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Le sourire perdu d?Antoine Chetty

20 novembre 2004, 20:00

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Antoine Chetty n?est plus dans son assiette. Il a perdu de sa superbe et son sourire éclatant a disparu. Et pour cause, il s?attendait, au pire, à écoper de huit ans au lieu des douze ans de prison que lui a infligé la juge Nalini Matadeen pour l?accusation de drogue.

Le repenti a donc décidé de mettre un terme à sa collaboration avec la police durant le « temps de réflexion » qu?il s?accorde jusqu?à mardi. Mais, comme il l?a promis, il n?a qu?une parole : il témoignera donc contre ceux qu?il a dénoncés pour différents délits. Mais sur ses révélations, comme celles distillées, à la veille de sa comparution aux assises, sur l?empoisonnement de Rajeswar Indur, et l?agression de Pravin Bhuckory, il ne pipera plus mot.

Il a déjà refusé d?aller au rendez-vous fixé hier pour parler de la disparition d?Ismael Dobah.

Non content, comme l?ont annoncé ses avocats en fin de semaine, le garde du corps va faire appel contre le verdict de la Cour suprême qu?il juge trop sévère. Il ne compte pas passer ces douze ans comme un lion en cage, dans une cellule étroite et avec le droit de visite de ses proches une fois par mois.

Mes Samad Golamaully et Rama Valayden, ses avocats, étaient en contact avec un confrère anglais jusqu?à fort tard vendredi pour tenter de changer le cours des choses.

L?avocat, un Queen?s Counsel (QC) qui a une solide expérience sur les questions de droits de l?homme, supervisera lui-même l?ébauche de l?appel qui devra être logé devant la Cour suprême la semaine prochaine.

Il est même disposé à porter l?affaire devant le Privy Council, laisse entendre l?entourage d?Antoine Chetty. Pour ces derniers, Chetty ne méritait pas une telle sanction, lui qui a collaboré autant avec la police, permettant ainsi d?élucider douze dossiers qui n?auraient jamais été résolus sans son aide.

Et comme pour ne pas faire oublier qu?il a dit vrai jusqu?ici, le garde du corps a parlé de la terrible agression de Pravin Bhuckory, commandité en 1997 par un ancien haut conseiller du gouvernement travailliste.

Le timing de Chetty a été le bon, à la veille d?être jugé, histoire de montrer qu?il a encore de sombres secrets à livrer. Ses dernières révélations n?ont fait que corroborer les indications données à l?époque par la victime à la police de Quatre-Bornes.

La nuit du 9 octobre 1997, Pravin se trouve sous la varangue de la boutique de son père lorsque deux hommes à moto s?arrêtent à sa hauteur. L?un d?eux lui lacère le visage de l?oreille jusqu?aux lèvres avec une arme tranchante.

Pour le jeune homme, l?agresseur ne peut être autre que l?oncle de sa bien-aimée qui avait toujours été contre leur relation. Il l?avait menacé à plusieurs reprises. « Il disait qu?on n?était pas de la même classe sociale», se rappelle Pravin.

Il se souvient également coup de fil anonyme de cet homme, dont il a reconnu la voix, lui disant « to kontan to kado ? », quelques jours après l?agression.

Tout ce qu?avait rapporté le jeune homme a été repris point par point par Antoine Chetty, comme cette tentative de faire arrêter Pravin pour possession de drogue en dissimulant des graines de gandia sous l?aileron de son véhicule.

« Li finn amoure avek enn garson ki apel Pravin ki travay CEB, sa garson la pa a la oter pou marie ek mo nies e rant dan nou fami, nou pas mem standard », aurait déclaré le conseiller à Chetty après qu?il lui ait été présenté par le notaire Vinay Deelchand.

Il lui propose donc Rs 80 000 pour défigurer le jeune homme. « Mo oule ou defigir li, koup koup so figir lerla mo nies la pou oblize kit li ».

Chetty, aidé du récidiviste Koomaravel Vythinlingum, aussi connu comme « Yen » et « Mario », file le couple pendant trois semaines avant de décider de passer à l?attaque. C?est Yen qui se tape le sale boulot.

Trente points de sutures sont nécessaires pour rafistoler le visage de Pravin qui, dans son for intérieur, soupçonne le conseiller. L?affaire est montée en mayonnaise par l?organe de presse du MMM, Le Militant, qui se trouve alors dans l?opposition.

Pravin reçoit des menaces de mort lorsqu?il s?entête à sortir avec sa bien-aimée. Le plan suivant est de l?envoyer en prison en le piégeant avec de la drogue. Mais en faisant laver sa voiture, Pravin découvre un colis suspect et informe la police? qui ne donne pas suite à l?affaire. Sept ans ont passé et Pravin a maintenant presque pitié pour le commanditaire de son agression, car il a entre-temps épousé la fille qu?il aime et le couple attend un enfant dans six mois.

<B>Deelchand aux assises en mars</B>

Antoine Chetty déjà condamné, c?est maintenant au tour de Vinay Deelchand d?être traduit aux assises. Le notaire devra en effet comparaître devant cette instance en mars prochain, sous une accusation de trafic de drogue. D?après les confessions du garde du corps, Vinay Deelchand lui aurait confié les 838,4 grammes d?héroïne en mars dernier dans l?imminence d?un voyage à Madagascar. Mais ayant eu la garde de la drogue, il a essayé de se faire de l?argent à l?insu de son patron. En croyant avoir affaire à deux junkies qui étaient en fait deux agents de la brigade antidrogue, il s?est fait bêtement piéger le 25 mars 2004. Pour ce procès, le témoin à charge ne sera nul autre que Chetty lui-même. Il faudra s?attendre à ce que les avocats du notaire mettent à mal la crédibilité du repenti.

<B>La clef de l?empoisonnement d?Indur</B>

N?ayant pas encore digéré la peine que lui a infligée la Cour suprême, Antoine Chetty n?est pas prêt de poursuivre ses révélations sur la mort de Rajeshwar Indur. Le tueur repenti avait commencé à lever le voile sur l?empoisonnement au cyanure du chef agent du Parti travailliste. Mais il devait expliquer comment le meurtre a été commis et qui avait fait le coup, avant qu?il ne décide de se taire. Les renseignements qu?Antoine Chetty a fourni aux hommes de l?inspecteur Hector Tuyau récemment rejoignent les soupçons des proches du disparu.

Le fait est que Rajeshwar Indur était très proche de Sandeep Appadoo, un des directeurs d?Agnis Property. C?est ainsi qu?il a fait la connaissance du notaire Vinay Deelchand. L?amitié d?Indur était nécessaire, de par sa proximité avec les dirigeants des Rouges. Grâce à ses contacts, il a donné un coup de pouce à Deelchand pour obtenir certains permis. Tout a basculé le jour où Indur a bénéficiéde deux arpents et 34 perches de terres de l?État à bail. Selon Chetty, Deelchand et Appadoo ont alors décidé de l?envoyer ad patres pour s?approprier ce terrain. Des promoteurs étrangers avaient misé gros pour développer cette portion de terre située à Melville, Grand-Gaube. Quatre jours avant sa mort, l?agent s?attendait à recevoir Rs 10 millions des promoteurs. C?est ce même terrain que le Premier ministre, Paul Bérenger, a visité le samedi 6 novembre, en déclarant avoir ressenti une gut reaction en apprenant que « le plus joli bout de plage » a été alloué, entre autres en 2000, à Falaises Noires, la compagnie montée par Indur. Si le terrain est effectivement retiré à Falaises Noires, Indur aura trouvé la mort pour rien. Mais où sont les millions que ce dernier détenait ? Selon ses proches, il devait avoir au moins Rs 7 millions sans compter les Rs 10 millions promises par les promoteurs. Un de ses anciens collaborateurs signale qu?il était un flambeur et misait gros aux courses. Ce serait quelqu?un de l?entourage de l?agent politique qui l?aurait empoisonné après être rentré d?une virée avec quelques amis.

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