs et indéniablement, les pays où le vecteur culturel est constitutif du développement, les entreprises culturelles, de toutes natures, sont florissantes, contribuant à l?économie et à la qualité de vie de la population comme des touristes. Ces ?officiels? et investisseurs-là n?optent pas pour une approche étriquée du fait culturel. Création artistique et patrimoine s?inscrivent dans une logique de progrès social.
Il reste qu?un investisseur mauricien doit posséder un rare sens de l?anticipation pour ?se lancer dans le culturel?. Le fiasco gestionnaire des salles de spectacles, une pédagogie inerte de la créativité, le mépris pour d?authentiques chantiers culturels nationaux n?incitent guère à exploiter ce segment. De plus, quand le grand consultant à la rénovation du Plaza communique sur une ?capsule? pour ?réchauffer des plats à la salle de mariages et autres réceptions?, cela suffit à congeler les capitaux les plus disposés à fertiliser l?expression artistique. Depuis toujours, cette salle adjacente au théâtre perturbe maintes représentations. Que l?on nous annonce sa permanence ?revisitée? est, pour sûr, un signal fort des axes de la rénovation du Plaza ! ?Recréer un tout culturel?, ajoute-t-on, pince-sans-rire ? Une formule vanity-case dont les artistes, techniciens, producteurs, tourneurs, publics mauricien et étranger aimeraient connaître, rapidement, l?exact contenu?
Rénover ce théâtre dans le respect de son identité originelle est un devoir évident. Mais la finalité cohérente de cette rénovation est de créer, à l?île Maurice, la première entreprise culturelle professionnelle aux normes internationales. L?impérative mise à niveau touche à l?ensemble des régies et des locaux techniques (incluant une salle de répétitions polyvalente), à la refonte de l?organigramme des personnels (au statut conforme aux corps de métiers du spectacle et de l?action culturelle), à la qualité de l?accueil (tant en salle qu?en loges), à l?impact d?une communication diversifiée, à l?efficience d?une billetterie et d?un pôle d?abonnements accessibles de toute l?île.
Instruit par l?inanité de la rénovation du Théâtre de Port-Louis et de la calamiteuse gestion qui y a perduré, le Plaza rénové doit se doter d?une administration autonome, spécifique de ce type d?entreprise, avec une véritable direction artistique, rigoureuse et innovante.
Dès lors, au théâtre et à sa périphérie, la programmation des activités peut prétendre répondre aux attentes des créateurs et de tous les publics, comme à générer une nécessaire fiabilité économique.
Un ?tout culturel? que les uns et les autres aspirent à investir avec talent et fidélité en (peut-être) 2007. En attendant, ils choisiront de marcher sur une tortue éveillée pour ne pas prendre, un jour, le risque de poser le pied sur une peau de banane endormie.
JEAN TISSIP
Publicité
Publicité
Les plus récents