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Regards de Gilbert Pernet et d?Annie Cadinouche
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Regards de Gilbert Pernet et d?Annie Cadinouche
Jusqu?au mardi 30 novembre, l?antenne de l?Alliance française à Mahébourg abritera une trentaine de photographies en couleurs et en noir et blanc de deux membres du Cercle des artistes photographes, Annie Cadinouche et Gilbert Pernet. Le moins qu?on puisse dire à leur sujet, c?est que ce sont deux photographes passionnés à être tombés éperdument et passionnément amoureux de Mahébourg. Ils y ont découvert une autre île Maurice. Beaucoup plus profonde que celle que nous croyons connaître. Une île Maurice avec encore un pied enraciné dans un autre temps où l?on prend encore la peine de se connaître et de s?apprécier mutuellement.
Nombre de Mauriciens pensent aller à Rodrigues pour y découvrir un temps qu?ils croient révolu et qui leur est très cher. Il n?y a nul besoin de prendre l?avion à Plaisance car, quelques kilomètres plus loin, Mahébourg, la bicentenaire, offre à ceux, ayant l?intelligence voulue pour capter et apprécier ses mystères, cette plongée dans une île Maurice où devient naturellement possible la rencontre de l?autre, qu?il soit jeune enfant au frais minois et au sourire désarmant ou vieux disciple de Bacchus sensible à la beauté géométrique du casier en rotin qu?il est en train d?assembler au jugé ou encore un de ces joueurs de cartes invétérés.
<B>Attendre le moment de grâce événementielle</B>
Le Mahébourg d?Annie Cadinouche et de Gilbert Pernet ressemble à s?y méprendre à l?île Maurice d?avant le boom sucrier de 1973-1976 et surtout d?avant celui de Lutchmeenaraidoo (1985-1989). La localité possède encore son barbier, sa cité Tôle, ses maisonnettes en pierre, en tôle ou en bois, ses lavandières au sourire conquérant, étendant draps et vêtements sur la corde-linge, ses vieilles murettes en pierres sèches ou encore ses pas-de-porte inventant de faux-airs avec les rares ouvertures de l?île de Gorée, ses enfants balayant un pas de porte, ses margelles entourant, non des puits, mais des arbres centenaires et sur lesquelles s?assied un homme au crépuscule de sa vie pour voir défiler un monde qui lui survivra et dont il n?aura été qu?un maillon pendant un temps donné.
Annie Cadinouche et Gilbert Pernet sont donc tombés amoureux de Mahébourg parce qu?ils ont eu la patience d?installer, non pas leur chevalet, mais leur trépied photographique devant le site de leur choix, la patience d?attendre le moment de grâce événementielle quand l?imprévu, l?inattendu, vient donner l?animation voulue, vient transfigurer une vision anodine, vient donner vie à une réalité sans âme. Cela peut prendre la figure d?une adorable fillette ouvrant la porte branlante d?un bidonville, le regard malicieux d?un enfant bondissant contre les barreaux d?une barrière de bois.
Annie Cadinouche et Gilbert Pernet ont, à notre grand regret d?ailleurs, délaissé les aspects les plus connus de Mahébourg parce que davantage photographiés (le château Gheude, la magistrature de Telfair dormant sous d?énormes lafouches, Notre-Dame des Anges, les monuments des victimes du naufrage du Chrysolite ou du combat du Grand-Port, la boutique aux petites pirogues). Ils choisissent de mettre l?accent sur les liens unissant des villageois entre eux et les enracinant dans leur localité, un lieu béni des dieux. Ils montrent une préférence compréhensible pour les femmes (moins agressives que les hommes) et pour les enfants (beaucoup plus accueillants et encore capables d?émerveillement et d?enthousiasme car moins blasés que les croulants que nous devenons imperceptiblement). Ils choisissent de traduire, avec leurs magnifiques clichés, le rythme d?une vie au quotidien de deux côtés de la rivière La Chaux.
<B>Un regard nouveau posé sur le Mahébourg bicentenaire</B>
En revanche, ils ne sont pas restés insensibles aux charmes de notre bonne vieille pirogue. Ils les montrent toujours à son avantage qu?elle soit à terre et servant de jardin géant à des enfants nains ou arborant une belle voile rouge écarlate, qu?elle glisse silencieuse sur le lagon limpide ou qu?elle laisse dans son sillage des remous transparents à souhait. Ils ont su capter ces instants de grâce quand notre soleil, semblable à la rose du Petit Prince de Saint-Exupéry, n?en finit pas de se réveiller. Ils savent à merveille mettre en valeur ce Lion si majestueux, si mystérieux dans la grisaille matinale, ou si éblouissant en plein midi. La nouveauté mahébourgeoise ne leur fait pas peur même quand elle se veut bétonnée et flambant neuve. Nous en voulons pour preuve, ces arcades monastiques d?un bâtiment culturel, naturellement sous-utilisé, mais s?ouvrant sur la rade conduisant nos regards vers le Lion qui surplombe le Grand-Port. La carte postale connue du magnifique pont Cavendish-Boyle reliant Mahébourg à la Ville Noire devient, comme par magie, les deux faces d?une même réalité se reflétant dans l?onde tranquille d?une rivière-miroir.
Nous ne finirons jamais de remercier Gilbert Pernet et Annie Cadinouche, que les moins jeunes lecteurs de l?express connaissent mieux que moi pour ce regard nouveau posé sur une localité bicentenaire qui devrait être plus chère à nos yeux. Grâce à eux, nous redécouvrons la cité voulue et créée par le dernier gouverneur français, Charles Mathieu Isidore de Caen. Bravo donc pour cette exposition qui nous réconcilie si bien avec ce pan mahébourgeois de notre histoire commune.
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