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A-t-on fait reculer la corruption ?
Peut-on mesurer le taux de corruption ?
La corruption n?est pas une donnée tangible, comme la prévalence de telle ou telle maladie ou les accidents de la route ; il n?y a pas de « corruptomètre ». Même si l?on comparaît le nombre de poursuites judiciaires, cela ne refléterait pas les niveaux réels de corruption, mais plutôt l?aptitude à la dévoiler. Il faut donc faire des études d?opinion, techniques employées par les professionnels de la communication afin d?affiner les stratégies.
Dans quelle mesure sont-elles fiables ?
Sans entrer dans des discussions hautement philosophiques, il est admis que lorsqu?une personne explore son milieu, la perception qu?elle en tire doit nécessairement refléter la « réalité ». La seule méthode pour rassembler des données comparatives sur le degré de corruption est donc de compter sur l?expérience et les perceptions de ceux et celles qui sont le plus directement confrontés aux réalités de la corruption dans un pays.
À en croire le classement de Transparency International, la corruption n?a pas reculé. Comment expliquer cela ?
Il faut se demander si les risques encourus, pour le corrupteur et le corrompu, sont assez importants par rapport aux gains personnels ? Comme l?acte de corrompre est en général protégé par la discrétion des deux parties, on peut comprendre que les risques sont souvent minimisés. Il y a également ceux qui corrompent par ignorance, ceux qui versent des sommes d?argent sans exiger de reçus ou se croient obligés de donner ce qu?on leur demande. Les nombreux témoignages récents dans le cadre des dénonciations ayant trait au problème du surendettement illustrent ce type d?abus. Il faut aussi reconnaître que bien que plusieurs cas aient été dévoilés, les résultats des poursuites judiciaires se font attendre. Un signal fort venant des autorités concernées serait salutaire.
Pourquoi est-ce si important de mesurer cette perception ?
L?évaluation est une étape essentielle des modes de gestion moderne. Cela permet de connaître les tendances, de prévoir les conséquences et de rectifier le tir.
N?y a-t-il pas un risque que cette approche décourage le combat contre ce fléau ?
Le risque serait de pratiquer la politique de l?autruche
Le privé n?a-t-il pas des structures internes pour contrôler la corruption ?
Nous savons que le Joint Economic Council a lancé en 2001, pour les directeurs et les employés du secteur privé, un modèle de code de conduite contre la corruption. Combien d?entreprises ont adopté ou adapté ce code selon leur besoin ? Il faudrait qu?elles puissent le dire. Le Code of Corporate Governance a également été lancé en octobre 2003 et les entreprises sont tenues de s?y conformer depuis le 1er juillet 2004.
Même si la corruption ne se mesure pas, l?État ne devrait-il pas faire le point sur sa lutte ?
Il appartient aux autorités de chaque pays de démontrer par des faits et des chiffres les efforts entrepris pour endiguer la corruption. Elles ont le devoir d?éduquer la population, de créer l?état d?esprit nécessaire par l?éducation, mais aussi par la persuasion et par la prédominance de l?état de droit. Si la lutte contre la corruption se traduit dans l?action quotidienne, la perception de sa prévalence sera appelée à évoluer dans la bonne direction.
Pourquoi Transparency International n?évalue-t-elle pas aussi l?efficacité des mesures prises contre la corruption ?
L?évolution de l?Indice de perception de la corruption (IPC) est une indication de l?efficacité des mesures prises. L?IPC démontre les résultats obtenus et permet de savoir si les mesures ont eu les effets escomptés.
Quelles sont les sources de renseignement sur lesquelles s?appuie Transparency International ?
L?IPC se fonde sur 18 enquêtes et sondages différents réalisés par 12 organismes indépendants. TI s?assure que les sources utilisées sont de la plus haute qualité et que les enquêtes sont effectuées en toute honnêteté. Pour être retenues, les données doivent être documentées et suffisantes pour permettre de juger de leur fiabilité. Cinq sources ont été utilisées pour Maurice pour l?IPC. Elles sont les Global Competitiveness Report du World Economic Forum, le rapport de l?Economic Intelligence Unit et le World Markets Research Centre - Risk Ratings 4.
Propos recueillis par Lindsay PROSPER
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