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Le crash d?Air Europe plane sur la libéralisation annoncée

22 novembre 2004, 00:00

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La faillite du groupe Volare est lourde. La compagnie aérienne italienne à bas prix, qui comprend Air Europe, a annoncé vendredi soir avoir suspendu ses vols et la vente de ses billets sur toutes les destinations, dont Maurice. En proie à de graves difficultés financières, elle a jeté l?éponge après que les compagnies de leasing et d?assurance lui eurent retiré leur soutien. Suite à l?impossibilité de disposer de ses appareils, la compagnie a décidé de suspendre ses activités pour une durée indéterminée.

Le résultat sur le tourisme mauricien ne s?est pas fait attendre. A l?annonce de la suspension des vols, environ 250 clients d?Air Europe sont techniquement bloqués à Maurice. Quelque 300 autres Italiens, qui ont déjà réservé leurs billets pour des vacances mauriciennes, ne savent plus quoi faire. Certes, Air Mauritius a immédiatement volé à leur secours mais le crash d?Air Europe est venu soulever certaines interrogations sur une ouverture complète du ciel mauricien aux transporteurs étrangers. ?Nous n?avons rien contre des compagnies établies, mais si nous laissons n?importe quel opérateur desservir Maurice, le scénario Air Europe pourrait se répéter. Mettre tous les oeufs dans le panier des low-cost amplifiera la vulnérabilité de Maurice et pourrait hypothéquer le tourisme?, explique Megh Pillay, directeur général d?Air Mauritius.

Comme par coïncidence, le cas d?Air Europe survient alors que le gouvernement a entre les mains une étude sur une éventuelle libéralisation de l?accès aérien. L?Etat a toujours prôné une libéralisation contrôlée sans pour autant avoir une poli- tique établie sur la question. Les hôteliers effectuent un lobby pour une ouverture totale, mais Air Mauritius appelle à la prudence: il n?y a pas de place pour les fly-by night operators.

?Que se passerait-il si le scénario Air Europe se répète demain et qu?Air Mauritius ne soit plus là pour assumer?? se demande Megh Pillay.

Le forcing des hôteliers est compréhensible. Ils veulent à tout prix remplir leurs chambres. Le parc hôtelier mauricien croît plus vite que les arrivées touristiques. Pour corser les choses, il y a un mismatch entre l?offre et la demande de sièges à certains points cruciaux de l?année. La libéralisation devrait faire baisser les prix, stimuler les arrivées et remplir les chambres. Cette ouverture complète est loin d?être une formule magique. En laissant n?importe quel transporteur atterrir à Plaisance, le gouvernement pourrait jouer gros avec l?image même du tourisme qu?il veut pourtant dynamiser. Plusieurs transporteurs low-cost convoitent déjà Maurice et n?attendent que le feu vert des autorités locales, mais les conséquences pourraient être désastreuses. Maurice a d?ailleurs fait l?amère expérience avec Air Europe. La compagnie italienne dessert Plaisance depuis 1997 mais son accord avec Air Mauritius a été rompu en 2001. L?Etat n?en pouvait plus car Air Europe bradait les prix et la destination mauricienne. Les touristes italiens haut de gamme italiens ne voulaient plus de Maurice car elle traînait une image de destination ?populaire et bon marché?.

?Nous n?avons jamais pu nous entendre. Les visions d?Air Mauritius et d?Air Europe sont complètement différentes. Nous n?avons certainement pas les mêmes pratiques ni la même culture...?, déclare Donald Payen, directeur d?Air Mauritius pour l?Europe. Trois ans après que la compa- gnie nationale a cessé de collaborer avec Air Europe, ce problème d?image n?a toujours pas été résolu. Le haut de gamme italien boude toujours Maurice car Air Europe a poursuivi la grande braderie.

Prix forfaitaire

La situation s?est détériorée durant la dernière année. En voyant ses caisses s?assécher, la compagnie italienne a volé bas, très bas. Il n?était plus question de pratiquer des tarifs qui reflètent des coûts mais de vendre des sièges à tout prix pour se faire du liquide. Par exemple, Air Europe proposait pour cette fin année un billet Maurice-Rome-Maurice à Rs 12 500, toutes taxes comprises.?Ce genre de predatory pricing est insoutenable mais c?est ce à quoi il faudra s?attendre si on laisse entrer les petites compagnies low-cost à Plaisance?, souligne Megh Pillay.

L?ouverture totale du ciel mauricien devrait étoffer la concurrence. A ce jour, une douzaine de compagnies aériennes desservent Maurice. Trois quarts d?entre elles ont un accord avec Air Mauritius, notamment au niveau du code-sharing ? un des liens les plus intimes que puissent tisser deux transporteurs. La compagnie nationale se dit prête à rivaliser avec qui que ce soit.

La libéralisation du ciel serait toutefois propice à certains ?requins? de l?aviation mondiale comme Emirates. Air Mauritius serait obligée de ne plus desservir les destinations qui ne seraient plus économiques. La compagnie nationale pourrait même disparaître si les efforts concertés des transporteurs étrangers lui font trop mal. Après tout, la charité est un mot qui n?existe plus dans l?industrie.

?Les compagnies étrangères sont là parce que la destination est rentable. Si la situation change demain, elles s?en iront. Sur qui le tourisme mauricien dépendra-t-il sans la compagnie nationale ?? se demande le directeur général d?Air Mauritius.

Le lobby libéralisation pointe du doigt Dubayy et Singapour en soulignant que la libéralisation a un impact positif. Avec l?arrivée en force de touristes toutes gammes confondues, l?Etat encaissera plus mais devra également rehausser les infrastructures (aéroport, routes,...) alors que la construction d?hôtels et de nouvelles facilités propulseraient l?investissement étranger. La libéralisation ne défavoriserait personne au profit d?Air Mauritius.

?Ce sera certainement le cas a Maurice, mais je ne vois pas de quel level-playing field parle-t-on au niveau international...?, lâche Donald Payen. Le cas Air Europe revient sur le tapis. Lors des discussions bilatérales avec l?Italie en septembre, Air Mauritius avait voulu desservir abandonner le vol sur Rome et desservir Milan deux fois la semaine au lieu d?une. Proposition rejetée.

Les autorités italiennes font comprendre que Air Mauritius doit desservir Rome pour avoir le droit d?atterrir à Milan. Elles ajoutent que les deux aéroports doivent être desservis séparément. Or Air Europe pouvait effectuer un vol hebdomadaire Milan - Rome - Maurice.

?Il existe des contradictions. Les pays font tout pour vous faire comprendre que vous êtes demandeurs et font tout pour protéger leurs compagnies aériennes, qu?elles soient publiques ou privées?, dit Donald Payen. Maurice sait qu?elle ne pourra se permettre être naïve. L?hésitation dont a fait preuve l?Etat jusqu?ici n?est toutefois pas une excuse. Il faudra trouver le juste milieu entre les intérêts du tourisme mauricien et les bienfaits de la libéralisation. Air Europe devrait être une leçon à retenir.

PLAN DE SECOURS

Urgence pour sauver un marché capital

■ Air Europe vacillait depuis quelque temps, mais elle est finalement tombée. La chute de la troisième plus grosse compagnie aérienne italienne aurait pu causer du tort à l?image de Maurice si ce n?était la prompte intervention d?Air Mauritius. La compagnie nationale a conçu un plan de secours coordonné par la directrice de son bureau italien, Carla Rigoli. A hier, plus de la moitié des clients d?Air Europe bloqués à Maurice ont déjà trouve de la place sur les vols d?Air Mauritius. La compagnie nationale s?est également engagée à accorder des sièges aux personnes qui ont déjà réservé sur Air Europe, et aux mêmes conditions.

?Nous ne ferons aucun profit sur cet exercice car Air Europe pratique du ?low-cost?. En tant que compagnie nationale, nous ne pouvons pas permettre que l?image de Maurice et le marché italien souffrent du crash d?Air Europe?, explique Megh Pillay, directeur général d?Air Mauritius. La ré-émission des billets débute ce matin. Les responsables du tourisme mauricien, et notamment les gérants hôtels, pousseront un grand soupir et devront une fière chandelle à Air Mauritius. L?an dernier, 39 774 touristes italiens ont visité Maurice. Alors que les arrivées européennes, qui représentent deux tiers du total des touristes visitant le pays, ont chuté pendant le premier semestre 2004 par rapport à la période correspondante l?an dernier, celles d?Italie ont augmenté de 10 %.

?Nous avons revu notre stratégie européenne, et l?Italie est une des cinq routes sur lesquelles nous voulons nous concentrer?, précise Donald Payen, directeur d?Air Mauritius pour le marché européen. Une délégation de la compagnie nationale se rendra à Milan cette semaine. Air Mauritius ne veut pas jouer avec cet important marché.

En attendant, l?avenir d?Air Europe est incertain. Le groupe Volare recherche une recapitalisation rapide. Il a fait appel à l?Etat italien pour une opération de renflouage qui pourra sauver les 1200 emplois menaces. Après avoir dépensé lourdement pour sauver Alitalia, le gouvernement a déjà exclu toute aide financière directe. Une assemblée générale des actionnaires a été convoquée pour aujourd?hui pour décider d?une augmentation du capital. Volare Group, surtout connu pour son activité bon marché sous la marque Volareweb, avait annoncé le 20 septembre avoir besoin de 90 millions d?euros d?ici 2005, dont 30 millions d?euros sous la forme d?un crédit relais. Ce crédit est nécessaire en attendant la mise en place d?une augmentation de capital de 60 millions d?euros. Volare est détenu à 38,6% par l?homme d?affaires argentin Eduardo Eurnekian. Les trois autres principaux actionnaires sont le fondateur, Gino Zoccai, avec 25 %, Interbanca et le fonds Tricolore avec 12,25% chacun.

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