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Un bienfaiteur nommé Charles Telfair
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Un bienfaiteur nommé Charles Telfair
Le groupe Food and Allied Co Ltd l?a choisi pour baptiser son nouvel établissement hôtelier, après le Labourdonnais et le Suffren à Port-Louis. Charles Telfair est décrit en tant que médecin et naturaliste dans le Dictionnaire de biographie mauricienne.
Né en 1778 à Belfast, Irlande, il est le fils d?un maître d?école. Charles Telfair étudie la chimie avec Joseph Black (1728-1799) et puis la médecine. Il entre dans la Royal Navy en 1797 en tant qu?officier de médecine. Il sert dans la mer Méditerranée et au Cap de Bonne-Espérance. Après la conquête de l?île Bourbon en juillet 1810, Farquhar le nomme assistant commissaire de Saint-Paul et des environs.
Après la conquête de l?Isle de France en décembre 1810, il est promu chef de gouvernement à Saint-Paul. Farquhar le mande à Maurice où le précède une réputation d?avoir aménagé, dès 1809, un hôpital militaire sur l?île Plate. Au départ en congé du colonel Barry, Farquhar le nomme chef secrétaire. En 1815, il est un des quatre commissaires chargés de remettre Bourbon aux Français.
Amical et bon diplomate
La même année, il achète le domaine de Bois-Chéri à Moka. Peu après, il achète Bel-Ombre, avec pour partenaires Bybie Lesage (l?ennemi juré de James Blyth), L. Blancard et le major Waugh. En 1817, il part en congé en Angleterre avec le gouverneur R.T. Farquhar. Il épouse, l?année suivante, Annabella, la fille de l?amiral Chamberlayn.
Telfair est aussi amical et bon diplomate que Farquhar et le colonel Draper, l?ami des turfistes. Depuis 1816, il est membre de la société de la Table Ovale. En 1819, il reçoit, à Paris, la Légion d?honneur, une décoration rarement offerte à un Britannique avant lui. Il sait recevoir en mécène et en grand seigneur les visiteurs de marque, faisant escale à Maurice.
Vers 1826, il abandonne Bel-Ombre, dont il a fait un établissement sucrier modèle. Il se rend acquéreur de Beau-Manguier, dans la région de Grand-Baie. En août 1825, il cumule ses fonctions officielles de curateur aux biens vacants (depuis 1813) à celles de surintendant honoraire du Jardin botanique des Pamplemousses. Il en profite pour introduire bon nombre de plantes utiles à Maurice et pour expédier à Sir William Hooker, directeur de Kew Gardens à Londres, des spécimens de la flore indigène de Maurice.
A la Société zoologique et au Musée Andersonian d?histoire naturelle de Glasgow, il envoie des ossements du solitaire de Rodrigues. En reconnaissance de sa contribution, son nom sera donné à plusieurs plantes nouvellement découvertes, aux quatre coins de la planète.
En janvier 1827, il fait partie des 52 membres fondateurs du Comité colonial qui se charge de défendre les intérêts des propriétaires mauriciens, menacés par les partisans de l?émancipation des esclaves.
Il y a 175 ans, le 24 août 1829, il est au faîte de sa carrière professionnelle, possédant un bel immeuble à Port-Louis et des intérêts dans plusieurs établissements sucriers dont Beau-Manguier, Bon-Espoir, Sainte-Marie ou Longchamp. C?est alors qu?il donne un nouvel essor à la Société d?émulation à laquelle il adhère depuis mai 1816 et qu?il transforme en Société d?histoire naturelle. Elle deviendra la Société royale des arts et des sciences, après la réception, le 16 juillet 1847, d?une dépêche de la reine Victoria, l?autorisant à se nommer ainsi.
Ses dernières années sont moins flamboyantes car ses revenus sont quelque peu rognés par sa munificence et par la grande générosité qu?il témoigne à ceux recourant à ses services. Annabella meurt à Bois-Chéri, Moka, le 23 mai 1832. Il meurt d?apoplexie le 14 juillet 1833 à Port-Louis et est enterré au cimetière de l?Ouest, en présence du gouverneur William Nicolay.
Guy Rouillard, dans son Histoire des Domaines sucriers de l?île Maurice, 1964-1979, ne tarit pas d?éloges à l?égard de Charles Telfair et de ses réalisations exemplaires à Bel-Ombre. Avant lui, l?établissement ne comporte qu?une pauvre ferme délabrée et une misérable sucrerie. Tout se métamorphose avec son arrivée. Se rendant compte de l?insuffisance de la main-d??uvre disponible, il recourt ?aux instruments aratoires avec pleins succès?. Dès 1818, quelque 120 arpents de cannes sont cultivés à la charrue. Telfair organise des ?concours de charruage? pour créer un esprit d?émulation parmi les esclaves.
Telfair innove également dans la préparation de nourritures pour animaux. Il fait venir des broyeurs et des coupe-racines. Il transforme les épis de maïs en masse homogène, faisant le bonheur de ses bêtes. Il multiplie les initiatives pour améliorer les races chevalines et bovines. Et il est le premier à installer, en juin 1879, un grand moulin horizontal pour écraser la canne à sucre.
La forêt de Bel-Ombre intéresse prodigieusement Charles Telfair. La vente des bois lui rapporte 24 000 piastres par an et les revenus augmentent grâce aux moyens modernes d?exploitation. Une centaine de bûcherons sont à l??uvre et les côtiers font défaut pour transporter en ville tous le bois obtenu. Il est le premier à installer à Maurice des rails pour faciliter le transport de marchandises.
Il encourage son personnel et ses esclaves à cultiver leur propre jardin. Il ne cesse d?améliorer leurs conditions d?emploi et de vie. Il est certain que si les méthodes d?exploitation agricole et de relations industrielles mises au point, avec tant de succès, par Charles Telfair avaient fait l?objet d?une plus grande considération, tout autre et beaucoup plus positif aurait été le cours de l?histoire de Maurice et de son peuplement.
L?histoire retiendra que de proches parents de Charles Telfair, deux magistrats, furent, au milieu du XIXe siècle, des bienfaiteurs de Mahébourg et de Souillac. Le jardin de cette localité reçoit d?ailleurs le nom du magistrat Charles Telfair, fils. Une tout autre histoire?
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