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«Il n?y a qu?une minorité qui abuse de l?alcool»

25 décembre 2004, 00:00

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<B>● Les affaires sont-elles bonnes en cette fin d?année ?</B>

On ne peut pas se plaindre. Je dois dire qu?en général, cela se passe bien. Il y a aujourd?hui une variété extraordinaire de produits disponibles. Que ce soit des vins, des spiritueux et autres. Nous nous devons de faire face à la demande et à la concurrence?

<B>● Comment, justement, s?annonce la concurrence ? </B>

Cela devient de plus en plus difficile. Ajouté à cela, les grandes surfaces deviennent plus exigeantes, du point de vue du service surtout.

Et puis il y a deux facteurs qui ont beaucoup influencé le marché. D?une part, les droits sur les produits locaux, ce qui a apporté une augmentation sensible des produits de luxe. Et d?autre part, les produits importés, affectés par l?augmentation des devises ? le rand et l?euro. Nous essayons tant bien que mal de maintenir nos tarifs, ce n?est pas le moment d?augmenter.

<B>● Que se passe-t-il quand il y a une augmentation des prix ? Les Mauriciens consomment-ils moins d?alcool ? </B>

L?augmentation des prix a deux conséquences. Ceux qui ne peuvent se le permettre arrêtent carrément. Ou bien ils vont vers des produits plus accessibles. Ce qui veut dire que la qualité souffre. Car la vie devient de plus en plus chère et le pouvoir d?achat du Mauricien ne suit pas. Mais s?il s?est privé pendant une année, il fait l?effort de se faire plaisir à chaque fin d?année.

<B>● Avec la concurrence, les tendances ont-elles changé ? </B>

On note un changement au niveau de la consommation des spiritueux. On va davantage vers le vin. La concurrence note aussi ce changement. Je crois que le Mauricien boit moins mais boit mieux.

<B>● Cela peut surprendre? Le Mauricien boit-il vraiment moins ? </B>

Je crois. Je ne parle pas des alcooliques qui doivent boire coûte que coûte. Nous sommes dans un marché de produits de qualité et je crois que les gens maintenant se lancent à la recherche de produits différents et de qualité.

<B>● La vente de la vodka a-t-elle augmenté à Maurice ? </B>

Non. Peut-être est-ce le cas dans quelques familles et dans les discothèques mais c?est très limité.

<B>● Les Mauriciens semblent être de gros consommateurs d?alcool?</B>

Par tête d?habitant, oui, mais pas plus que dans d?autres pays. En termes de spiritueux surtout. Mais au niveau de la bière, nous sommes loin derrière les pays d?Europe et de l?Australie par exemple.

<B>● Les nouveaux concepts tels les «happy hours» encouragent-ils cette culture de consommation d?alcool ? </B>

Je crois que les happy hours sont davantage un lieu de rencontre, de convivialité. Si ces jeunes n?étaient pas dans ces lieux, ils seraient chez eux ou dans d?autres lieux de rencontres. Cela ne veut pas pour autant dire qu?ils boivent plus là-bas.

<B>● L?alcool est synonyme de célébrations mais aussi de dangers?</B>

Alcool danger ? Moi, je dirais plutôt : consommez mieux, consommez moins.

<B>● Mieux, c?est quoi pour vous ? </B>

Boire des produits de meilleure qualité en moins grande quantité. Je ne crois pas que 1,3 million de personnes dans ce pays boivent l?alcool à l?excès. La grande majorité boivent l?alcool de façon conviviale. C?est une minorité qui abuse de l?alcool et c?est cela qui est dangereux.

<B>● Consommer de l?alcool et conduire est bien ancré dans les habitudes mauriciennes. Qu?en dites-vous ? </B>

Je crois qu?il y a beaucoup de prise de conscience autour du drinking and driving. L?Etat sensibilise les gens avec l?aide de la presse. Nous aussi, en tant que compagnie responsable, nous passons le message à travers nos campagnes de publicité. Nous disons : ?faites attention?.

<B>● Jusqu?à quel point les avertissements sur les publicités sont-ils une mesure efficace ? </B>

Les gens sont plus conscients. Ils cèdent plus facilement le volant à quelqu?un qui est plus apte à conduire. Il faut dire que la limite est faible mais il faut bien tirer la ligne quelque part. C?est toute une éducation à faire, une prise de conscience. Il faut dire qu?il y a une amélioration de la situation car maintenant il y a aussi la crainte de se faire prendre qui entre en jeu.

<B>● Cela ne vous gêne pas que certains disent de vous ? du moins votre compagnie ? que vous vendez la mort ? </B>

Je dis que l?abus de n?importe quel produit, que ce soit la nourriture, la boisson ou l?alcool ? est dangereux. Je n?ai pas besoin de vous faire une leçon du french paradox. Le vin en petite quantité est bénéfique à la santé. Ne pas boire de vin du tout est mauvais.

<B>● Que fait Grays sur le plan de la responsabilité sociale ? </B>

On a pris l?engagement de mettre des avertissements sur nos publicités pour dire que l?excès est nocif. Nous aidons aussi beaucoup d?organisations telles que ?Lizie dan la main?. Et tous les jours que Dieu fait, nous recevons des demandes de contributions. Nous donnons des apéritifs, symbole de convivialité. Il faut enlever ce tabou comme quoi l?alcool n?est pas bon.

<B>● Quand la British American Tobacco avait décidé d?offrir des bourses d?études, il y avait certaines organisations qui s?étaient élevées contre. Qu?en pensez-vous ? </B>

La cigarette est un produit différent. La cigarette n?apporte rien de bon à la santé.

<B>● Quand la BAT vient dire qu?en tant que compagnie responsable, il fait la part des choses, vous y trouvez à redire ? </B>

En octroyant des bourses, deviennent-ils responsables ? Ecoutez, l?Etat est le plus gros bénéficiaire de la vente des cigarettes. La cigarette est devenue une mode. Elle est nocive, mais pas illégale. Alors les compagnies de cigarettes essayent de se donner bonne conscience. Mais c?est un peu se voiler la face.

<B>● Vous ne pensez pas être dans la même situation ? </B>

Nous sommes nous-mêmes vendeurs de cigarettes. Ce n?est pas un produit illégal et dans un pays libre et démocratique, c?est au consommateur de décider.

<B>● Grays a-t-il beaucoup de détracteurs ? </B>

Je crois. Premièrement il y a beaucoup de jalousie. Nos plus grands détracteurs sont nos concurrents. Ensuite il y a des organisations non gouvernementales un peu à la recherche de notoriété. Bien souvent elles sont mal informées et ne sont pas au courant du bien que l?on peut faire quand on fait les choses correctement.

<B>● Et si un jour l?Etat décidait de céder à la demande de certains groupes et d?interdire la publicité des produits alcooliques ? </B>

Je crois que l?Etat a compris que ce qu?il fallait combattre c?est l?excès d?alcool et non pas l?alcool lui-même. Ceci dit, une telle éventualité sera néfaste. Pour le consommateur car il sera perdu. La prohibition n?a jamais donné de résultats positifs. Aux Etats-Unis, la prohibition a été à l?origine d?organisations mafieuses, elle a enrichi les fraudeurs et les bandits. La cigarette, on en a fait tellement un tabou que les jeunes fument davantage aujourd?hui. C?est une réaction humaine. L?adolescent va faire tout ce qu?on lui dit de ne pas faire. Quand on rend tabou quelque chose, on crée un marché. Dans tous les pays du monde à part les pays islamiques, l?alcool est un phénomène social.

<B>● Vous avez un profiltype de vos clients ? Qui achète quoi par exemple ? </B>

Le rhum Deluxe est consommé en général par la lower middle class. Le rhum Goodwill, c?est la lower class. Mais il ne faut pas oublier que les cocktails servis dans les bars et hôtels sont à base de Goodwill. Le whisky est un alcool supérieur ? upper middle et high class. Le vin s?est de plus en plus démocratisé.

<B>● L?alcool est-il cher à Maurice ? </B>

Très cher.

<B>Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN</B>

<B>«Je crois que les happy hours sont davantage un lieu de rencontre, de convivialité. Si ces jeunes n?étaient pas dans ces lieux ils seraient chez eux ou dans d?autres lieux.»

«Je dis que l?abus de n?importe quel produit, que ce soit la nourriture, la boisson ou l?alcool, est dangereux. Le vin en petite quantité est bénéfique à la santé.»</B>

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