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Enfants maltraités : éduquer les parents
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Enfants maltraités : éduquer les parents
Encore une campagne pour la Journée mondiale de la prévention des abus envers les enfants ? On a envie de dire qu?on connaît la chanson ! Mais il ne faut pas être hâtif dans nos jugements. En effet, au-delà des incertitudes qui font tanguer les esprits, il semble qu?il y ait un nouveau ton, une autre manière de mener le débat, et cet espoir que « quelque chose » est en train d?émerger.
L?Ombudsperson for Children?s Office, qui est à l?origine de cette campagne, s?est armé d?une volonté de fer pour neutraliser la violence envers les enfants. « Quand il s?agit du bien-être de nos enfants, on n?a pas le droit de baisser les bras », affirme Mariam Gopaul qui a travaillé pour l?Unicef. Pas question de chômer, il faut sortir du bourbier à tout prix. On ravaude les blessures, petites et grandes, mais il faut également prévenir la violence.
D?abord, une rencontre avec la presse où ce sont les journalistes qui répondent aux questions, qui répercutent les informations glanées sur le terrain. Ensuite, une réflexion nationale où on sensibilise les Mauriciens aux effets néfastes de la violence sur les individus et la société. Puis, la propagation d?informations sur les bonnes pratiques pour contrer la violence.
Mais pour y parvenir, il faut mobiliser le public et l?amener à passer à l?acte, à collaborer pour contrecarrer les menaces qui pèsent sur les enfants. Sans pathos, leurs défenseurs, le c?ur plein d?espoir, partent en croisade, malgré une situation qui ne cesse de s?aggraver (232 plaintes, qu?il faudrait multiplier par dix si l?on considère celles qui ne sont pas rapportées).
Le plus simple :donner une raclée
Un enfant avec un ?il au beurre noir, un autre qui est devenu handicapé à cause de mauvais traitements, celui-ci qui a été violé, un autre abandonné dans la rue. La liste est aussi longue que terrible. Qu?est-ce qui ne tourne pas rond chez les gens ? Pourquoi la famille, qui devrait en principe être un havre de paix et de sécurité, se transforme au contraire en enfer de violence ?
« Je pense que les parents incriminés sont des gens qui n?ont jamais appris à s?exprimer que par la violence physique et les cris. Quand ils ont du mal à gérer leurs problèmes personnels, ils se défoulent sur les plus faibles », affirme Marlène Mineur de l?association Dominique Savio qui s?occupe d?enfants qui souffrent de handicap mental.
Rita Venkatasawmy, consultante au Cedem, estime que l?alcoolisme est aussi un grand coupable. Elle ajoute que beaucoup de personnes violentes en ont elles-mêmes fait les frais, puis répètent ce schéma, le seul qu?elles connaissent. « Il y a aussi des parents qui manquent de maturité, qui n?ont aucune notion de ce qui est bien ou mal pour leur enfant », constate-t-elle. En plus nuancé, Mariam Gopaul reproche à notre société d?être matérialiste et de faire tout à la va-vite. « C?est un problème de qualité de vie. On préfère frapper plutôt que de s?asseoir avec l?enfant et lui faire discerner le bien et le mal, lui parler de ses droits en mettant l?accent sur ses responsabilités. » Même les bonnes âmes vont parfois à la dérive. On bute alors contre les idées reçues, qu?il faut « corriger » les enfants à coup de rotin bazar. « Certains parents me disent : Monn nepli kapav ar li, lakaz oussi li move, bizin pran enn baton ar li », raconte Marlène Mineur.
Un petit coup de rotin de trop donné dans la colère, une tasse de thé jeté au visage de l?enfant, Jean-Maurice Ranga-samy de la Young Men?s Christian Association connaît ces dérapages.
« C?est une solution de facilité. Une mère stressée sort de son travail, et voilà que ses enfants la harcèlent avec leurs petits problèmes. Parfois, pour tout résoudre, le plus simple pour elle, c?est de donner une raclée à tout le monde. »
Où commence la punition et quelle est sa limite ? C?est un peu le flou artistique sur ce sujet. « Dans le monde entier, il existe des divergences sur ce qui est acceptable. Moi je suis pour qu?on ne frappe pas les enfants, qu?on ne les humilie pas non plus, car je sais que ça les marque à jamais. Pendant la campagne nous reviendrons sur ce sujet de manière très explicite », explique Shirin Aumeerudy-Czifra, Ombudsperson pour les enfants.
Plus facile à dire qu?à faire, affirmeront certains. « Mais les parents ne sont pas tenus de faire tous les caprices des enfants. Toutefois, le dialogue doit primer ». L?Ombudsperson prône la sérénité. « Les grandes religions nous apprennent à nous perfectionner, à aimer notre prochain, à pardonner, à comprendre et à ne pas camper sur nos positions. La première chose à respecter c?est l?intégrité physique. Celui qui bat un enfant, ou abuse de son autorité envers lui est un lâche et un faible. » Sa devise : gagner les autres par le dialogue et par des sentiments positifs.
Une culpabilité mal placée
Que dire des violences plus pernicieuses ? La violence conjugale en est un exemple. Un couple qui ne s?entend pas, c?est toujours traumatisant pour un enfant. Certains savent se contenir devant leurs rejetons, d?autres pas. « Je connais le cas d?une jeune fille qui a souvent été témoin de la violence de son père alcoolique à l?égard de sa mère. Cette dernière est décédée à la suite d?une bagarre, et la jeune fille se sent coupable. Elle fait des cauchemars et s?en veut de n?avoir pas pu empêcher cela. ça fait peine à voir », confie Rita Venkatasawmy. Halte également au langage grossier du genre : « Si to fer insinifian pour kas to la g? ».
Mais là où le bât blesse, c?est que certains enfants pensent qu?ils méritent ces traitements, que c?est quelque chose de normal. Ils développent alors une culpabilité mal placée. « J?en ai rencontré qui me disent : to kone, mo move moi », confie la consultante du Cedem. Comment vaincre alors cette spirale de violence ? Pour beaucoup la solution passe par l?éducation des parents.
« Un enfant ne peut pas pousser comme de l?herbe. Il a besoin d?être aimé, d?être guidé et d?avoir des repères », martèle Shirin Aumeerudy-Cziffra, qui ajoute qu?il existe des méthodes de gestion de conflits au niveau de la famille et qu?il faut plus de spécialistes pour apprendre ces méthodes au plus grand nombre.
« Il faut encadrer les parents, leur faire suivre des thérapies, car séparer un enfant de ses parents biologiques c?est un vrai traumatisme », déclare Rita Venkata-sawmy. « Encadrer les enseignants est également nécessaire. Il y a trop de profs qui travaillent avec des enfants difficiles qui dans leur environnement familial n?ont jamais appris le respect de l?autre, et vous narguent sans que vous ne sachiez vraiment comment réagir. On nous a juste dit qu?on ne frappe pas un élève », s?insurge un enseignant résigné.
Et que ferons-nous en tant que citoyens ? Nous joindrons-nous à la campagne mondiale sur la prévention de la violence envers les enfants ? Il faut cesser de croire que la société est
l?affaire des autres, en fermant les yeux sur ce qui se passe autour de nous. Pour ne pas s?abriter derrière un fatalisme branché, pour partager l?optimisme des défenseurs, gageons que les enfants maltraités deviendront un jour une espèce en voie disparition.
Les signes révélateurs
Les signes sont quelquefois évidents quand il s?agit de violence physique: bras cassé, ?il au beurre noir etc. Pour la violence sexuelle et psychologique, il faut vraiment être à l?écoute. Lorsqu?un enseignant voit un enfant qui est à l?écart, qui n?arrive pas à participer pleinement aux travaux et aux jeux, il doit essayer de comprendre plutôt que de lancer des invectives et lui dire qu?il ne vaut rien, ce qui va le traumatiser davantage.
Il faut signaler le cas aux autorités; l?envoyer voir un psychologue. Beaucoup d?autres signes devraient nous interpeller. Un enfant qui perd l?appétit, mange trop ou qui devient violent est un enfant qui souffre.
Le point du vue de Maryam Timol, psychiatre
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La prévention en question. Chaque type de violence a des causes et laisse des séquelles. Il faut d?abord miser sur la prévention primaire, c?est-à-dire, empêcher que l?acte se produise. En d?autres mots, il faut expliquer à l?enfant ce que sont ces abus pour qu?ils puissent se défendre. Il faut aussi éduquer les parents, leur apprendre les techniques de communication. Puis vient la prévention secondaire, où il faut amener l?enfant abusé à mettre des mots sur la situation qu?il a vécue.
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Avis aux parents. Les parents se sentent parfois dépassés par le comportement des enfants. On doit donner aux parents des techniques de gestion de conflits, leur apprendre à se positionner vis-à-vis de l?enfant, lui imposer des limites, développer une autorité qui ne soit pas arbitraire mais « intelligente », c?est-à-dire qu?elle soit acceptée et comprise par l?enfant.
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Les conséquences de l?abus. À court terme, un enfant victime de violence pert l?estime qu?il a de lui. Il se replie sur lui-même, présente des difficultés scolaires, a des troubles du comportement.
À long terme, on note des troubles de la personnalité, un état dépressif, voire suicidaire, ou des troubles sexuels quand il y a eu viol ou attouchements. Le plus grave, c?est que l?enfant abusé peut devenir lui-même abuseur.
Shirin Aumeerudy-Cziffra, « ombudsperson for the children »
« Il faut se dire que la société est ce que nous voulons qu?elle soit »</B>
Vous avez rencontré la presse pour un dialogue ouvert sur les moyens de prévenir la violence envers les enfants. Pourquoi cette démarche ?
Nous sommes nombreux à penser que la violence peut être évitée dans la majorité des cas. Il y a beaucoup d?efforts qui sont faits pour protéger les enfants, mais pas assez pour prévenir la violence. Nous voulons encourager tous les Mauriciens à réfléchir sur cette question qui nous concerne au plus haut point. Nous espérons recueillir des propositions nouvelles, de même que les bonnes pratiques des uns et des autres. Nous voulons aussi montrer que la violence a un coût social et économique, et qu?en changeant notre approche, nous pouvons faire des économies au niveau du budget national et investir cet argent ailleurs. La presse est pour nous un partenaire privilégié à double titre : comme relais de nos idées et de notre combat. En outre, beaucoup de journalistes se spécialisent sur les questions sociales, et en particulier sur les droits des enfants qui sont bafoués chaque jour. Vous avez une connaissance de terrain et je pense que vous devez aller au-delà de votre rôle de reporter. Vous pouvez aussi nourrir la réflexion.
Est-ce qu?on peut en arriver à bout, vu que cette violence des adultes envers les enfants respecte des valeurs sociétales de pouvoir et de la domination ?
Je pense justement qu?il est temps que l?on brise cette attitude défaitiste et qu?on se dise que la société est ce que nous voulons qu?elle soit. Les changements importants prennent du temps, mais il s?agit de mettre en place une stratégie sérieuse fondée sur des données scientifiques. Il s?agit autant de politique de développement dans le sens de la création d?infrastructures de base, et d?assainissement de certains quartiers, que d?une politique sociale et économique qui ne marginalise pas les plus vulnérables. Il faut éduquer en permanence les enfants et les adultes. Ensuite vient l?étude de cas spécifiques pour comprendre le pourquoi et le comment, puis le travail en amont. Certaines ONG font déjà un bon travail dans ce sens et, par exemple, le projet Zep est porteur d?espoir.
On a tendance à associer la pauvreté, l?exclusion sociale, le niveau d?éducation avec la violence à l?égard des enfants.
Il faut une politique de développement plus inclusive. Les enfants issus de familles pauvres manquent de tout ce qui est matériel, et souvent aussi, du côté affectif parce que les parents doivent faire face à de nombreux problèmes. Ces enfants sont donc souvent livrés à eux-mêmes. Mais on connaît également des familles pauvres où il y a tellement d?amour que les enfants s?en sortent assez bien du point de vue affectif, et donc psychologique. En revanche, il existe des familles aisées, où il existe une telle pauvreté en matière de sentiments et de liens affectifs que les enfants ont des problèmes qui ne sont pas toujours visibles. Donc je ne pas crois pas qu?il faille catégoriser. Les enfants ont des droits. Il faut qu?on s?assure qu?ils ont la possibilité de les exercer. Leurs besoins sont les mêmes et nous devons les protéger, sans distinctions.
Êtes-vous de ceux qui croient que les peines infligées aux coupables peuvent servir d?exemples aux autres ?
Je ne crois pas à l?aspect dissuasif de la répression pure. La preuve en est la peine de mort. Je crois qu?il faut condamner les agresseurs, sinon les victimes ne pourront jamais s?en sortir psychologiquement. Mais les mettre simplement derrière les barreaux ne sert à rien. Je crois aux thérapies pour les victimes et pour les agresseurs. Autrement on ne règle le problème qu?à moitié.
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