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Prendre des enfants pour les siens
Gisèle Ithier cultive le don de soi à plein temps malgré ses 80 ans passés. C?est dans sa nature et dans son rythme. Son dynamisme et sa détermination forcent l?admiration de ses jeunes collègues qui avouent avoir parfois du mal à tenir la distance.
Elle dirige la Fondation Georges-Charles depuis 1976. Mardi dernier elle reçoit le Volunteer Award. Une récompense décernée par la United Way. Une récompense qu?elle semble accueillir presque à contrec?ur...
Car la dame au grand c?ur préfère rester dans l?ombre. En effet, c?est loin des projecteurs mais avec passion, qu?elle s?attelle à améliorer le quotidien des enfants qui souffrent de déficiences mentales.
Comme si elle voulait se défendre de cette reconnaissance, elle lâche : «Il y a des travailleurs sociaux qui font beaucoup plus que moi et ce sont eux qui auraient dû être récompensés.»
Un brin d?hésitation? Elle s?avance d?un pas mal assuré et parvient à balbutier quelques mots de remerciement à l?adresse du personnel qui l?accompagne depuis de nombreuses années. Telle une enfant prise en faute, elle dissimule son trophée. Il aura fallu toute la persuasion de ses collègues pour que Gisèle accepte de se rendre à la cérémonie de remise des prix.
Sa force de caractère impressionne, intimide mais ne laisse personne indifférent. Son quotidien, à la fondation, bat au rythme des cris des enfants qui gambadent dans la cour.
Toujours la première arrivée et la dernière à s?en aller, Gisèle met un point d?honneur à les accueillir elle-même chaque matin. L??il pétillant, elle évoque avec amour le chemin parcouru avec eux ces 40 dernières années.
<B>IL SUFFIT D?UN SOURIRE</B>
D?ailleurs, la Fondation Georges-Charles, c?est sa deuxième maison. Ses collaborateurs s?accordent à dire qu?ils ne savent qui a adopté qui? «C?est une question qui revient souvent : Est-ce Gisèle qui a adopté ces enfants ou l?inverse ?»
Son v?u, à elle, c?est de permettre à ces petits bouts d?hommes et de femmes, qu?elle a pris sous son aile, de devenir autonomes.
Gisèle a cultivé cet amour pour les autres à travers ses multiples rencontres et au fil des ans. D?abord timide, il devient par la suite presque impossible de l?arrêter quand on évoque son travail. Elle se plaît à dire qu?elle a 74 petits-enfants. Ceux-là mêmes qu?elle retrouve chaque matin à la fondation pour partager avec eux des moments de complicité et de joie toute simple. Il suffit souvent d?un sourire et d?un mot gentil pour effacer chez eux, cette méfiance enfantine qu?ils ont de l?adulte. Cela, Gisèle l?a bien compris.
Ses débuts, comme ils le sont souvent, n?ont pas été faciles. L?actuel bâtiment qui abrite la Fondation Georges- Charles est, au début des années 80 dans un piteux état. A tel point qu?il faut évacuer les lieux pour entamer des travaux de rénovation. Mais les fonds viennent à manquer.
<B>SA VRAIE RECOMPENSE</B>
Au dire de tous, cela a sans doute été le moment le plus pénible pour Gisèle. C?est l?incertitude qui la submerge. Pourra-t-on terminer les travaux ? Que deviendront les enfants si la situation perdure trop longtemps ? Elle n?a que le bien-être de ces enfants en tête. Ses enfants.
Et ils le lui rendent bien. En amour. Cet amour dont elle a besoin. Sa véritable récompense, dit-elle, elle le trouve dans les yeux des enfants à qui elle a su redonner le sourire.
Jeter l?éponge, elle y pense souvent mais sans plus. C?est leur regard et leur sourire qui l?aident à ne jamais lâcher prise. Gisèle ne cesse de tout donner à la mission qu?elle s?est fixée. Jusqu?à sa pension qu?elle investit complètement dans son institution. D?aucuns disent qu?elle en fait même trop mais rien n?y fait. Quand Gisèle a un objectif en tête, rien ne peut l?en dévier.
Lorsqu?elle se lance dans un nouveau projet, c?est souvent avec une détermination sans faille et dans un souci d?offrir ce qu?il y a de mieux à ses petits protégés. Avec une volonté renouvelée, elle frappe inlassablement à toutes les portes pour obtenir ce dont elle manque cruellement : des fonds.
Son plus grand désir est d?agrandir la fondation pour accueillir davantage d?enfants souffrant de déficiences mentales.
<B>DE TOUT COEUR ET POUR TOUJOURS</B>
C?est justement dans les moments de crise que Gisèle démontre son savoir-faire. L?autonomie financière est, depuis quelques années déjà, sa principale préoccupation. Pour y parvenir, elle n?hésite pas à mettre la main à la pâte.
Avec l?aide de quelques volontaires, elle se lance dans l?élevage de lapins, de canards et de poules. Une partie de la production est vendue, permettant ainsi de recueillir de l?argent pour l?entretien de l?institution. Mais cela ne suffit pas. La fondation possède également une pièce où sont exposés à la vente les produits artisanaux réalisés par les enfants. Gisèle en est très fière.
Séduits par sa ténacité, quelques sponsors lui apportent volontiers leur aide, qu?elle soit financière et bénévole.
La dernière réussite de Gisèle est d?avoir convaincu deux ressortissantes indiennes à donner des cours d?artisanat aux enfants de la fondation deux fois par semaine.
«Je fais tout mon possible pour redonner un peu de joie de vivre à ces enfants», lâche t-elle. On perçoit, dans sa voix, une tristesse, presque une déception de ne pouvoir en faire d?avantage.
Lever le pied, Gisèle n?y songe pas. En tout cas, pas dans l?immédiat. Que les jeunes de la fondation se rassurent : ils continueront à être accueillis chaque matin par celle qui leur a donné son c?ur. A tout jamais !
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