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Triton/ Raya
Bonne nouvelle ! Eric Triton et les Otentik Street Brothers ne vont faire qu?un sur la scène du Round Midnight, ce soir dès 21 heures. Ils vont, à leur façon, chanter la créolité dans ce qu?elle a de plus triste et de plus fondamentalement joyeuse. Pour eux, la musique mauricienne est plus vivace que jamais, il ne lui manque qu?une plate-forme pour exister. Rencontre.
La musique mauricienne aurait-elle besoin d?être sauvée ? Non, répondent en ch?ur Eric Triton et Bruno Raya, elle a besoin d?espace pour exister. C?est ainsi que leur Dernier Tamtam 2004, au Round Midnight ce soir, prend tout son sens. Pour l?un comme pour l?autre, la créolité, la culture mauricienne, a besoin de déployer ses ailes. Pour eux, il faut casser pierre à pierre, tous les murs qui enferment notre culture dans des clivages ridicules. «Zordi ki Eric ine sorti enn album en kréol kot Universal en France, avec enn sel chanté en français, li enn preuve ki bann barrière pé coumans tombé,» explique Bruno Raya.
Ce dernier, Dieu du ragga et Eric Triton, ambassadeur du blues créole, sont la preuve que la musique c?est d?abord une question de rythme ou de «vibe». «Vrai lien ragga, c?est le blues. Kouma le blues li exprime malher ek souffrans, le blues c?est rythme ragga qui traduire li mem dans enn cadans ki nou appel le ragga,» explique Bruno Raya. L?histoire du blues qui remonte à la tradition des griots africain, raconte qu?au fil des années, le blues s?est éclaté en multiples sous-genres. Sur la scène du Round Midnight, le blues d?Eric Triton et la ragga de Bruno Raya et des Otentik Street Brothers, ne feront qu?un. Ce ne sera pas là, son moindre mérite.
Cette musique est le rêve d?espoir de deux artistes lancés à corps perdus dans la reconnaissance d?une musique faite pour et par des Mauriciens. «La misik réprézant l?unité. Si nou réussi unir nou alors banne frontière ki enkor exister kot nou pou tombé. Si nou tou nou arret comport nou couma enn pays sous-développé, mo kroir ki nou pou capav alle bien loin,» explique Eric Triton.
Ces deux hommes chez qui la langue de bois n?a aucune emprise, passent de l?indignation à l?étonnement, de l?étonnement à la satisfaction, en un rien de temps. «Enn artist kouma Eric Triton ine vine zordi enn mark en France. Li enn artist ki alle à contre-courant, enn artist ki pane peur pou prend bane risk. Si line arrive là zordi, c?est pas à koz l?aide minis la kiltir. Line arrive là à coz so l?amour pour la mizik, à coz so fami, so bane camarade,» explique le leader des OSB. «A coz la raz osi ! C?est la raz kine fer moi envi réussi, parce ki mo koné ki nou pays bizin l?espoir parce ki nou pé assize lor enn volcan. Bizin touye l?hypocrisie pou ki enn morisyen senti li morisyen,» précise Eric Triton.
«Dans Moris, nou apprane lire ek érir, pou gagn enn travay, pas pou vine patron,» souligne le bluesman. «Démocratie là existé à 60% parce ki nou system pas apprane nou kouma diboute lor nou li pié !» s?exclame Bruno Raya.
Avec eux, la musique s?électrise, devient une arme. «La misik c?est enn moyen passifik pou nou prend en main nou destin. C?est nou façon fer comprend ki éna problem. Ce ki révoltan, c?est kan bane autorité fer semblan pas tandé,» précise Bruno Raya. Leur musique se veut donc rassembleur, pour contrer le mal être de nombreux compatriotes, privés d?expression. Cette musique qui devient revendication, est aujourd?hui leur raison de vivre.
«La misik c?est enn force spirituel pou mo pas dir enn rélizion. C?est aussi enn liberté. Mem si to mizer, to capav fer la mizik. Si bon dié existé, li enn mizisien.» Eric Triton n?y va pas par quatre chemins. Bruno Raya non plus. «La mizik c?est enn souffle de vie. Kan bon dié ine donne la vie, line soufflé. Sa soufflé la même li enn rythme,» ajoute Bruno Raya.
Ces deux hommes ne croient pas forcément dans un blues «roots» pur et dur. Ils préfèrent une musique qui vienne des tripes. Le virtuose de la guitare et le raggaman se plaisent à rêver d?une scène locale, sur laquelle tous les artistes pourraient s?exprimer, sans avoir à débourser un maximum. «Frottement avek bann artists la rézion li aussi important ki nou mem nou zoine. Nou éna tro tendance consider nou kouma enn ti zil, enn ti peuple, enn ti kiltir. Complexe d?infériorité là parfois li tro grave,» explique Eric Triton.
Ce dernier qui a déjà signé pour quatre autres albums sous le label Universal, en France, rêve de comédie musicale, de voir Bruno Raya avec lui sur une grande scène parisienne ou sur le plateau de télévision de Patrick Sebastien, mais par dessus tout, il souhaite revenir chanter plus souvent dans son pays.
«Prémié foi Eric ine vine chanté ici, c?est grâce à Centre Charles Baudelaire. Ca fois là, c?est parce ki li en vacances ici. Pas enn sel fois, ministre la kiltir ine invite li pou chant pou nou, c?est kan meme incroyable ! » s?insurge Bruno Raya.
Avec leur fougue, leur talent et leur enthousiasme, ces deux artistes hors pair, ont appris à dompter rythmes et sonorités. Ils peuvent être tendres quand il faut. Energique toujours. Ils représentent l?espoir de voir la musique mauricienne aller encore plus haut.
Si la musique antillaise ou brésilienne a réussi à percer sur d?autres marchés internationaux, alors pourquoi pas la nôtre ? Eric et Bruno, sont prêts à la sortir du ghetto où certains voudraient la voir rester. Gageons qu?avec leur volonté, ce rêve sera un jour une réalité.
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