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Violée à 9 ans et pour la vie

20 novembre 2004, 00:00

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Champs clos de secrets terribles et horribles, les abris pour enfants abusés deviennent intenables la nuit. Là-bas, le terme «enfant abusé» prend une autre signification, révèle des assassinats psychologiques et d?horribles tragédies que les jeunes victimes ressortent dans leur sommeil. Des enfants qui marchent dans la nuit, éveillés ou somnambules et, telle Lady Macbeth, se mettent à parler.

Si, dans son sommeil, Lady Macbeth parle des atrocités qu?elle a fait commettre et qu?elle a, en partie, commises elle-même, les enfants parlent des atrocités dont ils ont été victimes. Des scènes difficilement supportables même pour les formatrices, éducatrices et accompagnatrices aguerries.

« Malgré toute la formation et toute l?expérience que nous avons, nous sommes choquées et bouleversées de voir à quel point ces enfants victimes d?abus sexuels, d?agressions physiques répétées, et d?abandon sont des enfants meurtris, cassés et déchirés », dit Rita Ventakasawmy, consultante du Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (Cedem) qui a deux abris accueillant chacun 12 enfants.

Les deux abris ne connaissent pas en ce moment d?enfants avec des troubles du sommeil, car la thérapie arrive au bout de ces nuits cauchemardesques au bout d?environ six mois d?efforts. Et les enfants qui se retrouvent dans de tels abris sont une minorité dans la population des jeunes victimes d?abus en tous genres.

La Child Development Unit a enregistré entre 2000 et 2003, un total de 4 245 cas d?abus sur des enfants. De janvier à juillet cette année, 2 052 cas ont été découverts. Mme Sonia Poonoosamy, responsable de Shalom, abri pour enfants abusés à Albion, est atterrée. Choquée par l?ampleur de ce phénomène à Maurice. « Ces chiffres sont incroyables pour une si petite population. » (voir portrait page 10)

Et les abris, qui tentent de donner une nouvelle vie, de restituer une certaine enfance, de tenter d?effacer des meurtrissures presque indélébiles de la vie de ces enfants abusés font cruellement défaut aujourd?hui.

Vanessa, violée à neuf ans par son beau-père, est l?une des chanceuses à avoir trouvé une place dans un abri. Heureusement pour elle, car sa mère vit toujours avec un amant pédophile. A 9 ans, elle n?avait rien d?une fille précoce. Un corps d?enfant approprié par l?amant de sa mère, qui assouvissait ses désirs sexuels alors que la fillette gardait le silence. Jusqu?au jour où elle a fini par se confier à sa tante, une cousine de sa mère.

La maman était-elle au courant ? Très probablement, car elle n?a pas voulu que sa fille consigne une déposition à la police. « Li pou arrêté », avait-elle dit à la fillette qu?elle accusait par ailleurs d?être à l?origine de toute l?affaire. « Avec bann rob kurt ki to mete la. »

<B>Silence complice des mères déchirées</B>

Au ministère de la Femme, des enfants et du bien-être de la famille, on ne connaît que trop le schéma. Les mamans sont déchirées entre la protection de leurs filles et les revenus que font entrer au foyer ces amants pédophiles. Et, la plupart du temps, c?est le silence. La tante de Vanessa n?a pas voulu entendre les choses de cette oreille. Elle a eu recours à la police. Les autorités ont alors utilisé une arme redoutable ? le Child Protection Order ? pour sortir Vanessa de son enfer.

Mais en est-elle vraiment sortie ? Elle est arrivée dans un abri avec son sommeil perturbé, ses cris dans la nuit, un sentiment de culpabilité, une très faible estime d?elle-même et la conviction qu?elle a été à jamais salie. Le tout accompagné d?un comportement choquant. Elle avait un comportement anormalement sexualisé.

« Tous les enfants, garçons ou filles victimes d?abus sexuels, même s?il n?ont été victimes que d?attouchements, ont un tel comportement. Ils cherchent à établir des liens physiques avec les adultes du sexe opposé, à les caresser de façon sensuelle, à les provoquer. C?est là un langage d?enfants abusés que parents, proches et enseignants doivent apprendre à reconnaître », nous explique Rita Venkatasawmy qui, avec son équipe, s?est occupée de Vanessa. Qui s?est aussi occupée de sa formation, de ses manifestations émotionnelles envahissantes, qui la poussent continuellement à chercher se faire aimer, à se faire accepter et à s?assurer qu?elle est protégée.

Ces mêmes sentiments se retrouvent chez les enfants qui ont subi des agressions, qui ont vécu dans des foyers violents, qui ont vu des membres de leur famille tuer sous leurs yeux ou qui ont été abandonnés. Kevin, 9 ans, et sa s?ur Sheila, 13 ans, en savent quelque chose. Retrouvés sur une plage publique où leur maman, prostituée et droguée les avait « oubliés » en partant avec un client. Les deux enfants y avaient passé la nuit comme ils avaient l?habitude de rester des jours et des nuits dans leur case en tôle sans surveillance et sans aliments quand leur mère partait pour des jours à la recherche de clients ou de sa dose.

<B>Attente térrifiée d?un père saoUl</B>

Souvent, ce sont sous les yeux de Sheila qu?elle satisfaisait ses clients d?un jour ou d?une nuit. Elle est introuvable depuis la prise en charge de ses deux enfants, contrairement au père d?un garçonnet, qui a vu ce dernier asséner des coups de poignard mortels à sa mère.

Sa vie au sein d?un foyer, où chaque soir les enfants et la maman attendaient dans la terreur le retour du père saoul et agressif, l?a marqué. Quand, au milieu de la nuit, des cris « li vini, li vini » retentissent dans l?abri, on sait que le jeune garçon est dans son cycle de cauchemar et revit un des retours de son père saoul à la maison.

Il a depuis guéri, a cessé de mouiller son lit la nuit et il a retrouvé un sentiment de sécurité. Il a revu son père assassin dans les bras duquel il est tombé en pleurant. Pour ce garçonnet, le pire risque d?être pour demain. Il sera le principal témoin à charge lors du procès de son père.

Dans les abris de Cedem, de Shalom, au Shelter for Women and Children in distress ou au SOS Children?s Village, un personnel dévoué tente de rendre aux enfants leur enfance volée et violée. Car, dans ces centres, les enfants vivent leur enfance avec retard. On y voit des filles de 17 ans réclamer des poupées et jouer des heures durant avec leur « joujou ménage ».

Personne ne sait si on pourra entièrement réparer la vie de ces enfants. Mais une chose est certaine. Les enfants abusés et conduits jusqu?à l?âge adulte par ces centres spécialisés auront une vie sociale à peu près normale.

Ceux qui n?auront pas été pris en charge manifesteront à l?adolescence un comportement typique. Comportement autodestructeur, toxicomanie, tentatives de suicide, fugues et errances, troubles du comportement alimentaire, hyperactivité sexuelle, prostitution, automutilation, entre autres choses. Maurice est assise sur une bombe. Les décideurs politiques n?ont même pas encore vu le bout de l?iceberg.

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