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Alcootest : le choc des deux verres
Daniel n?en revient pas. Lui qui n?avait pris que deux verres de whisky et attendu au moins une bonne heure avant de prendre le volant. Quand il a été testé positif à l?alcootest, avec un taux dépassant les 50 milligrammes imposés, il a douté de l?éthylomètre. Il s?est retrouvé au poste de police. Sa voiture a été immobilisée. Il sera en cour sous peu et risque une amende variant entre Rs 10 000 et Rs 25 000, une peine de prison de six mois et le retrait de son permis pour ce premier délit.
Beaucoup d?automobilistes, qui estiment avoir bu avec modération avant de prendre le volant, ont partagé ces derniers temps le sort de Daniel (nom fictif). Ces surpris se compteront par centaines dans les jours à venir, car la Road Safety Unit (RSU) et l?Emergency Response Service (ERS) redoublent leurs efforts pour contrôler le taux d?alcool. Cependant, les automobilistes restent très peu informés sur la quantité de boisson alcoolisée qu?ils peuvent consommer avant de prendre le volant.
La plupart ne connaissent pas le degré d?alcool des différentes boissons, ainsi que le temps que prend cet alcool pour s?éliminer du sang.
«Les automobilistes sont effectivement mal informés sur la question», confirme le caporal Stelio Jogool de la RSU.
<B>PAS PLUS D?UN VERRE</B>
Explication du caporal : «Une rasade de trois centilitres de whisky, de rhum ou de cognac, un verre de 10 centilitres de vin ou encore une chopine de 25 centilitres de bière contiennent chacun 10 grammes d?alcool. Ce qui donne 30 milligrammes d?alcool dans le sang. Or, une canette de bière est de 33 centilitres. Ceux qui n?en consomment que deux se retrouvent avec plus de 60 milligrammes d?alcool dans le sang.»
Les automobilistes qui ont consommé plus d?un verre de whisky, de cognac ou de vin ou plus d?une cannette de bière et qui attendent avant de prendre le volant commettent une énorme erreur.
En effet, ce n?est qu?une heure après la consommation que l?alcool atteint son taux maximal dans le sang. Et son élimination se fait au ralenti.
«Le corps élimine l?alcool à raison de 15 milligrammes par heure», indique le caporal Stelio Jogool.
La méconnaissance de ce taux d?élimination a donné lieu à des surprises lors des tests. De plus, le scénario varie d?une personne à l?autre.
<B>SIX MOIS DE PRISON</B>
Un cas de figure : Pradeep, haut cadre et bon vivant, déjà condamné pour avoir conduit sous influence de l?alcool, se rend à une discothèque au volant de sa voiture avec sa petite amie. Il décide d?être sage. Arrivé vers 23 heures, il se met à consommer du whisky, cinq verres au total et s?arrête à minuit, en pensant que vers 5 heures du matin, quand il quittera la discothèque, il sera dégrisé. Il est arrêté sur la route vers 6 heures. Il est testé positif. En six heures, son organisme n?a pu éliminer suffisamment d?alcool pour le mettre en dessous des 50 milligrammes autorisés. Il avait toujours 75 milligrammes d?alcool dans le sang à cette heure. S?il avait été contrôlé à 7 heures du matin, il aurait toujours été positif, car il aurait eu 60 milligrammes d?alcool dans le sang.
«De plus en plus, nous effectuons aussi des contrôles très tôt et nous maintenons ces contrôles au-delà de 9 et 10 heures du matin», confie le caporal Jogool.
Pradeep a beau supplier, demander «enn ti sans», la police reste intransigeante. Il est verbalisé et risque gros.
Si pour un premier délit, l?amende varie de Rs 10 000 à Rs 25 000, plus retrait de permis et possibilité d?emprisonnement de six mois, la note pour un deuxième délit est très salée. Il risque une amende variant entre Rs 20 000 et Rs 50 000, retrait de permis et possibilité de six mois de prison.
Au troisième délit et au-delà, la cour n?a d?autre alternative que la prison, pour une peine variant de six à 12 mois.
Si Pradeep et Daniel se sont fait attraper par méconnaissance de la quantité de boissons alcoolisées qu?ils pouvaient consommer et la vitesse d?élimination de l?alcool dans le sang, bien d?autres automobilistes font des calculs différents. Ils comptent sur la chance. Ils sont de ceux qui ont souvent conduit sous l?influence de l?alcool sans jamais tomber sur un contrôle.
Les contrôles ne sont ni systématiques, ni réguliers. La RSU ne dispose que de deux caravanes pour toute l?île. Elle est épaulée par l?ERS, unité également en charge de patrouiller dans différentes régions.
Résultat : les contrôles sont assez rares. Malgré tout, le nombre de personnes contrôlées positives est énorme. Environ une centaine par mois, soit 1 137 pour 2003. Alors que la semaine dernière on en recensait déjà presque 1 300 pour 2004.
«C?est énorme», estime le chef inspecteur de la RSU, Ben Buntipilly. Il se désole que les automobilistes mauriciens n?aient pas encore développé une culture de la sécurité, que ce soit en ce qui concerne l?alcool au volant, l?excès de vitesse, le port de la ceinture de sécurité sur le siège arrière, l?état des pneus des véhicules et le respect du code de la route en général. «Ceux qui prennent le volant sous l?influence de l?alcool doivent au moins réaliser qu?ils mettent en danger la vie de leurs passagers et celle des autres automobilistes et piétons.»
<B>Des produits pour éliminer l?alcool</B>
Aucun produit ou médicament n?arrive à éliminer rapidement l?alcool du sang où à cacher son taux.
«Tous les produits, y compris les feuilles de thé séchées, relèvent du mythe», explique un des techniciens de la RSU. «Boire et puis prendre des produits diurétiques en espérant qu?en urinant beaucoup on éliminera le taux d?alcool dans le sang est un mythe», renchérit le caporal Jogool.
La meilleure précaution à prendre, c?est d?éviter de consommer plus d?une rasade de whisky ou de rhum, plus d?un verre de vin ou de cognac ou plus d?une canette de bière, affirme-t-on à la RSU.
<B>Certains refusent de s?arrêter au contrôle </B>
Avec les peines sévères prévues pour les automobilistes testés positifs à l?alcootest, la tentation de ne pas s?arrêter au point de contrôle devient de plus en plus forte. Les conducteurs qui le font peuvent s?en tirer avec une condamnation pour délit de fuite, «failing to stop», s?ils ont de la chance. Mais dans la plupart des cas, les fuyards, surtout si la police estime qu?ils sont en état d?ivresse, sont pris en chasse. Des messages radio sont envoyés aux véhicules patrouillant dans les environs. Interceptés, les fuyards sont soumis à l?alcootest. S?ils sont positifs, leur cas est aggravé en cour par le délit de fuite. Les magistrats ne sont en général pas tendres envers ces automobilistes.
<B>L?assurance ne couvre pas les chauffeurs soûls</B>
En cas d?accident grave, la police fait systématiquement un dépistage à l?alcootest. Ceux qui boivent et prennent le risque de conduire malgré tout ont intérêt à bien lire leur contrat d?assurance. La plupart des compagnies ont inclus une clause qui stipule que la police d?assurance ne couvre plus l?assuré et son véhicule, même une police tous risques, si jamais il provoque un accident avec plus de 50 milligrammes d?alcool dans le sang.
Ainsi, le chauffeur soûl doit non seulement payer les réparations de sa propre voiture, mais il devra aussi dédommager les victimes de sa propre poche. Au cas où une personne blessée dans un accident provoqué par un chauffeur soûl réclamerait des dommages en cour, ceux-ci peuvent s?élever à des millions si la victime devient handicapée.
Le paiement peut s?obtenir par saisie et vente à la barre des biens de l?auteur de l?accident.
<B>Refuser de souffler dans l?éthylomètre coûte cher </B>
Un automobiliste arrêté par la police sur un point de contrôle et suspecté d?être sous l?influence de l?alcool peut refuser de souffler dans l?éthylomètre. Dans un tel cas de figure, il peut donner son sang ou son urine, prélèvement qui se fait normalement dans un hôpital. S?il refuse ces deux options, il sera quand même poursuivi. La cour estimera alors qu?il avait un fort taux d?alcool dans le sang.
Les automobilistes qui refusent ces tests connaissent le même sort que ceux qui sont testés positifs. Ils n?ont pas le droit de conduire, leur véhicule est ramené au poste par un policier. Les conducteurs testés positifs ou soupçonnés d?être sous influence de l?alcool qui ont refusé le test restent au poste de police en attendant qu?un proche vienne les chercher.
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