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Signature de Lomé II
Les Etats membres de la Communauté économique européenne (CEE) et les 57 pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), dont Maurice, représentée par son ministre de l?Agriculture, Sir Satcam Boolell, signent, de nouveau dans la capitale du Togo, le texte qui régira leur coopération de 1980 à 1985. Tant du côté de l?Europe que de celui des ACP, on reconnaît que la première convention Lomé I n?a pas très bien fonctionné et que, pire encore, la suivante, Lomé II, demeure insatisfaisante, compte tenu des besoins qu?elle ne pourra satisfaire. Claude Cheysson, commissaire européen au Développement, dit se réjouir cependant du principal acquis, à savoir le contrat passé et conclu entre deux blocs régionaux d?une telle amplitude, permettant un développement mieux structuré du bloc assisté avec l?aide du bloc assistant.
L?Europe sait ne pas pouvoir construire un avenir sûr et solide pour ses enfants s?ils doivent être inéluctablement assiégés, tôt ou tard, par un tiers-monde de misère et de révolte. Elle sait aussi dépendre de ce tiers-monde pour l?approvisionnement d?une partie appréciable de ses matières premières. La convention de Lomé II est certes imparfaite et fragile mais l?Europe ne peut pas à elle seule désembourber le dialogue Nord-Sud.
Malgré la crise économique, l?Europe accroît son assistance financière aux pays ACP. Celle-ci comprend, il est vrai, les dépenses des délégations européennes dans ces pays, les prêts de la Banque européenne d?investissements (BEI) et les déboursements du Fonds d?aide au développement (FED). Selon la manière de compter, on peut parler d?une augmentation de l?aide européenne de 62 ou de 48 %.
L?aide de la CEE profite de façon inégale aux pays des ACP. Les pays les plus pauvres ne peuvent ainsi bénéficier du Stabex, autrement dit du système de stabilisation des recettes d?exportation appliqué aux produits agricoles. D?autres accusent le Stabex de ne pas lutter contre les causes réelles du sous-développement et de l?appauvrissement.
Plusieurs observateurs déplorent que Lomé I n?a pas permis à l?aide européenne à l?industrialisation des pays ACP de fonctionner efficacement. Les résultats du Centre industriel de Bruxelles sont décevants. Les industriels européens craignent cette nouvelle concurrence. Ils préfèrent de beaucoup développer leurs implantations dans le Sud-Est asiatique. On reproche à des industriels européens d?avoir vendu du matériel obsolète aux aspirants industriels des ACP ou encore de leur avoir vendu du matériel industriel n?offrant aucun débouché.
L?Europe n?a guère ouvert son marché aux exportations des ACP qui ne représentent pourtant que 0,5 % de ses importations. Ces exportations sont toujours frappées d?une taxe douanière dissuasive. Pour certains pays des ACP, leurs seules exportations sont ainsi taxées par les douanes européennes.
Les ACP critiquent les lenteurs administratives et les lourdeurs bureaucratiques dans le choix et la réalisation des projets de développement retenus. Ils reprochent ainsi aux dirigeants de privilégier indûment les projets nécessitant d?importants achats d?équipements européens, souvent inadaptés aux besoins des pays ACP.
Des pays ACP regrettent que la CEE préfère les projets agricoles au détriment de ceux d?infrastructure (routes, ponts, ports, réservoirs, etc).
Lomé II ne règle pas certains produits faisant l?objet d?un protocole particulier, tel le sucre. Le protocole sucre est d?une durée indéterminée. Il ne peut être dénoncé sans un préavis de deux ans.
Kader Bhayat du MMM rentre de Bruxelles, à la veille de la signature de Lomé II, en disant qu?en dehors du textile, cette nouvelle convention n?offre aucune garantie à Maurice. Aussi, l?industrie sucrière mauricienne demeure aussi incertaine.
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